Cyberdéfense : le « village gaulois » français se cherche des frères d’armes
Le Parlement avance progressivement dans son analyse des problématiques de cyberdéfense. Rapporteur pour le Sénat, Jean-Marie Bockel décrit la France comme un « village gaulois » qui chercher à identifier ses partenaires. OTAN, UE et pourquoi pas Chine dans une lutte contre une menace globale qui manque surtout cruellement d’une doctrine d’emploi définie.
Il faut sortir de la logique de « petit village gaulois » affirmait hier Jean-Marie Bockel. Rapporteur d’un rapport sur la cyberdéfense auprès de la commission Défense du Sénat, il faisait part de ses premiers constats. S’il salue les efforts réalisés depuis la parution du premier Livre blanc sur la défense, notamment avec la création de l’ANSSI, il admet aussi que « tout cela reste balbutiant » et que « même au niveau de l’outil défense, chacun travaille dans son coin ».
Faute de systèmes de détection globale des attaques, faute de moyens humains suffisants, il faut se rapprocher de nos partenaires. Nos voisins au sein de la communauté européenne mais aussi au sein de l’outil OTAN. Des structures au sein desquelles nous évoluons déjà … plus ou moins. L’ambassadeur d’Estonie de rappeler au cours du petit déjeuner débat d’hier que la France reste l’absente remarquée du Centre d’Excellence de Cyberdéfense de l’OTAN à Tallin. Jean-Marie Bockel d’admettre de son côté que les Allemands et les Britanniques ne sont pas toujours clairs non plus sur leurs positions stratégiques en la matière.
Reste enfin l’ami chinois. Alors que l’on est souvent habitué à percevoir Pékin comme une menace, le sénateur est beaucoup moins affirmatif là-dessus. Il assure que des hauts responsables et des ministres liés aux questions de cybersécurité lui ont assuré ne pas être à l’origine des attaques qui ont visé la France, notamment en mars 2011 au moment des intrusions dans les données du ministère des Finances français. Les officiels chinois seraient donc tout à fait près à coopérer dans le domaine de la cyberdéfense. Même si des bataillons de pirates disséminés dans la population, en liaison directe avec les services de renseignement.
Tout reste donc à faire pour sortir la France de son isolement stratégique dans le domaine du numérique. Le tout en l’absence de toute forme de doctrine claire. Alors qu’un nouveau Livre blanc sur la défense nationale est à l’étude, force est de constater que politiques et techniciens peinent toujours à concevoir les positions que la France doit adopter et les moyens dont elle doit se doter.
Pour nous rassurer, nous apprendrons que ceux qui doivent savoir que nous avons les moyens de nous défendre le savent. Nos alliés britanniques, allemands et britanniques seraient d’ailleurs tout à fait convaincus de notre « sérieux » dans le domaine de la cyberdéfense. Mais s’il s’agit de sortir de l’isolement, pas question pour autant de lésiner sur la suprématie nationale de notre « village gaulois ». Le secret reste de mise et l’on continue d’ignorer dans quelle proportion les institutions publiques et les entreprises privées tricolores sont prises pour cible au quotidien. Il ne faudrait surtout pas admettre notre perméabilité informatique.
Photo : ECPAD

Sivispacem
Merci pour cet article Romain, tout y est même si peu est dit du côté du personnel politique. Cela fait des mois que je réfléchis et écris sur le sujet et l’Alliance Géostratégique, à travers certains de ses membres ou l’organisation du colloque du 29/11 à l’École militaire (avec le CREC de St Cyr)participe aux débats et à l’agitation des idées.
Seulement, il ne faudrait pas que la production pertinente et de plus en plus importante sur le sujet ne serve qu’à alimenter des discussions cantonnées à des salons ou des arrières-cour !
Cela tergiverse probablement pas mal en cette période électorale entre 3 positions :
- ne rien faire (bof bof)
- s’orienter vers une participation CCD COE, OTAN (bof)
- lancer une initiative au niveau européen (oui).
Cette dernière solution a sans doute de quoi séduire mais bute sur de terribles écueils : une Europe globalement concentrée sur ses difficultés économiques et financières (avec une absence criante de vision sociétale et/ou stratégique), un partenaire Allemand entièrement atlantiste (OTAN) et qui pèserait de tout son poids si la France tentait une initiative, etc.
L’élection présidentielle en France peut-elle changer la donne ? Pourquoi pas. Elle serait dans ce cas à relier aux élections de 2013 en Allemagne. Peut-on encore attendre 1 ou 2 ans de plus ? Non, mais il me semble qu’il vaut mieux tard que jamais.