Gilles Jacquier victime d’un « crime d’Etat »

Les témoignages des journalistes présents dans le groupe de Gilles Jacquier semblent tous converger dans une même direction : ils sont tombés dans un piège. Le reporter français pourrait avoir été la victime d’une manigance du régime syrien pour faire transparaître une autre réalité dans les médias internationaux. Une enquête est ouverte pour savoir si la mort du journaliste a été aussi bien orchestrée que la visite du quartier pro-Assad de Homs.

Gilles Jacquier est mort mercredi en rejoignant un hôpital syrien.

Le journaliste français tué mercredi pourrait avoir été la victime d’un « crime d’Etat ». C’est en tout cas ce qu’affirme un autre reporter de la délégation dont faisait partie Gilles Jacquier. « Avec du recul, on se pose beaucoup de questions, explique Sid Ahmed Hammouche, journaliste au quotidien suisse La Liberté, j’ai senti une atmosphère louche chez les militaires qui nous attendaient. » « Je crois qu’on nous a tendu un piège », témoignait Jacques Duplessy jeudi dans les colonnes du Parisien. Ce reporter français indépendant fait les mêmes constats que son collègue, remarquant qu’il n’y avait eu « aucunes autres grosses destructions dans le quartier ».

Les journalistes présents ce jour là dans la ville de Homs avaient été invités par les autorités syriennes. L’objectif de la visite était clairement de montrer les violences dont seraient responsables les insurgés. Entre manifestations pro-Assad et visites d’hôpitaux officiels, Damas cherchait visiblement à convaincre les médias internationaux de la légitimité de la répression.

Au moment du premier tir d’obus, les autorités auraient immédiatement appelé les journalistes à foncer faire des images d’une école touchée. Une réaction finalement assez logique, les fidèles ayant ainsi les images et les exemples les plus efficaces en terme de communication. L’école n’aura finalement pas été vue par les reporters. Ce qui a étonné Sid Ahmed Hammouche, c’est la vitesse à laquelle la situation a été rétablie. Après quelques tirs, les blessés ont été rapidement évacués et la circulation a repris, comme si de rien n’était. Autre réaction étonnante, après le second tir, « les militaires se sont retirés » pendant que les journalistes étaient envoyés sur place. La question reste donc posée : qui étaient les auteurs de ces tirs de mortiers ?

La France a réclamé une enquête officielle. Les forces de sécurité syriennes sont normalement responsables des journalistes. Ces derniers constituent des acteurs bien particuliers sur les zones de crises et bénéficient d’un statut particulier dans les Conventions de Genève. Tous ces soupçons avaient déjà été évoqués par France Télévisions qui a entamé une procédure auprès du Procureur de la République de Paris. Une enquête pour homicide volontaire a été ouverte. Une source anonyme proche de Nicolas Sarkozy confirmait d’ailleurs dés jeudi au Figaro des craintes de « manipulations« .

La visite d’une douzaine de journalistes occidentaux avait été acceptée par Damas. Mercredi, ils traversaient le quartier pro-Assad de Hadara. Dans cette partie de Homs ultra-surveillée, les reporters, encadrés de toutes parts de militaires, auraient du bénéficier d’une sécurité relative. Pourtant, malgré tous ces dispositifs, le groupe de presse a été lourdement touché. En plus de Gilles Jacquier, un fixeur a été grièvement blessé, un interprète a reçu des éclats d’obus dans la jambe et un photographe en a reçu au visage.

Photo : DR

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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