Ateliers de la Citadelle : incertitudes stratégiques et économiques (1)

Deux ans après la publication du livre blanc de la Défense et de la sécurité nationale, comment ont évolué les menaces envers la France ? C’est la question qui a été posée hier à Lille aux premiers ateliers de la Citadelle. A l’initiative du général Thomann et de la mission Lille eurométropole défense et sécurité, la ville a invité quelques 250 personnes de tous horizons à s’interroger autour de plusieurs intervenants et d’un grand témoin, Michel Rocard. Compte rendu des réflexions de la première moitié de ce colloque.

Des soldats de la Marine contrôlent une embarcation dans le Golfe d'Aden.

Les menaces et les risques qui visent la France ont pu évoluer en deux ans. La majorité du Livre Blanc reste cependant pertinente puisque les menaces djihadiste, pirate et criminelle restent les principaux soucis du pays. La préparation à réagir face à des attaques informatiques, à des catastrophes naturelles ou des pandémies reste également prioritaire.

La France est toujours aussi peu exposée à un risque de conflit inter-étatique, nucléaire ou non. La défense de sa sécurité repose à la fois sur l’organisation entre les différents ministères sur le sol national et sur des opérations à l’étranger qui doivent permettre de désamorcer des foyers d’instabilité.

De nombreuses incertitudes stratégiques existent malgré tout tant sur ce qui peut impacter sur l’avenir des relations du pays avec de grands acteurs comme la Chine ou la Russie que sur ses moyens à gérer les situations de crise.

Incertitude économique

La vraie nouveauté en 2010 est le résultat de la crise financière et économique qui a secoué le monde. Du côté de la Défense, les budgets ont été bien protégés grâce à la loi de programmation militaire et à des investissements qui ont maintenu les finances pendant deux ans.

L’avenir est beaucoup plus incertain. La Défense est de plus en plus perçue comme une variable d’ajustement par certains acteurs même si dans l’ensemble, élus de droite et de gauche s’accordent pour maintenir une politique de défense stable.

Le développement des vecteurs nucléaires et l'entretien de l'arsenal représentent un budget conséquent.

Reste que si la France devait continuer de traverser une période difficile, le budget de Défense pourrait être pénalisé comme les autres. Des conséquences directes sur les ambitions sécuritaires du pays se feraient alors sentir. Il faudrait alors se résoudre à faire des choix stratégique et à sélectionner avec plus de parcimonies les engagements de la France.

Économiser sur le dos du nucléaire

A partir de là, il faut réfléchir à ce qui est sacrifiable. Pas question pour l’instant d’abandonner les opérations en cours même s’il devient urgent de prévoir des portes de sortie là où c’est possible.

Le principal rouage visé par les intervenants de ce colloque est la capacité nucléaire de la France. La question de sa pertinence est posée puisque le pays ne risque pas d’être impliqué dans un conflit nucléaire. Les principales craintes concernant le nucléaire sont celles d’un vol terroriste au Pakistan ou d’une guerre entre ce pays et l’Inde, encore que cette dernière hypothèse reste la moins probable.

Il n’y aura eu personne pour défendre la dissuasion française dont les partisans se font toujours moins nombreux.

Photos : EMA & DGA

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A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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