DCNS commence à monter le premier Scorpene brésilien

DCNS a lancé jeudi dernier la construction du premier sous-marin Scorpene destiné à la marine brésilienne. Un premier pas sur un contrat colossal évalué à 6,7 milliards d’euros qui doit largement profiter à la France. Le Brésil va profiter lui d’un important transfert de technologie sur lequel il compte pour s’imposer comme une puissance navale régionale.

Essais sur un Scorpene à Lorient à Lorient en mars 2008.

Fin décembre 2008, la France et le Brésil ont conclu un contrat qui porte entre autre sur la construction de quatre sous-marins Scorpene. Il s’agit en réalité d’une version spécifique réclamée par la marine brésilienne. Plus long de neuf mètres, l’engin bénéficiera d’une plus grande autonomie grâce à des réserves de nourriture et de carburant plus larges. Il sera piloté par un équipage de 30 à 45 marins.

La direction de DCNS a lancé la construction du premier Scorpene sur son chantier naval de Cherbourg. Seule la moitié avant va être assemblée sur place avant d’être convoyée au Brésil, aux alentours de fin 2012. Le reste des sous-marins sera monté là bas. Les dates prévues pour la mise à la mer sont 2017 pour le premier engin puis 2018, 2020 et 2021.


Transferts de technologie

Le contrat prévoit de larges transferts de technologie vers le Brésil. Un chantier naval ainsi qu’une base militaire destinée à la marine brésilienne vont être construit avec l’aide de l’expertise de DCNS dans la ville de Sepetba, à l’ouest de Rio. C’est là que les sous-marins seront montés puis lancés. 130 ingénieurs et techniciens brésiliens vont suivre à Cherbourg la construction de la première moitié avant afin d’être capables de prendre le relais.

Les constructions sont gérées côté Brésil par un industriel local, Odebrecht. Une joint venture a été montée entre les groupes français et brésilien afin d’encadrer la totalité du contrat évalué à 6,7 milliards d’euros.

En plus de leur expertise, les ingénieurs de DCNS vont transférer à l’industrie brésilienne des technologies sensibles qui ne sont habituellement pas partagées. Ils vont également travailler avec eux sur le développement d’un sous-marin nucléaire brésilien. Une aide qui portera principalement sur le design, Brasilia gérant le lancement de capacités nucléaires et prévoyant la mise à l’eau d’un tel appareil en 2025.

Jackpot pour la France

Ce contrat est le plus gros jamais signé à l’international par DCNS. Malgré d’importants transferts de technologies, il représente une affaire colossale. Sur les 6,7 milliards d’euros, 4,1 sont destinés à l’industriel français selon l’agence de presse Reuters.

Ce contrat a été négocié au plus haut niveau entre les chefs d’Etat des deux pays. Nicolas Sarkozy l’a obtenu et fait signer par son homologue, Ignacio Lula da Silva en décembre 2008 après plusieurs années de tractation. Le Brésil prévoit de mettre à niveau l’ensemble de son armée dans le cadre de son plan stratégique de défense qui doit notamment porter sur des hélicoptères et des avions. Eurocopter a ainsi placé une cinquantaine d’EC-725, des hélicoptères de transport et le Rafale est toujours en compétition sur une offre concernant 36 avions de combat.

La finance française devrait également largement profiter de l’affaire puisque sur les 6,7 milliards d’euros du contrat, baptisé PROSUB, 6,1 doivent être financés par des prêts accordés à des banques de l’hexagone, toujours selon Reuters.

Photo : DR

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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Commentaires (4)

  • jbmtintin

    « Le Brésil va profiter lui d’un important transfert de technologie sur lequel il compte pour s’imposer comme une puissance navale régionale. »
    A-t-il la possibilité de devenir une telle puissance ? D’autres contrats sont-ils en cours ou « prévus » dans le domaine naval, avec la France ou d’autres pays ?
    Merci pour vos réponses…

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  • Thibault Lamidel

    Bonjour,

    Je me permet de renvoyer à un article d’Ice Station Zebra (blog de Daniel Besson) sur la construction du réacteur nucléaire embarqué brésilien (le blog précité suit de très près l’évolution navale brésilienne, tout comme le site de Gilles Corlobé). Et, dans le commentaire que j’ai laissé sur ce site, je cite deux liens qui renvoi au Portail des sous-marins de Gilles Corlobé sur les ambitions brésiliennes :

    http://zebrastationpolaire.over-blog.com/article-le-bresil-va-lancer-son-premier-reacteur-nucleaire-pour-la-propulsion-navale-en-2014-50989046.html

    Extrait des ambitions brésiliennes :  » La nouvelle donne géopolitique en Amérique du Sud et les projets de la marine brésilienne

    Le PEA de la Marine du Brésil, le PEAMB, présente les moyens nécessaires pour les 30 prochaines années. Evalué à environ 250 milliards de réals (93 milliards €), il est relativement ambitieux. La marine brésilienne y présente ses souhaits pour faire face à ce nouveau contexte.

    Le PEAMB prévoit la nécessité de 2 porte-avions d’environ 40.000 t ; 4 LHD d’environ 20.000 t ; 30 navires d’escorte, 15 sous-marins classiques, 5 sous-marins nucléaires et 62 patrouilleurs.  »

    http://www.corlobe.tk/article15875.html

    Il existe donc de grandes opportunités pour la France de profiter de la montée en puissance brésilienne. Même si le plan naval était réalisé partiellement, la marine brésilienne concurrencerai férocement notre Marine Nationale en bien des points.

    Néanmoins, on peut douter que la France reste un fournisseur préférentiel. Et le Brésil aura surement besoin de diversifier ses partenaires. On évoque l’Italie pour la construction de frégate. Et on doutera que les allemands continue à se laisser chasser de l’Amérique du Sud par la France.

    Concernant le nucléaire, la réalisation du réacteur embarqué révélerait une ambition dans le nucléaire civil.

    Et pour rester dans le domaine de l’énergie, et de l’économie, souvenez vous que le Brésil a découvert d’importantes réserves de pétrole dans son « Amazonie Bleue » (eaux territoriales + ZEE). Et que son économie était émergente bien avant ces découvertes. Si vous pensez à l’exemple norvégien, et leur gestion du pétrole, vous ne pouvez que voir écrire « prospérité » sur le front des brésiliens.

    Cordialement,

    Thibault Lamidel

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  • jbmtintin

    Merci pour vos réponses, et les liens ! On n’aurai jamais fini de trouver des infos sur le net…

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  • Thibault Lamidel

    Le Brésil acheterait des FREMM … italiennes

     » Selon la revue brésilienne ISTOÉ, la marine brésilienne aurait signé un contrat de 12,7 milliards $ avec l’Italie, pour la construction de 18 frégates FREMM, 10 patrouilleurs océaniques de la classe Comandante et un bâtiment amphibie de la classe Etna.  »

     » La première livraison serait limitée à 3 frégates et 3 patrouilleurs.  »

     » L’accord serait signé en juillet prochain, lors de la visite au Brésil du premier ministre italien, Silvio Berlusconi.  »

    http://www.corlobe.tk/article19993.html

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