François l’Africain, Barack l’Américain : deux styles, un message

S’il fallait résumer l’intervention des deux chefs d’Etat, nous pourrions dire que pour Barack Obama, nous sommes tous Américains, tandis que pour François Hollande, nous sommes tous Africains. Le premier, attendu sur les tensions dans le monde musulman, a voulu rassuré sur les relations des Etats-Unis avec la nouvelle génération d’Etats musulmans. Le second, attendu au tournant, a tenté d’audacieuses déclarations. Ce qu’il faut retenir de leurs interventions à la 67ème Assemblée générale de l’ONU.

François Hollande : « Par inertie, l’ONU est incapable d’empêcher les guerres. »

Le président français a décidé de s’attaquer à des problèmes difficiles. Economie, crise et climat comme menaces prioritaires, au même titre que le fanatisme : François Hollande ne se contente pas de mobiliser contre une minorité de radicaux déjà assiégé par les autorités occidentales, partout dans le monde, il cherche à mettre en avant les difficultés collectives. Drogue, maladies, trafics d’armes … autant de drames qui, cités pèle-mêle, ne parviennent pas à mobiliser la communauté internationale dans son ensemble.

S’il poursuit dans sa sévérité face au régime de Damas, François Hollande a aussi dénoncé « l’inertie » de l’ONU, remarquant que malgré d’importants effectifs de casques bleus, elle reste « incapable d’empêcher les guerres ». Le président français appelle de ses voeux une réforme de l’institution qui n’en finit plus d’être discutée. Un véritable appel du pied à l’attention des pays émergents et surtout, des Africains : « le Conseil de sécurité doit représenter le monde d’aujourd’hui », a-t-il estimé à la tribune.

Barack Obama est lui parfaitement rodé lorsqu’il s’agit de faire passer un message à l’international. Le Président américain a été clair devant l’assemblée de dirigeants : l’assassinat de l’ambassadeur Chris Stevens en Libye est un drame pour l’ensemble de la communauté internationale et pas seulement pour les Etats-Unis. Il a bien insisté, encore une fois, sur sa volonté de faire justice en « traquant sans relâche les assassins ».

« Ces attaques ne sont pas seulement une attaque contre les Etats-Unis mais aussi contre les idéaux des Nations unies », a déclaré Barack Obama, sous les applaudissements. En campagne, l’Américain ne prend pas de risques : il salue les progrès effectués à l’échelle mondiale, une Birmanie qui s’ouvre à l’opposition politique, des printemps arabes qui font naître des démocraties ou encore des pays africains, Malawi et Sénégal, qui accueillent de nouveaux présidents. Autant de succès qui sont aussi un peu ceux de l’Amérique progressiste.

L’Américain en campagne salue les réussites américaines : un effort sur le désarmement nucléaire, la fin de la guerre en Irak, le désengagement en Afghanistan. Washington est prêt à soutenir les peuples qui se libèrent, femmes et jeunes en particulier, comme l’ont prouvé selon lui les soldats morts pour de justes causes. Cela fonctionne : les applaudissements fusent, plus francs que pour son homologue français. Le prix Nobel fait le bilan : votez Obama.

Après cette Assemblée, restera-t-il plus que des mots ?

Hollande et Obama dénoncent d’une même voix l’Iran « irresponsable« . Contre toute attente, l’Américain reste ouvert au dialogue tandis que le Français veut faire preuve de fermeté : « nous sommes prêts à prendre de nouvelles sanctions » contre Téhéran, déclare t-il. Barack est sur la sortie et veut souligner les progrès possibles. François arrive et s’attaque aux défis. Parmi eux, le conflit israélo-palestinien pour lequel la seule solution sera selon lui « la coexistence de deux Etats ».

Enfin, Hollande l’Africain se concentre sur le Sahel. « La France soutiendra toutes les initiatives pour permettre aux Africains eux-mêmes » de lutter contre le terrorisme qui ravage la région en général et le nord-Mali en particulier. Le chef de l’Etat français a promis toute l’aide possible à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et de l’Union africaine (UA).

Deux styles, deux listes de priorités. Mais aussi et surtout un certain nombre de points d’accord : la fin imminente du régime de Bachar al-Assad, la menace nucléaire iranienne, le danger que représentent les fanatiques de toutes origines. Mais si les deux chefs d’Etat sont d’accords sur une chose, sous-entendue entre les lignes des discours, c’est que ni Washington ni Paris n’ont les moyens d’agir seuls pour régler les grandes crises de ce monde.

Photos : UN / Marco Castro, Guilherme Costa, Paulo Filgueiras, JC Mcllwaine

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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