Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /2009 16:48
L'idée de discuter avec les Talibans les plus modérés a été évoquée à maintes reprises par le passé. Des rencontres avec des insurgés ont déjà pu avoir lieu. Hamid Karzaï est un fervent défenseur de cette solution. Les autorités occidentales commencent également à envisager cette possibilité pour sortir de l'impasse afghane. Il n'est pourtant pas dit que les Talibans seraient prêts à négocier ni que cela permettrait de ramener la sécurité dans le pays.

"J'invite mes frères talibans à embrasser leur terre et à me rejoindre pour discuter." Hamid Karzaï, tout juste réélu, a décidé de faire avancer l'idée de négocier avec les insurgés. Comme d'autres politiciens afghans et spécialistes de ce conflit, il estime que les rebelles doivent être pleinement intégrés dans un processus de paix pour qu'une solution puisse être envisagée.

Un certain nombre d'officier généraux de l'ISAF commencent à envisager sérieusement ce type de solution. Le général McCrystal, commandant en chef des troupes de l'OTAN en Afghanistan a ainsi suggéré dans son rapport au président Obama "d'identifier les opportunités pour réintégrer les combattants de faible rang dans la société en leur proposant des moyens de s'en sortir". Ces solutions doivent permettre aux insurgés repentis de refaire leur vie, trouver un travail ou une formation ainsi qu'un endroit ou vivre avec leur famille. La close la plus controversée concernerait l'amnistie totale concernant les crimes commis par le passé.

Ce revirement stratégique est paradoxal. Les Américains envisange de discuter avec les anciens alliés des responsables des attentats du 11 septembre 2001. Une éventualité qui pourrait choquer une partie de l'opinion publique. Pour les chefs militaires, c'est cependant le seul moyen de ralentir puis stopper l'élan des Talibans qui sont plus féroces que jamais et qui ont le temps de leur côté.

Les combattants de faible rang ne sont pas toujours convaincus par les idéologies radicales des Talibans. Il s'agit souvent d'Afghans qui ont été plus ou moins contraints de prendre les armes parce que leurs villages ou leurs familles étaient sous influence talibane. Pour une bonne partie d'entre eux, échanger leurs armes contre un emploi et suffisament d'argent pour reprendre leur vie serait alléchant. Pour certains autres chefs, en particulier ceux qui ne sont pas totalement acquis à la cause talibane, la possibilité de participer à des négociations et de retrouver une place dans l'activité politique du pays serait également une opportunité envisageable.

En 2007, plusieurs dizaines d'Irakiens avaient ainsi abandonné les différents groupes d'insurgés pour accepter l'argent et les emplois proposés par les Américains. S'ils se sont en général retrouvés dans des milices combattantes, ils ont finit pour une partie d'entre eux par combattre leurs anciens alliés d'Al-Qaeda et ont finalement repris une place visible au sein de la société civile.

Les Talibans restent divisés en leur sein entre les radicaux qui veulent combattre jusqu'au retrait total et inconditionnel des troupes de l'OTAN et les modérés qui souhaitent trouver des moyens de rétablie un semblant de paix dans le quotidien de la population. De nombreux Talibans sont des gens très capables qui pourraient être un atout s'ils acceptaient de déposer les armes remarque Haleem Fidayee, gouverneur de la province du Wardak pour le magazine Time.

Le chemin est long avant d'envisager des discussions sérieuses entre les forces de sécurité afghanes et les insurgés. Les Talibans réclameront le départ des troupes occidentales comme préavis à tout retour dans la société. Les Américains et les Européens refuseront d'abandonner l'Afghanistan tant que les troupes nationales ne seront pas capables de maintenir par elles même la sécurité.


Photo : US Air Force / Staff Sergeant Christine Jones
Par Romain Mielcarek - Publié dans : Afghanistan
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