Vendredi 13 novembre 2009 5 13 /11 /2009 19:12
Le conflit afghan est souvent comparé à la guerre du Vietnam. Les similitudes en terme de difficultés rencontrées par l'armée américaine sont nombreuses. L'enlisement militaire et l'effort fournit par les officiers pour trouver des méthodes de lutte contre insurrectionnelle représentent un autre point commun. Des historiens et des officiers continuent de se poser la question de l'échec inévitable au Vietnam. Un doute qui représente autant d'espoir pour les décideurs américains.

"Et si?". Les journalistes de Newsweek Evan Thomas et John Barry reviennent cette semaine avec l'exercice risqué de ce jeu d'hypothèse sur les similitudes entre les guerres du Vietnam et d'Afghanistan. Au travers des écrits de plusieurs historiens spécialistes de cette question comme Stanley Karnow ou George Herring, ils se demandent si la défaite était inévitable.

La guerre du Vietnam n'était peut être pas encore perdue lorsque les troupes américaines se sont retirées. Deux périodes clefs auraient pu changer l'histoire. En 1965, le Président Lyndon Johnson aurait pu pousser l'offensive et couper les routes de ravitaillement des nord-vietnamiens en bloquant les accès au sud. En 1970, il aurait également pu accorder à l'armée les ressources nécessaires pour faire fructifier les premiers succès contre insurrectionnels.

Le parallèle peut donc se faire encore une fois avec la situation actuelle de l'Afghanistan. Comme en 70, l'armée américaine réclame plus de moyens pour pouvoir faire aboutir ses efforts contre les insurgés et éviter la défaite. Le mois dernier, le général Stanley McChrystal, commandant des troupes de l'ISAF réclamait à Barack Obama d'envoyer 40000 soldats supplémentaires. Une décision politique particulièrement difficile à prendre.

L'ISAF peut compter sur quelques succès. L'effort de formation et d'équipement de l'Armée Nationale Afghane, la doctrine de "guerre au sein de la population" et l'abandon des tirs d'artillerie à l'aveuglette permettent aux forces de l'OTAN de gagner un peu plus la confiance des Afghans. Au Vietnam, des victoires avaient été enregistrées avant que le Congrès ne coupe les budgets : une armée vietnamienne se mettait en place et les troupes américaines commençaient à maîtriser le combat contre insurrectionnel. La situation en Afghanistan est donc bel et bien à un tournant crucial dépendant plus de choix politiques que de décisions militaires.

Des opinions publiques faillibles

Un général à la retraite interviewé par le journal américain rejoint les thèses de plusieurs historiens soutenant que les militaires avaient perdus la guerre du Vietnam du fait du manque de soutien de la société civile. Les politiques acculés par une opinion publique plus opposée que jamais au conflit ont du abandonner le combat. La même chose pourrait arriver dans les mois ou années à venir, les sénateurs bataillant de plus en plus pour maintenir ou retirer les troupes en Afghanistan.

56% des Américains sont contre l'envoi de renforts selon une étude CNN/Opinion Research Corporation. Cette augmentation de l'effort de guerre est pourtant indispensable pour ne pas subir une défaite selon le général McChrystal. Sans le soutien de l'opinion, Barack Obama ou le parlement peuvent difficilement cautionner ce nouvel investissement sans prendre le risque d'une véritable déroute politique.

Les alliés européens sont confrontés au même problème. En France, en Grande-Bretagne, en Allemagne ou en Italie, les opinions publiques sont de plus en plus hostiles à la guerre en Afghanistan. Face à des catastrophes comme l'embuscade d'Uzbin, les frappes de la vallée de Kunduz ou l'attentat qui a tué six parachutistes italiens dans Kaboul, les populations hésitent quand à la légitimité de la présence de leurs troupes en Afghanistan. L'échec de la présidentielle n'a rien fait pour améliorer cette situation.

Barack Obama est donc confronté au même dilemme que Lyndon Johnson et Henry Kissinger dans les années 70 : suivre la volonté du peuple peu sensible aux exigences militaires ou répondre aux besoins des officiers pour remporter la victoire.


Photo : US Army
Par Romain Mielcarek - Publié dans : Doctrine, stratégie, réfléxions
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