Afghanistan : la plus grosse erreur humanitaire jamais commise

Malgré l’optimisme affiché par les pays de la coalition, appliqués à planifier leur retrait militaire, l’Afghanistan reste un drame humanitaire. L’UNHCR a admis la semaine dernière qu’il s’agissait là de la plus grosse erreur humanitaire jamais commise. Il aura fallut plus de dix ans à la communauté internationale pour comprendre qu’il ne suffisait pas de faire revenir les réfugiés pour que l’activité économique redémarre.

Malgré l’optimisme affiché par la coalition, un déplacé afghan sur trois reste privé d’opportunités économiques.

Mercredi dernier, Peter Nicolaus admettait la « plus grosse erreur que l’UNHCR ait jamais commise ». Le représentant du Haut commissariat aux réfugiés en Afghanistan a fait ce triste constat d’échec après presque dix ans d’une mauvaise stratégie dans ce pays. Persuadés qu’ils suffiraient de faire rentrer les exilés afghans du Pakistan pour que l’économie reprenne, les humanitaires reconnaissent l’inefficacité de ce modèle.

Dix ans après l’invasion américaine, 5,4 millions de personnes sont revenues dans leurs régions d’origine. Mais faute d’activité et de structures économiques, la vie ne reprend pas. Les Afghans restent massivement dépendants de l’aide internationale. Alors que l’hiver fait rage, l’UNHCR doit aider quelques 200 000 individus à affronter le froid.

Trouver un travail, trouver de quoi nourrir sa famille, permettre de retrouver un peu de normalité dans le quotidien. Tout ça reste un défi permanent pour les Afghans. Les humanitaires ont longtemps cru qu’il suffirait de reconstruire des routes et de les sécuriser pour favoriser les échanges économiques. Raté : « Vous pouvez construire cinq routes allant d’un village à un autre, les paysans en profiteront pour aller vendre leurs légumes mais les réfugiés, eux, n’ont rien à vendre », remarque Peter Nicolaus.

Avec une population totale estimée à environ 30 millions d’habitants, c’est plus d’un Afghan sur six qui se retrouve sans moyen de subvenir à ses besoins. Il aura fallu attendre plus de dix ans pour arriver à cette conclusion. En avril prochain, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Iran et l’UNHCR devraient se rencontrer pour chercher des moyens de développer l’économie de manière à fournir des emplois aux réfugiés sur le retour.

Parmi ceux qui sont rentrés en Afghanistan, un déplacé sur trois est toujours livré à lui même. C’est, en plus de l’énorme insécurité qui règne dans le pays, l’une des raisons qui dissuadent les trois millions d’Afghans toujours réfugiés à l’étranger. Pour eux, ce ne sont ni les 150 $ distribués par l’UNHCR, ni les couvertures données pour affronter l’hiver, qui constituent une raison de retourner dans leur pays.

Photo : US Marine Corps / Cpl Reece Lodder

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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