Longuet, un exemple de realdiplomatie « hystérique » à l’occidentale

En réponse au veto russo-chinois sur le dossier syrien, le ministre de la Défense française a offert une série de déclarations radiophoniques de toute beauté. Une « hystérie » qui n’émeut ni Pékin, ni Moscou, qui ont décidé de ne pas reculer sur ce projet de résolution. Pour eux, pas question de revivre le précédent libyen : l’insurrection armée sera condamnée au même titre que le régime ou le document ne sera pas validé.

C’est la seconde fois que Pékin et Moscou bloquent une résolution sur la Syrie.

Outré par le veto russo-chinois sur la proposition de résolution contre le régime de Bachar al-Assad, Gérard Longuet a réagit vertement ce matin sur les ondes d’Europe 1. « C’est une honte pour les pays qui refusent d’assumer les responsabilités. Franchement, il y a des cultures politiques qui méritent des coups de pied au cul », s’est emporté le ministre de la Défense français. « Accepter qu’un dictateur puisse fonctionner tranquillement, c’est honteux pour les gouvernements qui l’acceptent », continue t-il. Il conclu son argumentaire en expliquant que « chacun doit être face à ses responsabilités, il faut réveiller ceux qui acceptent le conformisme, et le conformisme qui ferme les yeux sur la dictature sanglante, ce n’est pas acceptable ».

La Russie a rapidement réagit. Son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s’est ainsi inquiété au cours d’une conférence de presse ce lundi de voir que « certaines voix en Occident qui réagissent au vote de l’ONU sont indécentes et presque hystériques ». Moscou continue d’estimer que le régime syrien n’est pas le seul acteur à l’origine des violences. Alors qu’il doit se rendre demain à Damas en compagnie de son chef du renseignement extérieur, il a par ailleurs déploré que le délais de quelques jours, du fait de cette visite, demandé avant l’étude de la résolution n’ait pas été pris en compte.

A Pékin, c’est dans les pages du Quotidien du peuple que le gouvernement s’est exprimé. Il justifie son veto en faisant allusion à une vision « simpliste » des pays occidentaux. En faisant référence à l’Afghanistan, l’Irak et la Libye, la Chine estime que le changement forcé de régime dans une situation de crise est une solution qui a montré ses limites.

Au travers de leur fermeté, Pékin et Moscou montrent que les précédents ont bien été compris. S’ils ont laissé l’OTAN intervenir en Libye pour protéger les populations, ils ont vite compris que derrière ce prétexte, les occidentaux avaient transgressé le contexte de la résolution onusienne pour accélérer la chute de Mouammar Kadhafi. Malgré les annonces optimistes de certains diplomates, les deux membres du Conseil de sécurité semblent ne pas vouloir céder facilement sur le cas de la Syrie. Pour se justifier, ils multiplient les références aux incohérences des pays de l’ouest : pas question de défendre une insurrection armée qui ouvre le feu sur des civils ou de s’ingérer dans la résolution de la crise par les armes.

Le discours de Gérard Longuet lui même est imprégné de ces faiblesses didactiques. Il aura d’ailleurs fallu de longs mois pour que les responsables politiques français ne s’approprient ce sujet. Les grandes puissances occidentales ont la fâcheuse tendance de choisir leurs combats. Les dérives autoritaires, largement dénoncées par les ONG, de la Chine dans certaines régions (Tibet, Mongolie intérieure, Xinjiang), ont rarement entraîné plus que des déclarations devant la presse occidentale. Les méthodes policières employées en Tchétchénie et dans le Caucase par les autorités russes ne soulèvent pas beaucoup plus l’indignation.

La diplomatie française mène une difficile campagne en cherchant à faire avancer le dossier syrien. Après 11 mois de violences et 6000 morts, l’opinion publique semble à peine prendre fait et cause pour ce cas difficile qui a toutes les apparences d’une guerre civile en devenir. Reste que la Chine et la Russie appliquent des grilles de lectures différentes de celles des démocraties occidentales et ne comptent pas faire évoluer leurs positions en fonction du nombre de tués. Pour ces derniers, il faut absolument préciser dans la résolution que les violences de l’armée libre syrienne sont condamnées avec la même sévérité que celles du régime. Un bras de fer pénible qui reste incompréhensible pour les civils victimes jours après jours de tirs incessants.

Photo : UN Photo / JC McIlwaine

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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Commentaires (1)

  • ludel

    que dire de cet article!!toutes les analyses sont possibles!! le ministre a réagi en démocrate occidental!!si on réagit comme un russe on peut aussi penser qu’en prenant exemple sur la libye,le conflit syrien risque fort de déboucher sur une république islamique, ce qui sera probablement le cas en lybie, en égypte,(c’est bien parti)et que les russes ne veulent à aucun prix.on l’a vu en tchéchénie.les révolutions arabes n’ont rien a voir avec la démocratie, elles sont financées par des états islamiques dont le quatar et l’arabie saoudite,avec des arrières pensées très,très loin de toute idée démocratique.

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