Un lama tibétain soupçonné d’espionner pour la Chine
Le gouvernement en exil tibétain installé à Dharamsala défend comme il le peut la cause de son peuple. Cette ville et sa région, l’Himachal Pradesh, sont positionnés à proximité des frontières chinoises. Le 28 janvier, des policiers indiens ont perquisitionné un temple géré par le karmapa Orgyen Trinley Dorje et ont trouvé des sommes d’argent suspectes. Le jeune lama dont l’évasion est considérée comme suspecte par le renseignement indien, pourrait-être amené à exercer des fonctions à responsabilité dans les années à venir.
Les sources divergent sur la quantité d’argent récoltée par la police indienne le 28 janvier dans le monastère de Gyuto où réside Orgyen Trinley Dorje. Il s’agirait d’une somme entre 400 000 et 35 millions de roupies et de monnaies d’une vingtaine de pays. De 9000 à 765 000 dollars dont 160 000 en yuan chinois rapporte le New York Times. L’équipe du karmapa a reconnu la présence derrière les murs d’environ un million de dollars obtenus grâce aux dons des pèlerins et des fidèles. De l’argent qui devait être utilisé pour l’achat d’un nouveau terrain et la construction d’un édifice religieux.
Les policiers continuent d’interroger les employés du monastère. Depuis la fuite du karmapa du Tibet, les services de renseignement indiens persistent à ne pas lui faire confiance. Le jeune homme, âgé de 26 ans, pourrait servir les intérêts chinois. Lorsqu’il franchit la frontière en 1998, les difficultés qu’il a surmonté pour parvenir à cet exploit alors qu’il n’a que 14 ans laissent penser qu’il pourrait avoir bénéficié d’une certaine aide de la part des troupes stationnées dans cette région. Du fait de ce scepticisme, les autorités indiennes lui ont imposé de résider dans le monastère d’un courant bouddhique qui n’est pas le sien et où deux autres religieux lui contestent le pouvoir.
La région de Dharamsala est stratégique pour Pékin. Autour du gouvernement tibétain en exil, quelques 90 à 120 000 réfugiés vivent sans vraiment envisager un retour au pays. Ce pied de nez à l’autorité chinoise consenti dans les années 1960 par le premier ministre indien continue de capter l’attention de la Chine qui n’a reconnu aucune légitimité à ces représentants tibétains. L’Himachal Pradesh se trouve au coeur d’une zone critique dans les tensions qui opposent les deux grands voisins asiatiques.
Un héritier pour le dalaï Lama
Le karmapa est le troisième personnage le plus élevé dans la hiérarchie du bouddhisme tibétain. Au dessus de lui, on trouve le dalaï lama, leader spirituel des Tibétains et le panchen lama, dont le dernier représentant est détenu par les Chinois. Les chefs du bouddhisme tibétain n’ont pas de mandats politiques mais sont très appréciés et écoutés par leurs fidèles.
La petite particularité d’Orgyen Trinley Dorje est qu’il est reconnu à la fois par le dalaï lama et par le gouvernement chinois. Alors que les deux plus hauts représentants du bouddhisme tibétain sont soit contesté soit contrôlé par Pékin, celui-ci est relativement accepté par la Chine. Une raison pour l’Inde de nourrir des doutes à son encontre de celui qui n’était qu’un tout jeune homme lorsqu’il a échappé au régime communiste. Une raison qui en fait aussi un potentiel négociateur et intermédiaire entre les deux partis impliqués.
Le karampa est pressenti par certains pour succéder au dalaï lama. Agé de 74 ans, ce dernier a déjà annoncé qu’il serait le dernier de sa lignée. La crainte de voir Pékin instrumentaliser une réincarnation montée de toute pièce est trop forte. Le panchen lama étant bloqué, c’est bien Orgyen Trinley Dorje qui pourrait prendre la relève. Les soupçons et les accusations des autorités indiennes inquiètent les Tibétains réfugiés qui ont toujours trouvé en Inde un soutien indispensable dans leur lutte contre Pékin.
Photo : Diamond way buddhism

Augustin
Je voudrais juste préciser que la photo illustrant l’article est celle de Thayé Dordjé, l’autre Karmapa, et non pas celle de Orgyen Trinley Dorje.
Romain Mielcarek
C’est corrigé, merci beaucoup.
RM
ludel
si l’on écoute certaines rumeurs, qui comme chacun le sait,ont la vie dure,il semblerait que le karmapa dont il est question soit a la solde des chinois depuis bien longtemps!!
ces derniers savent pertinement que l’actuel dalaï lama leur échappe complêtement, et qu’il est intouchable en raison de sa notoriété mondiale.pour les dirigeants chinois cette situation de doit pas durer au dela de la vie de ce « dieu vivant »"sic »et le karmapa qui deviendra dalaï lama sera a leur solde de façon à règler définitivement le ptoblème du thibet!
Arnaud
Ogyen Trinley qui prend la relève? hmm… Pas exactement, non. Les quatre principales Ecoles bouddhistes tibétaines ont chacune un mode propre de désignation de leur chef. Contrairement à une idée solidement reçue, le Dalaï lama n’est pas le chef spirituel de sa propre Ecole « Gelug » ni celui d’aucune autre d’ailleurs.
Le chef spirituel de l’Ecole Gelug a pour titre le Ganden Tripa. C’est une fonction élue, avec une alternance entre deux collèges particuliers, même si récemment le Dalaï lama a procédé à une désignation d’office pour éviter un coup d’Etat interne au profit de la secte shugden, qu’il combat. Personne d’une autre Ecole n’aurait donc qualité pour désigner le Ganden Tripa, qui n’est pas désigné comme réincarnation de son prédécesseur, mais sur ses qualités d’érudition.
Le chef de l’Ecole Sakya est le fils de son père. C’est en effet une charge héréditaire avec une alternance entre deux branches. Là encore personne d’une autre Ecole ne viendrait faire une contestation de paternité.
L’Ecole Nyingma n’a jamais eu de chef spirituel jusqu’à l’exil. Aujourd’hui c’est aussi une fonction élective.
Enfin l’Ecole Karma Kagyu est la seule dont le chef spirituel, le Karmapa soit coopté sur la base d’une reconnaissance en tant que Tulku, incarnation de son prédécesseur, et cela depuis 900 ans. Jamais un Karmapa n’avait été désigné d’office et de l’extérieur, selon un arrangement entre deux autorités politiques: le gouvernement chinois et le Dalaï lama. Les quelques hiérarques de l’Ecole Kagyu qui ont accepté de procéder aux rituels d’intronisation, n’auraient jamais pu le faire sans que cet agrément politique n’ait lieu, bien évidemment, sans parler des circonstances suspectes de l’identification, notamment sur la base d’un testament du précédent Karmapa qui n’a jamais pu être authentifiée.
On rappellera que c’est en outre un chef de guerre Mongol (Gushri Khan) qui a imposé le Dalaï lama comme autorité politique en 1642, à la suite d’une guerre sanglante qui a notamment visé l’éradication de l’Ecole Kagyu.
Pour toutes ces raisons, on peut sérieusement douter de la légitimité du Dalaï lama à interférer d’office dans une coutume tibétaine millénaire, coutume dont il se dit garant par ailleurs, alors que sa propre Ecole pas plus qu’aucune autre, n’auraient accepté une telle interférence de la part l’Ecole Karma Kagyu dans ses propres affaires. Mais, il y a plus. Après l’exfiltration de ce Karmapa nouvelle formule, celui-ci s’est vu assigner la tâche de se former en politique, ce que tous ses prédécesseur avaient catégoriquement refusé au péril de leur vie. Et sa fonction ne pouvant en aucun cas être celle d’un quelconque héritier du Dalaï lama, il est aisé de comprendre qu’on le destinait à celle de régent ou corégent, conformément aux dispositions de l’article 31 de la constitution de l’administration du Dalaï lama en exil.
Estelle
résumé de l’article :
« un temple géré par le karmapa Trinley Dorje et ont trouvé des sommes d’argent suspectes. »
pour qu’il n’y ait pas de confusion avec l’autre Karmapa il faudrait ajouter ORGYEN (Trinley Dordje)
Merci