Chasseurs indiens, ça part dans tous les sens

Vendredi, New Delhi annonçait la signature d’un contrat de modernisation de ses Mirage 2000. Un gros contrat pour Thalès et Dassault qui préféreraient tout de même voir avancer le « contrat du siècle » pour l’achat de 126 chasseurs, sur lequel le Rafale est en lice. Des dossiers qui se superposent sur fond de développement du nouveau chasseur indo-russe.

Un Mirage 2000 de l'Indian Air force.

Ce n’est pas celle que l’on attendait le plus mais c’est une bonne nouvelle pour les industriels français. L’Inde a signé vendredi dernier un gros contrat pour rénover 51 Mirage 2000. Un petit pactole de 1,5 milliards d’euros, réparti à 75% pour Thalès qui s’occupe de l’avionique, des équipements de guerre électronique et du radar; 25% pour Dassault qui devra assurer les tests et la requalification des appareils. De quoi occuper nos industriels sur un calendrier établi sur 9 ans. Le missilier MBDA attend de son côté jusqu’à 900 millions de commande d’armements pour aller avec tout ça.

Un contrat qui pourrait étonner alors que tout le monde attend une réponse sur le fameux contrat du siècle évalué à 8,5 milliards d’euros. New Delhi doit en effet toujours se décider sur son nouveau chasseur. Une commande pour 126 appareils, disputée par le Rafale de Dassault et l’Eurofighter du trio EADS / BAE / Finmeccanica. Reste que si l’Inde veut moderniser sa flotte à grande vitesse, ces avions ne seront produits que sur une longue échéance, obligeant le géant asiatique à suivre plusieurs pistes à la fois.

C’est aussi pour cette raison que l’Inde a commencé à développer un nouveau chasseur avec l’aide de la Russie. New Delhi a effectué une joint venture avec Moscou pour participer au développement du Sukhoi PAK FA. Cet appareil de cinquième génération dont deux prototypes ont déjà volé vise non seulement à moderniser les flottes des deux partenaires mais à envahir les marchés de l’exportation. Les industriels visent à fournir 200 avions à chacun de ces pays et à en vendre 600 à l’étranger.

L’Inde a été sur la période 2006-2010 le principal importateur d’armes avec 9% du total mondial. New Delhi cherche cependant à améliorer son autonomie sur cette industrie stratégique, notamment pour tenir tête à la Chine qui développe ses armements en interne. Les transferts de technologie sont ainsi un argument de poids dans la négociation des contrats. Dans le cas des Mirages 2000, seuls deux appareils seront modifiés en France. Tout le reste sera fait chez le client via le partenaire local, le groupe Hindustan Aeronautics Limited.

Au total, ce sont donc, en plus des 51 Mirages 2000 modernisés, quelques 126 chasseurs de dernière génération européens (Rafale ou Eurofighter), 200 Sukhoi PAK FA et une centaine de Su-30MKI (contrat de 272 exemplaires en cours de livraison) qui devraient rejoindre la flotte indienne. Cette dernière se compose actuellement de près de 500 chasseurs pour son armée de l’air et d’une aéronavale embryonnaire d’une vingtaine d’engins. A comparer avec son adversaire juré, la Chine et ses près de 2000 avions de combat (1600 pour l’armée de l’air, 300 pour la navale), même si une majorité sont à présent dépassés.

Photo : US Air force

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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