Douze think tanks ont invité responsables politiques, humanitaires, universitaires et simples citoyens à échanger sur les questions de sécurité depuis jeudi
dernier. L'objectif de ce Security Jam est de dégager des recommandations novatrices.
Ce
Security Jam, les spécialistes et non spécialistes peuvent y prendre part grâce à un simple forum de discussion. Plusieurs catégories comme le contexte politique ou la sécurité
environnementale sont proposées. Les visiteurs après s'être inscrits peuvent y poser leurs questions, proposer leurs idées ou simplement faire des commentaires. Près de 4000 messages ont été
postés par des intervenants comme Pierre Reuland, représentant européen d'Interpol, Pieter de Crem, ministre de la Défense belge ou encore Jaap de Hoop Scheffer, ancien secrétaire général de
l'OTAN. Un outil novateur qui permet un dialogue interactif entre spécialistes de tous les secteurs d'activité et basés dans le monde entier.
Les relations entre l'UE et l'OTAN sont au centre de nombreuses préoccupations. Les organisateurs de ce débat ont pourtant choisit de ne pas en faire une rubrique mais plutôt de laisser chacun
aborder le sujet grâce à des exemples concrets comme la lutte contre la piraterie dans le golfe d'Aden ou les opérations en Afghanistan. Il est ainsi possible d'identifier les éléments qui
fonctionnent et ceux qui ne fonctionnent pas.
Ce débat survient à une période charnière. D'un côté, la politique européenne de sécurité doit bénéficier du traité de Lisbonne pour trouver un nouvel élan à la fois avec le lancement d'un
véritable organe de projection et d'intervention extérieure mais aussi grâce à la révision de ses relations avec l'OTAN. De l'autre côté, l'Alliance atlantique est en pleine réflexion sur ses
concepts stratégiques, envisageant plus que jamais d'intégrer des civils pour remplir des missions d'un genre nouveau. Des intervenants de premier ordre comme le commandant suprême des forces
alliées en Europe de l’OTAN, James Stavridis ou le président du comité militaire de l’UE, Hakan Syren s'interrogent sur le forum quand à la meilleure manière de travailler de concert.
Le Security Jam, qui avait vocation à devenir fore de proposition est devenu le support de multiples questions. Il en ressort tout de même que sur le terrain, les soldats arrivent à
travailler ensemble. Les blocages sont générés par des désaccords politiques entre les différentes entités. C'est également ce qui est ressorti à la conférence de Munich sur la politique de
sécurité où les militaires ont appelé les politiques à leur donner les moyens de travailler ensemble ce week-end.
Le Security Jam prend fin ce soir à 20h. Les think tanks organisateurs vont se charger de la rédaction d'un rapport de synthèse dans lequel ils vont faire ressortir dix recommandations
importantes. Ce rapport sera présenté au cours du sommet OTAN-UE qui doit avoir lieu fin avril. Les discussions resteront consultables jusqu'à la fin du mois de février sur le site
www.securityjam.org
Robert Gates a salué aujourd'hui la participation de la France à "l'effort de guerre en Afghanistan". Ce messager de Washington en charge de conseiller le
Président américain sur tout ce qui touche la défense parcours le monde, positionnant les pions d'une stratégie en pleine transformation. Homme d'expérience ayant gravi marche après marche la
hiérarchie de la CIA, son opinion est écoutée avec attention.
Il a commencé sa carrière sous le Président Ford comme simple analyste. Il monte rapidement en grade grâce à son expertise du monde soviétique. Bush Père l'aura comme directeur de la CIA.
Le fils le rappellera comme secrétaire à la Défense en 2006 pour remplacer Donald Rumsfeld. Barack Obama fera le choix de le maintenir à ses fonctions et lui demande même en décembre de rester un
an de plus.
Ce petit homme d'un mètre soixante-dix, âgé de 66 ans, est respecté par les mondes politique et militaire américain pour son expertise et sa capacité au compromis. Il est actuellement chargé non
seulement d'évaluer les stratégies mises en place sur plusieurs champs de bataille, l'Irak et en particulier l'Afghanistan, mais aussi de maîtriser les industriels et la dynamique de ce
ministère.
Aux Etats-Unis, le secrétaire à la Défense n'est pas à proprement parler un décideur. Il est chargé de maîtriser les dossiers pour conseiller le Président et l'aider à prendre des solutions
adaptées en connaissance de cause. Il doit être capable de proposer plusieurs voies cohérentes. C'est aussi cela qui explique qu'un même homme puisse être à ce poste sous l'administration de
Georges W. Bush puis sous celle de Barack Obama.
Cette simple position de conseiller fait pourtant de lui un homme particulièrement puissant. La défense américaine, c'est quelques 664 milliards de dollars de budget pour 1 473 000 soldats et 1 458
000 réservistes. Des dossiers clefs comme le bouclier anti-missiles, les relations avec la Chine ou la Russie et le lancement du F-35.
Sur les dossiers dont il a la charge, les spécialistes l'écoutent. Quand Barack Obama annonce en décembre dernier le départ de 30 000 hommes supplémentaires pour l'Afghanistan, les médias se
tournent vers Robert Gates. Le Président promet le début du retour des boys pour 2011, le secrétaire à la Défense lui se fait plus mesuré. Dans les milieux avertis, on a bien compris que le chef de
l'Etat s'était montré trop optimiste et prenait de gros risques politiques avec une telle annonce.
Robert Gates lui est un haut fonctionnaire qui va devoir bientôt penser à la retraite. Il a traversé deux grandes périodes de l'histoire des Etats-Unis que tout oppose. Les alliés d'hier, les
Mudjahids, sont devenus les nouveaux ennemis. Les adversaires d'alors sont aujourd'hui ceux dont il essaie d'obtenir le soutien : Russie et Chine. Face à ces paradoxes du temps, il se fait modeste
: "On ne sait jamais. On fait la meilleure mise possible avec les informations et les jugements qu'on a".
Lire sur le sujet le dossier qui lui est consacré dans le magazine Time daté du 15 février 2010.
Alors que Washington continue de réclamer encore et encore l'envoi de renforts en Afghanistan de la part de ses alliés européen, Paris n'a consenti qu'à déployer
une OMLT supplémentaire. 80 instructeurs vont donc rejoindre ce pays où la formation de l'Armée afghane est perçue comme la priorité absolue pour permettre un désengagement. Les Etats-Unis
restent insatisfaits et attendent un effort plus conséquent.
Alors que l'Allemagne a annoncé malgré les fortes polémiques nationales 500 soldats supplémentaires, que la
Grande-Bretagne a fait de même et que l'Italie est montée jusqu'à 1000, la France n'aura finalement proposé que 80 hommes en renfort. Le ministre de la Défense Hervé Morin l'a confirmé
aujourd'hui, seule cette OMLT complétera le dispositif français.
Robert Gates, le secrétaire à la Défense américain continue de prêcher la bonne parole : aujourd'hui à Istambul pour une réunion avec les ministres de la Défense européens, il a demandé 4000
hommes supplémentaires. Le surge souhaité par les Etats-Unis n'est pour l'instant pas suivi par tous les alliés de la même manière. Il s'agit pourtant de l'un de deux leviers sur lesquels les
stratèges américains souhaitent appuyer pour faire basculer la situation : innonder le pays de soldats pour oppresser les insurgés tout en accélérant la formation des soldats afghans.
Malgré les rumeurs qui avaient circulées, évoquant notamment l'envoi de forces spéciales, Paris ne s'implique donc pas beaucoup plus. Malgré tout, une rencontre est prévue entre Robert Gates et
Hervé Morin lundi prochain. Le sujet sera forcément abordé et Paris a peut-être gardé une carte dans sa manche.
80 c'est peu mais c'est beaucoup
La formation des forces de sécurités afghanes est la priorité absolue pour envisager de quitter le pays. Les Etats-Unis évaluent qu'ils pourront commencer à confier une partie des responsabilités
aux Afghans dés l'année prochaine. Pour cela, il faut que les mentors présents sur le terrain continuent de former en nombre de plus en plus important les soldats et policiers nationaux.
La France est d'accord avec ce principe et compte sur le terrain 300 militaires et 150 gendarmes affectés à ce rôle. Le renforcement annoncé n'est donc pas négligeable si on le rapporte à cette
échelle. Ils devraient pouvoir encadrer un bon demi milliers de soldats afghans.
Rapporté à l'échelle nationale, ce n'est tout de même pas grand chose : il manquerait 1500 à 1700 formateurs à l'heure actuelle pour soutenir les 100 000 militaires afghans. Ces derniers devront
être 135 000 à la fin de l'année 2010 pour respecter le calendrier prévu par l'ISAF.
Lebanon sort dans les salles aujourd'hui. Ce film du réalisateur israélien Samuel Maoz raconte le début de l'opération "Paix en Galilée" lancée par Tsahal en juin
1982. L'invasion du sud-liban vue par l'oeil d'un char Magach 3. La caméra ne quitte pas l'intérieur de l'engin et montre comment les quatres soldats le pilotant appréhendent la guerre, entre
terreur et incompréhension.
Cette première journée de guerre, Samuel Maoz n'a jamais pu l'oublier. Il ne pouvait cependant pas
raconter ce qu'il avait vécu pendant la guerre du Liban. La nouvelle attaque d'Israël en 2006 l'a convaincu de franchir le pas et de partager son histoire personnelle. Il montre
comment les soldats israéliens vivent dans un char au début des années 80 et insiste sur l'horreur du conflit. Rejeté à Cannes, le film a été couronné à Venise par un Lion
d'Or.
Le réalisateur raconte l'histoire de ce jeune homme de 19 ans précipité de l'autre côté de la frontière. Lui et ses trois camarades ne sont pas des combattants, ils ne sont que des
citoyens-soldats d'Israël effectuant leur service. Ils ne sont pas prêts à affronter les horreurs dont ils seront témoins : la mort, le doute lorsqu'il faut ouvrir le feu sur un véhicule en
approche, le sentiment de culpabilité lorsqu'un frère d'arme est tué, les civils décimés au milieu de la ville qu'ils sont chargés de nettoyer. Ils communiquent difficilement entre eux et
n'auront d'autre efficacité que d'imposer la présence de ce géant d'acier derrière la petite section de parachutistes qui va au contact.
La guerre ? Ils ne la comprennent pas, n'ont pas envie de la comprendre. Ils savent qu'on ne répondra pas à leurs questions. Les éléments qui les entourent sont tous présents : combattants
palestiniens et syriens mêlés dans un Liban chaotique, soldats israéliens dépassés fermant les yeux sur la réalité et phalangistes violents n'apportant comme aide que la haine d'un ennemi qu'ils
ne voient pas comme humain. Eux comptent les jours qui les séparent de la fin de leur engagement et s'inquiètent pour leurs proches au pays.
A part pour le plan de départ et celui de la fin, la caméra ne quitte pas l'intérieur du char. L'occasion d'en découvrir la réalité. Un univers suffocant où l'homme souffre de la chaleur, noyé
dans la fumée, la graisse et les munitions. Ce qui passe pour être une protection pour les soldats est filmé comme un lien direct vers la violence. La panique et le traumatisme des images
envahissent la carlingue du véhicule marquant définitivement les quatre membres d'équipage.
Le réalisateur, profondément pacifiste, dénonce l'attitude de son gouvernement, tant pour l'opération "Paix en Galilée" que pour la deuxième guerre du Liban en 2006. Il s'agit en tous les cas
d'un excellent film de guerre à voir tant pour la vision de l'histoire qu'il propose que pour l'angle de vue choisit.
Les presque 70 pays réunis aujourd'hui à Londres pour chercher des solutions à la crise afghane ont accepté de suivre la proposition de Hamid Karzaï. Le président
afghan souhaite tendre la main aux "Talibans modérés" pour les intégrer à l'effort de pacification du pays. Un fond va être mis en place afin de mettre en place cette politique proposée
depuis un moment par le chef contesté des Afghans.
Le secrétaire d'état aux Affaires étrangères britannique, David Miliband, a d'ores et déjà annoncé 140 millions de dollars. D'autres sources diplomatiques ont lâché au Figaro
que cela pourrait monter jusqu'à 500 millions. Ces sommes doivent alimenter un fond de réhabilitation proposé par Hamid Karzaï et qui sera mis en place prochaînement.
Ce fond doit permettre d'offrir une porte de sortir aux Talibans. S'ils acceptent de se repentir et d'abandonner la voie de la violence, ils pourront recevoir de l'aide pour chercher un travail et
commencer une nouvelle vie. Le président afghan pense ainsi pouvoir réintégrer au sein de la société la majorité des insurgés. Il compte également sur leur volonté de décider de l'avenir du pays en
leur redonnant une place dans la vie politique de l'Afghanistan.
Dans les villes, les populations les plus éduquées et les femmes en particulier s'inquiètent d'un éventuel retour, même partiel, des Talibans au pouvoir. Si le pays reste dangereux et en situation
de crise, des avancées ont été constatées par les Afghans qui craignent un retour en arrière. Dans le sud et l'est du pays, les communautés plus rurales qui abritent les insurgés, ne sont pas
particulièrement inquiets de leur présence au pouvoir.
Les alliés participant à la sécurisation de l'Afghanistan souhaitent quitter les lieux le plus vite possible. Ils ont annoncé une responsabilisation progressive des forces de sécurité afghanes dés
la fin de l'année. L'Armée Nationale Afghane devrait commencer par s'occuper de l'ouest et du nord du pays.
Après les nombreuses erreurs commises par les armées occidentales en Afghanistan, qui ont conduit à une explosion de l'insurrection le long de la frontière avec la Pakistan, le virage vers
l'humanitaire militaire semble tardif. L'armée américaine en particulier a cessé de baser sa stratégie sur la destruction systématique récemment. La "guerre des coeurs et des esprits" se met
peut-être trop tard en place. Réduire le nombre des Talibans en laissant leur chance aux plus modérés de se rendre est peut être une piste à envisager.
Talibans ou pas Talibans ?
Les Talibans, les vrais, resteront probablement sur leurs positions. Ils refuseront d'envisager des concessions dans leur discours, notamment sur les droits des femmes. Des opinions que les
Occidentaux ne peuvent pas admettre. Ceux qui pourront servir de levier seront les "modérés".
En réalité ce ne sont pas des Talibans mais des Afghans qui ont pris les armes et ont rejoint l'insurrection pour des raisons diverses. Certains le font pour gagner leur vie, payés par les chefs de
bandes, d'autres pour venger un parent tué par les armées de l'OTAN. Il existe également un nombre important de combattants qui sont de simples brigands.
La majeure partie des insurgés ne combattent qu'à temps partiel. La majorité du temps, ils s'occupent de leurs foyers, de leurs familles et de leurs terres. Par moment, par fidélité tribale ou pour
arrondir les fins de mois, ils rejoignent des petits groupes de deux ou trois Talibans qui préparent des opérations militaires contre l'ISAF. Ces insurgés à mi-temps peuvent être réintégrés à la
société. Ils ne sont pas radicalement opposés à des changements sociétaux même s'ils vivent la présence des Occidentaux comme une occupation.
Photo : U.S. Marine Corps / Staff Sgt. Stevie N. Hawkins
L'un des enjeux environnementaux est la réduction des ressources en eau sur le globe. Le réchauffement climatique fait monter le niveau des mers et diminuer les
surfaces d'eau douce. On commence à voir apparaître petit à petit la crainte de voir se multiplier les réfugiés climatiques. L'eau va donc bel et bien devenir une ressource stratégique dans le
monde de demain.
Israël et l'Arabie Saoudite ont un point commun : ces deux pays sont sujets à de graves pénuries en eau. Tout les sépare sur la manière d'aborder le problème. Si Riyad dilapide des
quantités d'eau colossales dans des projets d'aménagements inadaptés (cultures de bétail, hôtels, parcs), Jérusalem a développé ces dernières années une véritable industrie de l'eau qui lui
permet d'assurer son autonomie en la manière et d'exporter ces technologies.
Frank Galland, directeur de la sûreté de Suez Environnement, compare cette stratégie à celle qu'Israël avait déjà mise en place pour l'armement. Dans le futur, les nations vont de plus en plus
devoir prendre en compte cette dimension. Pour reprendre l'exemple de Riyad, une grande partie de l'alimentation hydrique du pays est en face des côtes iraniennes. Des positions facilement
destructibles qui mettraient la capitale dans une situation critique remarque M. Galland.
Les armées doivent également prendre en compte cette réalité. La logistique est un levier clef dans une intervention militaire. Plus les besoins sont importants, plus elle doit être conséquente.
Pouvoir déployer des troupes équipées d'engins leur assurant une indépendance en eau et en énergie est un véritable défi.
Le pouvoir de certains pays pourraient s'amplifier à l'extrême avec cette nouvelle réalité. L'emprise de la Turquie sur l'Irak et la Syrie grâce au Tigre et à l'Euphrate est connue. Celle de
l'Ethiopie sur l'Egypte grâce au Nil l'est moins. Les conflits et les tensions dues au partage de l'eau sont nombreux dans le monde et la le droit international n'en définit que très mal les
contours.
Les relations entre l'Inde et la Chine, déjà tendues, pourraient être encore aggravées par la question de l'eau. Pékin, confrontée à de graves inégalités dans la répartition de ses ressources a
entreprit d'importants détournements sur ses fleuves. New Delhi craint que ces opérations ne finissent par avoir des conséquences sur les cours d'eau alimentant l'Inde et dont la source se trouve
dans l'Himalaya. Le Tibet et l'Arunachal Pradesh deviennent ainsi des points clefs, la région étant particulièrement riche en eau.
L'info évoquée par Jean-Marc Tanguy sur son blog Le Mamouth et confirmée par l'Etat Major des Armées au dernier point presse du ministère de la Défense est plutôt
inquiétante : plus de journalistes embarqués avec les soldats français jusqu'à nouvel ordre. Si celà n'empêchera pas les reporters de couvrir l'information dans ce pays, un certain nombre
d'angles, notamment en rapport avec l'action de nos troupes là bas, risquent de devenir compliqués à traiter.
Le reportage embarqué est très controversé du fait de son augmentation. Avec les guerres en Afghanistan et en Irak, ce type de sujets a été multiplié par les
rédactions anglo-saxonnes au sein des régiments américains et britanniques. Le problème, c'est que les journalistes se voient forcés de signer un certain nombre de décharges assurant de ne pas
diffuser la photo et le nom d'un soldat tué par exemple.
Du côté français, le journalisme embarqué a également trouvé ses marques en Afghanistan. Moins exposés, les soldats français n'ont cependant pas besoin des mêmes protections que leurs homologues
américains. Le photographe Eric Bouvet de l'agence VII remarque par exemple : "c'est simple, on ne m'a jamais fait signer quoi que ce soit".
Depuis l'enlèvement des deux reporters de France 3 fin décembre, la question des risques pris par les journalistes se pose sérieusement. L'armée française a du redéployer toute une partie de son
dispositif pour rechercher les deux otages, perdant ainsi du temps et de l'énergie pourtant utiles à faire avancer leurs missions originelles.
Les journalistes embarqués ne sont pas spécialement en sécurité. Ils sont aussi exposés que n'importe qui au risque IED. Une journaliste canadienne et un journaliste britannique ont ainsi été
tués au cours de patrouilles avec des soldats de l'ISAF au cours des dernières semaines, touchés par l'explosion de ces pièges. Travailler au milieu des militaires réduit en tout cas certains
dangers comme celui d'être enlevé.
Il est en tout cas indéniable qu'il est inenvisageable pour les journalistes de se contenter de cette vision de l'Afghanistan. Suivre les Français dans leurs missions donne une partie des
informations, mais ne permet pas d'arrêter là la collecte de données. Rencontrer la population reste indispensable. Elle comporte cependant effectivement des risques certains pour la sécurité des
reporters qui pratiquent ce métier particulièrement dangereux.
Faute d'ouvertures au sein des troupes françaises, nos journalistes chercheront peut être dans d'autres directions. Les reportages auprès des soldats américains ou britanniques sont d'une grande
rareté dans notre pays. Les actions de ces deux pays sont pourtant décisives et représentatives de toute une problématique de la question afghane, celle du sud ultra-violent.
En attendant, les seules images disponibles pour les médias seront celles prises par les militaires eux-même sur le terrain, un peu à la manière de celle de Haïti. Des images d'une grande qualité
et d'une grande rareté mais qui ont été triées par l'Etat Major des Armées et dont le contenu informatif peut se révéler incomplet.
Robert Gates, le secrétaire à la Défense américain, conclut aujourd'hui son voyage de deux jours en Inde. Par un mélange de propositions de rapprochements et
d'avertissements sur la menace terroriste, les Etats-Unis souhaitent ainsi faire de New Delhi un partenaire clef dans la région. Un partenaire sécuritaire pour maîtriser un certain nombre de
points stratégiques mais aussi un partenaire économique, la modernisation de l'armée indienne en faisant l'un des marchés les plus attractifs du moment.
Robert Gates, après avoir rencontré le Premier ministre Manmohan Singh et le ministre des Affaires
étrangères, S. M. Krishna, a pu expliquer à la presse les importants rapprochements que les deux pays allaient effectuer. Au travers d'un accord de défense, les Etats-Unis et l'Inde vont encore
augmenter leurs exercices communs, toujours plus nombreux depuis 2002, leurs échanges de renseignement, leur collaboration dans la cyber-sécurité et dans le contrôle maritime.
Le secrétaire à la Défense a su mettre le doigt sur les menaces communes des deux alliés. La Chine toujours plus puissante au centre de l'Asie en est le principal. Sans l'aide technique et le
conseil de Washington, New Delhi pourra difficilement tenir tête à Pékin. L'équipement de l'armée indienne est d'autant plus intéressant qu'il représente un marché colossal sur lequel les
industriels européens et russes se font déjà la guerre. Un accord politique d'envergure entre les Etats-Unis et l'Inde positionnerait les fabricants américains en très bonne position. Un officier
presse du Pentagone, Geoff Morrell, a ainsi déclaré que les achats d'armes américaines par l'Inde s'étaient élevés à 3,5 milliards de dollars en 2008.
Autre risque majeur : le terrorisme. Robert Gates prévient : "il va falloir faire face à plus d'attaques d'Al-Qaeda et du Lashkar-e-Taiba (groupe terroriste basé dans le Cachemire et
proche d'Al-Qaeda)". Les terroristes se regrouperaient selon le secrétaire à la Défense le long de la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan pour déstabiliser toute la région, Inde
comprise.
De "l'Afpak" à l'Indiafpak"
Les analystes ont compris depuis quelques années que la question des Talibans et du terrorisme islamiste ne pouvait pas être maîtrisée dans l'Afghanistan seul. Il faut absolument intégrer le
Pakistan dans une stratégie globale afin d'interdire tout mouvement aux insurgés dans le nord et l'ouest de ce pays. Robert Gates franchit pourtant une nouvelle étape en ne dissociant pas ces
deux pays de l'Inde dans un unique ensemble régional stratégique.
Washington travaille déjà avec Islamabad et New Delhi sur la lutte contre le terrorisme, même si les collaborations ne sont pas toujours parfaites. L'objectif pour Robert Gates est d'amener ces
deux pays à mettre de côtés leurs désaccords pour rendre plus efficaces les efforts de chacun. Il craint que le Cachemire ne puisse être utilisé par les différents groupes islamistes pour
focaliser l'attention de l'Inde et du Pakistan sur leur frontière commune plutôt que sur un conflit global à l'échelle de la région.
Les Etats-Unis semblent être engagés dans une véritable course contre la montre dans la région. Fixés en Afghanistan, au sens militaire du terme, les armées américaines ne peuvent actuellement
pas gérer d'opérations à grande échelle : les dépenses colossales sur ce théâtre, la surchauffe des rotations des troupes usées par les deux grandes guerres américaines des années 2000 et
l'opinion toujours plus hostile à la guerre limitent la capacité d'action militaire de Washington. Or il leur faut absolument se sortir de cette immobilité.
Robert Gates n'est pas dupe et reste franc sur le sujet : "nous comptons rester longtemps dans la région", aurait-il dit selon un officier de sa délégation cité par le New York
Times. Cette région entre Asie et Moyen-Orient est un véritable point de rupture qu'il faut maîtriser pour tenir en respect à la fois la Chine et l'Iran. Mais si ces deux pays restent pour
l'instant discrets, leurs ambitions et leurs velléités inquiètent les spécialistes. Les Etats-Unis cherchent donc à écraser la menace terroriste dans le secteur le plus vite possible en y
intégrant le plus d'acteurs possibles et en faisant peser le poids de toutes les forces disponibles sur les islamistes qui subissent en ce moment un véritable siège.
Les temps sont durs pour EADS qui a décidé de mettre la pression sur sa branche défense. Plus question pour le groupe industriel de se laisser imposer le rythme par
des clients réfractaires. Après avoir menacé la semaine dernière d'abandonner l'A400M si les Etats ne mettent pas la main à la poche, le fabricant pose une date limite pour obtenir un soutien
concret sur son projet de drone de reconnaissance Talarion.
Le Talarion, voué à l'observation et à la reconnaissance, avait été dévoilé par EADS au salon du Bourget de l'année dernière. L'engin peut voler entre 18 et 24 heures selon les conditions, sur
terre et sur mer. Son endurance permettrait ainsi par exemple de survoler plusieurs heures le Tchad avec un lancement depuis la base aérienne d'Istres. Le constructeur prévoyait alors une entrée
en service pour 2015 et réfléchissait déjà à une version armée de l'appareil.
Stefan Zoller, responsable de la branche défense d'EADS a pourtant prévenu lundi le Financial Times Deutschland : si les clients ne prennent pas leur part de responsabilités, il faudra "geler
ce programme". L'industriel donne à ses trois principaux clients potentiels, la France, l'Allemagne et l'Espagne jusqu'à cet été pour se décider.
Environ 100 millions d'euros ont déjà été investis dans le projet par le groupe franco-allemand. Si les partenaires décident de soutenir le projet Talarion, ils devront investir 1,4 milliard
d'euros et prendre commande de 45 appareils pour encore 1,4 milliard.
Comme dans toutes les catastrophes naturelles de cette ampleur, Haïti va engendrer une importante quantité de blessures psychologiques. Ces traumatismes sont à
présent bien connus des services de santé militaires qui ne savent pas pour autant comment les traiter. L'exposition à la mort reste une cicatrice grave qui met de nombreux soldats en danger
faute de traitements efficaces.
Des
dizaines de milliers de cadavres dans les rues est une vision insoutenable pour la population haïtienne. Les habitants de l'île ne traverseront pas cette épreuve indemnes, même avec toute l'aide
humanitaire imaginable : ils seront marqués à jamais par ce qu'ils ont vu, entendu, touché et senti. Les secouristes dépêchés depuis le monde entier vont également devoir continuer de vivre avec
le souvenir de l'enfer qu'ils auront traversé.
Les psychologues cernent progressivement le choc post-traumatique : exposé à l'éventualité de sa propre mort ou à celle d'autrui, un homme peut être grièvement blessé dans son esprit. S'en
suivent des symptômes parfois graves : anxiété, fatigues physique et morale, dépression, addictions diverses à la drogue ou à l'alcool, comportements violents ou encore suicidaires.
La France devrait pouvoir assurer le suivi de ses ressortissants. Les familles des Français vivant à Haïti sont déjà suivies par une cellule psychologique civile. Les rescapés seront probablement
pris en charge rapidement. Pour les secouristes, les autorités ont pour l'instant prévu un officier psychologue qui a accompagné les marins pompiers de Marseille partis dés jeudi dernier,
d'autres devraient rapidement se greffer.
Le commandant Thierry Cruz ne savait pas au moment de l'interview pour Le Monde comment il allait s'occuper du suivi des pompiers déployés. Il admet qu'il y a un côté
"exploratoire" dans cette mission. Un dispositif similaire avait été mis en place pendant les recherches des restes du vol Air France AF 447 abîmé le 1er juin 2009. Les marins des deux
navires de la Marine nationale qui étaient intervenus avaient pris toutes les précautions pour se protéger en cachant les corps sous des draps par exemple. Aussitôt pris en charge par des
psychologues, ils avaient tout de même manifesté des troubles du sommeil pour 44% d'entre eux et une nervosité excessive pour 23%.
La prévention des chocs post-traumatiques reste expérimentale comme le montre le cas du commandant Cruz. Comme souvent, il va devoir improviser sur le terrain afin de protéger au mieux les hommes
qu'il accompagne. Le temps nécessaire pour un véritable suivi individuel ne sera cependant pas évident à trouver. Les secouristes seront au moins sensibilisés aux risques psychologiques. Il
faudra ensuite qu'ils arrivent à détecter les symptômes si des tourments se manifestaient.
L'Armée française manque de moyens conséquents pour gérer le traumatisme psychologique à grande échelle. La rapidité des déplacements n'aide en rien : les hommes peuvent passer du lieu d'une
catastrophe à leur domicile en quelques heures. Le sas mis en place à Chypre pour faire redescendre le niveau d'alerte des soldats déployés en Afghanistan pourrait s'avérer utile. Ce système
initié en juin dernier a déjà accueillis deux tournées d'OMLT ainsi que le GTIA mené par le 3ème RIMa. L'Armée de Terre avait du appeler en renfort des médecins de la Marine pour assurer un
maximum d'entretiens individuels.
Le militaires traversant ce type de missions sont à présent suivis médicalement. Les blessures psychologiques peuvent mettre plusieurs mois voir plusieurs années à se manifester. Ceux qui auront
été exposés à la mort pourront ainsi être observés tout au long de leur carrière. Pour le médecin en chef Laurent Martinez, chef du service psychologie des fusiliers marins de Lorient, "on ne
guérit pas vraiment d'un traumatisme psychologique, on apprend à vivre avec".
Les Américains, eux, ont un dispositif de suivi psychologique plus poussé : des entretiens avec psychologues obligatoires avant et après un séjour en opération à l'étranger. La prise en charge
des 12 500 soldats envoyés par Washington à l'aide de Haïti risque d'être compliquée, des milliers de personnels déployés en Irak et en Afghanistan souffrant déjà d'un manque de soins.
Une vingtaine d'insurgés ont monté une véritable opération commando dans les rues de Kaboul lundi matin. Bien équipés et organisés, ils ont mis les forces de
sécurité afghanes en difficulté. Les combattants ont visé plusieurs bâtiments officiels tout en ouvrant le feu sur des civils. La situation n'a été rétablie qu'avec l'aide des forces de l'OTAN.
Une attaque inquiétante malgré un bilan qui aurait pu être plus grave au vu de la préparation.
Les Talibans ont attaqué le palais présidentiel, les ministères de la Justice, des Finances et des Mines ainsi que la Banque centrale. Vingt combattants ont ouvert le feu avec des armes
d'assaut et des lance-roquettes tout en incendiant des centres commerciaux avec des explosifs et des véhicules piégés afin de faire diversion. L'opération a eu lieu dans un quartier pourtant très
surveillé du fait des nombreux bâtiments officiels qui s'y trouvent.
Les commandos étaient particulièrement déterminés et équipés de ceintures d'explosifs. Deux d'entre eux en ont fait usage. Ils ont tué au moins cinq personnes dont un enfant et ont fait au moins
71 blessés dont 35 civils selon la présidence afghane. Un porte-parole taliban revendiquait l'attaque alors même que les premiers tirs et explosions résonnaient dans la ville.
Les forces de sécurité afghanes dépassées
La police et l'armée afghanes n'ont pas réussit à réagir efficacement. Un responsable au palais présidentiel a déclaré à l'agence Reuters : "c'est le chaos, nous ne savons pas quoi faire et
où aller". Le calme n'a pu être ramené qu'avec l'intervention des forces de l'ISAF après quatre heures de combats.
Deux policiers et un soldat afghans ont été tués par les insurgés. Sept de ces derniers ont été abattus par des policiers avant de pouvoir utiliser leurs ceintures d'explosifs. On ignore pour
l'instant ce que sont devenus les autres assaillants.
L'attaque a pu surprendre les autorités afghanes, la capitale ayant été relativement sûre depuis l'intervention de l'OTAN en 2001. Elle laisse cependant planer le spectre de dangers comme ceux
qui menacent Bagdad depuis plusieurs mois. Des opérations très organisées menées par quelques terroristes lourdement armés ont été à l'origine de véritables massacres en Irak, les cibles étant à
chaque fois des bâtiments gouvernementaux.
Les Talibans montrent encore une fois qu'ils savent s'adapter et frapper au coeur du dispositif de sécurité afghan. Les attaques qu'ils mènent sont toujours plus sophistiquées, tant dans les
embuscades que dans le recours aux IEDs. Là où on trouvait auparavant un piège sur la route, on en trouve maintenant plusieurs reliés les uns aux autres et surveillés par des tireurs isolés.
Alors que le gouvernement de Haïti craint plus de 100 000 morts après les séismes qui ont ravagé l'île mardi soir, le monde entier se mobilise pour envoyer de
l'aide. Les militaires jouent un rôle crucial dans cette action, disposant de moyens importants pour aborder des zones ravagées. Ils sont aussi nécessaires pour protéger les secours civils des
pillards.
La France et les Etats-Unis se sont entendus pour coordonner leurs efforts. D'autres pays comme l'Islande, le Canada, l'Allemagne, le Danemark, le Japon ou la Grande-Bretagne
participent en envoyant des hommes, du matériel et des fonds. Les différentes ONG commencent à mettre en place des plans d'aide pour fournir soins, nourriture et eau aux sinistrés.
La France a commencé à faire le relais depuis la Martinique avec des avions de transport CASA 235. Ces appareils peuvent effectuer des atterrissages tactiques et n'ont ainsi pas besoin de passer
par un aéroport, ceux de l'île étant hors d'usage. 71 secouristes ont été déposés tandis que 91 Français blessés ou ayant de jeunes enfants étaient évacués. D'autres détachements dont un de 67
secouristes militaires sont déjà en route. Le président de la République Nicolas Sarkozy doit réunir à 17 heures plusieurs ministres dont celui de la Défense, Hervé Morin et celui des Affaires
étrangères, Bernard Kouchner, pour décider des efforts que la France va fournir.
De son côté, Washington a déjà annoncé un effort militaire massif puisque 3 500 soldats et 2 200 marines vont être dépéchés sur place. Il s'agit pour l'armée américaine d'être rapide tant pour
fournir de l'aide aux blessés que pour évacuer les corps avant que des maladies ne se répandent. Pour l'instant, les morts jonchent les rues dans lesquelles les survivants dorment à même le
sol.
L'une des priorités va être de préparer rapidement des voies d'accès à l'île pour acheminer l'aide internationale. Si les avions de transport tactique ont déjà commencé leur ballet, d'autres
pourront suivre, notamment un A 310 du ministère de la Défense déjà dépêché dans la régino dés que les aéroports seront utilisables. L'utilisation de navires sera primordiale pour faciliter la
logistique. Les Canadiens ont d'ores et déjà mis en mouvement deux navires militaires pendant que les Américains positionnent un porte-avions et un porte-hélicoptères.
Les troupes déployées vont devoir rétablir l'ordre le plus vite possible. Haïti, déjà l'un des pays les plus pauvres du monde, est en train de sombrer dans le pillage. Des coups de feu éclatent
partout dans Port-au-Prince sans que les Casques Bleus, mobilisés pour la sécurisation des rares hôpitaux utilisables, ne puissent intervenir.
Six OMLT (Operational Mentoring Liaison Team) opèrent en Afghanistan pour former les militaires de l'ANA (Armée Nationale Afghane). Cette opération mobilisant 300
personnels de l'Armée de Terre est cruciale pour l'avenir de cet engagement puisque de la capacité des Afghans à protéger leur pays dépend le calendrier du retrait des troupes de l'ISAF. Si les
Français sont satisfaits de leur bilan, il reste d'importants efforts à fournir.
Les mentors sont des cadres de l'Armée de Terre sélectionnés dans tous les régiments pour former les militaires de l'ANA aux préceptes de la guerre moderne. En tout, 41 OMLT
opèrent en Afghanistan, armées par les différents pays contributeurs de l'ISAF. Les Français disposent de 6 équipes qui forment principalement les hommes du 201ème corps de l'ANA, à Kaboul.
Cinq OMLT sont liées à chacun des kandaks (compagnies) composant cette brigade. La sixième participe à la formation des cadres, des logisticiens et des commandos dans la capitale. Chaque
OMLT, composée de six personnels (sauf dans le cas de compagnies spécialisées médicales, logistiques ou transmission par exemple), accompagne une cinquantaine de soldats afghans. Un officier
conseille directement le commandant de l'unité afghane tandis que son adjoint s'occupe du reste des cadres. Deux spécialistes du génie et des transmissions, un infirmier et un servant d'arme
collective complètent l'équipe. Pour effectuer la même mission, les OMLT américaines ne disposent que de seize personnels au lieu de 50.
Pendant les six mois que durent la mission, les mentors accompagnent leurs collègues afghans dans toutes leurs opérations. En plus du conseil, ils les aident à mieux communiquer avec le reste de
l'ISAF pour pouvoir profiter des différents supports de réaction rapide ou de soutien aérien par exemple. Chaque compagnie accomplie ses missions sous l'oeil attentif des spécialistes
français.
Les mentors sont confrontés à des risques réels. La mort de trois d'entre eux cette semaine atteste de cette réalité. Ils vivent dans des conditions spartiates, isolés en très petit nombre au
milieu des Afghans pendant six mois au cours desquels les temps de repos sont rares.
En France, leur préparation dure près d'un an. Il faut d'abord repérer les volontaires et tester leurs capacités à gérer la mission. Il faut ensuite les former pendant six mois en effectuant des
rappels sur les sujets qu'ils vont devoir transmettre aux soldats afghans tout en les renforçant physiquement afin que les conditions de vie ne soient pas insupportables. A chaque fois, l'OMLT en
préparation est doublée d'une deuxième équipe de remplacement, prête à partir en cas de nécessité.
Selon le Colonel Benoît Royal, chef du SIRPA Terre, la France peut largement assurer le rythme de mobilisation des OMLT. Pas de surchauffe en vue donc mais surtout, la possibilité
d'augmenter le rythme. Le 28 janvier à la conférence de Londres sur l'Afghanistan, la France pourrait annoncer l'envoi de renforts sous la forme de mentors.
Une armée jeune qui a des progrès à faire
L'ANA est une armée jeune composée en 2002 à partir d'effectifs initiaux hétéroclites : moudjahidines, anciens
soldats formés par les Russes, sans-emplois ... Forte de 97 000 hommes, l'ISAF prévoit 134 000 soldats en 2010 et vise l'objectif de 260 000 en 2014. En attendant, 90% des opérations sont menées
conjointement par l'ISAF et l'ANA dont 60% sous le commandement de ces derniers.
Le Colonel Jean-François Martini, commandant de la brigade OMLT d'avril à novembre 2009 se dit optimiste et remarque des progrès considérables. Il estime que plusieurs compagnies afghanes
approchanet l'autonomie. Quelques unes de celles formées par les Français ont reçu la certification opérationnelle la plus élevée et l'ont maintenue au fil des mois.
Des soucis persistent malgré tout. Les personnels afghans, souvent éloignés de leurs familles, ont parfois des difficultés à effectuer les trajets entre leur unité et leur domicile. Le Colonel
Michel Goya parle de 25 à 30% de désertion par an. Un chiffre pondéré par le Colonel Martini qui n'a eu à déplorer que 10 à 12% d'absences, souvent temporaires.
Les Afghans souffrent également de problèmes de transmissions. Sous-équipés en matériel informatique, leur réactivité n'est pas comparable avec celle des troupes occidentales. Alors que nos
armées travaillent en temps réel sur des écrans affichant un grand nombre de données sur le terrain, les Afghans eux doivent émettre plusieurs appels radios pour connaître les mouvements de leurs
alliés et de leur ennemis.
Le ministère de la Défense annonce par communiqué de presse le décès d'un sous-officier de l'armée de terre en Afghanistan.
Le maréchal des logis Harouna Diop du 517ème Régiment du Train de Chateauroux faisait parti d'une OMLT accompagnant un convoi logistique du 35ème Kandak de l'Armée Nationale Afghane entre
les villes de Bagram et Nijrab. Le véhicule blindé dans lequel se trouvait le militaire, probablement un VAB, a été touché par l'explosion d'un IED causant la mort du soldat.
Deux autres militaires originaires des 517ème RT et 3ème Régiment Médical de La Valbonne faisant partie de cette OMLT sont blessés. C'est le troisième mort français en trois jours et le 39ème
depuis le début de l'intervention en Afghanistan.
Le ministre de la Défense, Hervé Morin, a estimé ce soir dans une interview accordée au Figaro et à Orange, que la France a "sa place en Afghanistan". Selon lui, un départ des militaires
précipiterait le pays dans le chaos, une solution impossible dans une région qui représente un arc de crise majeur.
Rheinmetall le fabricant de véhicules militaires allemand va s'associer avec MAN SE le fabricant de camions. Les deux industriels vont créer une société de
défense, Rheinmetall MAN Military Vehicles (RMMV) qui devrait atteindre rapidement une taille importante.
Les deux compagnies
évoquent le sujet au moins depuis mars 2009. En s'alliant, ils deviennent une véritable force industrielle en Allemagne et en Europe, capable d'assurer une position stable sur le marché du
véhicule militaire. La nouvelle filiale RMMV sera détenue à 51% par Rheinmetall et à 49% par MAN SE et doit naître cette année.
Dans un premier temps, seules les activités de développement et de vente seront mises en commun, ce qui représente environ 300 salariés. D'ici fin 2011, la fonction production sera
progressivement intégrée avec les usines. Pour l'instant, les deux entreprises prévoient de redéployer leurs chaînes de montages de Kassel en Allemagne pour Rheinmetall et de Vienne en Autriche
pour MAN SE, soit un bon millier d'ouvrier.
Rheinmetall assure sa prospérité dans le secteur du véhicule militaire avec cette opération. L'industriel pourrait même arrêter de produire des moteurs automobiles pour ce consacrer pleinement au
secteur de la défense. Les associés visent un chiffre d'affaires d'un milliard d'euros.
Rheinmetall produit déjà une bonne partie des véhicules de la Bundeswehr, l'armée de terre allemande : le Fuchs, transporteur de troupes proche du VAB français, le Boxer, un blindé multirôle, le
Kodiak, blindé de génie ou encore le Puma, un char moyen de transport. Avec le savoir-faire de MAN SE, RMMV pourrait fabriquer les véhicules qui manquent à cette gamme déjà variés comme des
véhicules logistiques blindés ou des MRAP (véhicules résistants au mines).
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