Catastrophe nucléaire au Japon : inquiétude dans les îles russes

La catastrophe nucléaire qui traumatise le Japon a des conséquences chez ses voisins. En Russie, des moyens militaires sont mobilisés pour être prêt à réagir si la situation empire. Moscou saisit cette occasion de se rapprocher de son adversaire en s’imposant comme un partenaire indispensable. Le Japon qui continue de réclamer la propriété des îles Kouriles, se voit à présent offrir spécialistes et énergie pour affronter la crise. Une main tendue que Tokyo refuse pour l’instant de saisir.

Explosion à la centrale de Fukushima sur la télévision japonaise.

L’armée russe organise sa flotte du Pacifique ainsi que des moyens aériens pour préparer l’évacuation des Kouriles et de Sakhaline. Les garde-côtes de de cette dernière sont également mobilisés. Cette région caractérise les tensions qui opposent la Russie et le Japon qui n’ont jamais signé d’armistice et sont toujours officiellement en guerre. Suite à la crise diplomatique entre Tokyo et Pékin en septembre 2010 à propos de la contestation des iles Senkaku (Diaoyu en Chinois), Moscou avait augmenté son activité dans les Kouriles, suscitant la colère nippone.

Lundi, 11 000 personnes avaient déjà été évacuées dans les Kouriles et les ports vidés de leurs navires. Les vagues du tsunami qui ont atteint ces îles n’ont pas dépassé 1m de hauteur. Vladimir Poutine a offert l’aide d’une équipe d’experts dont deux spécialistes ayant participé au nettoyage de Tchernobyl. Le Japon a refusé. Le gouvernement russe a également proposé de ravitailler son voisin en gaz naturel et en charbon, le Japon étant totalement dépendant de l’énergie nucléaire. La catastrophe donne à la Russie l’opportunité de s’imposer comme un partenaire indispensable.

Les conséquences des explosions de la centrale nucléaire de Fukushima, au nord de Tokyo, sont en train d’atteindre la partie la plus orientale de la Russie. Les iles Kouriles et Sakhaline sont directement menacées. Des niveaux anormaux de radioactivité ont même été relevés aux alentours de Vladivostok sur le continent, où se trouve un important port militaire. Les îles regroupent à elles seules une population approchant les 200 000 personnes. Moscou assure se tenir prête à évacuer l’ensemble des civils et des soldats stationnés dans cette région.

Malgré l’importante présence militaire dans ces îles, les Russes ne semblent pas prêts à affronter une menace nucléaire. Svetlana Ivanova, une députée de l’assemblée de Sakhaline, s’est ainsi inquiétée du peu d’informations dont elle disposait pour rassurer et organiser ses concitoyens. « Auparavant il y avait un système de protection (anti-nucléaire), déclarait-elle mardi à l’Echo de Moscou. Aujourd’hui, peu de gens savent où courir et quoi faire. » Les ventes de médicaments à base d’iode ont explosé.

4 des 16 iles que compte l’archipel de 16 sont réclamées par le Japon depuis 1945. Trois de ces iles sont habitées par quelques 12 500 habitants. Une quatrième plus au nord compte 3500 personnes. Traditionnellement, les Japonais voient les Kouriles comme une porte d’entrée indéfendable d’une Russie potentiellement hostile.

Photo : KKT

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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