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Canular télévisé en Géorgie : de la réussite médiatique à l’échec politique

Ecrit par Romain Mielcarek le 15 mar 2010 à 23:57 Aucun commentaire

A peine trente minutes d’un reportage fictif ont réussit à secouer toute la Géorgie. Les flash d’information imaginaire diffusés par la chaîne privée Imedi dimanche et décrivant une nouvelle invasion russe ont causé la panique dans le pays. Diplomaties étrangères, politiques et simples citoyens s’insurgent contre cette manipulation qui retombe sur le président Mickhail Saakachvili.

Les troupes géorgiennes sont modestes : 30000hommes soutenus par des chars dépassés et une aviation agonisante.

Des images de chars russes déboulant sur les routes géorgiennes ont ravivé la terreur du conflit d’août 2008. Une vive émotion parfaitement logique puisque les films datent de cette époque. Pourtant, pendant trente minutes, les présentateurs et les journalistes de la chaîne privée Imedi affirment non seulement que l’envahisseur fonce vers Tbilissi mais que le président Saakachvili a été assassiné, laissant place à une opposition soutenant l’attaquant.

Une réussite médiatique

Le média utilisé en tant qu’arme politique et sécuritaire remporte une victoire significative. Les responsables de ce canular ont réussit à prouver que si Moscou visait de nouveau la Géorgie, le pays serait incapable de se défendre. La population en a conscience et a réagit en conséquence : panique et malaises cardiaques en attestent.

Mickhail Saakachvili, s’il nie avoir été impliqué dans le lancement de ce projet, remarque malgré tout que « cela est extrêmement proche de ce qui peut arriver et de ce que conçoit l’ennemi de la Géorgie ».

Sur le papier, il est vrai que les forces de sécurité de ce petit pays n’ont aucun moyen de résister au géant russe. En 2008, Moscou avait déjà remporté une guerre éclair, neutralisant sans grande difficulté les forces géorgiennes, même si ces dernières s’étaient révélées plus efficaces à proportion égale. La Russie entretient dans la région des troupes prêtes à intervenir rapidement. L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, les deux enclaves indépendantistes, autrefois géorgiens, dont Moscou a reconnu l’autonomie sont également deux points d’entrée pour des unités d’invasion.

Catastrophe politique

Si la manoeuvre s’est révélée être un succès pour entretenir la terreur nationale vis à vis du voisin géant, la population a très mal perçu la méthode. L’opposition s’est empressée de dénoncer une participation du président Saakachvili à ce canular. Ce dernier nie en avoir été informé mais la proximité entre lui et le directeur de la chaîne ne vont pas dans son sens.

La question de la sécurité est le levier d’action du président géorgien pour se maintenir au pouvoir. En jouant sur la crainte des Russes et les souvenirs des citoyens, il réussit à garder sa position sans avoir à trop s’inquiéter des questions de développement.

Ce canular a été comparé par de nombreux médias français avec l’émission belge qui avait annoncé en 2006 l’indépendance de la Flandre. Une fiction qui devait inciter à la réflexion et qui avait découlé sur un fiasco diplomatique, la Belgique passant pour ridicule auprès de la communauté internationale. Le problème est ici différent puisqu’il s’agit de questions de sécurité. Les équipes d’Imedi et leurs commanditaires supposés n’ont pas cherché à faire réfléchir leur public mais a créer un climat de peur propice à l’instauration d’une politique dure et autoritaire.

Les ambassades étrangères ont réagit de manière négative. Tant les Américains que les Russes ont condamnés la pratique et ses visées en opposition avec toutes solutions politiques pour les conflits de cette région.

Photo : Jonathan Alpeyrie

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