La France veut mobiliser la communauté internationale contre la Syrie

La France a décidé de prendre la tête des manoeuvres diplomatiques contre la Syrie. Alain Juppé, en visite en Turquie, a réafirmer la volonté de Paris de mener les Nations unies à voter des résolutions fermes contre le régime de Bachar al-Assad. Ni la France ni ses alliés ne semblent pourtant prêts à prendre les armes. Tous comptent sur l’isolement croissant du dictateur et la montée en puissance de l’armée rebelle pour mettre fin à la crise. En espérant échapper à une guerre civile.

L'objectif pour Paris : convaincre le Conseil de sécurité de voter une résolution contre le régime syrien.

Convaincre le Conseil de sécurité. C’est l’objectif que s’est fixé Alain Juppé alors qu’il déclarait aux côtés du ministre des Affaires étrangères turc sa volonté de faire avancer la position internationale face au régime de Bachar al-Assad. « Le moment est venu d’unir nos efforts pour accentuer les sanctions », a expliqué le ministre au cours d’une conférence de presse commune avec son homologue. « Il n’est pas normal que sur une crise de cette ampleur et j’espère que ceux qui bloquent aujourd’hui toute résolution [...] vont enfin prendre conscience de la réalité », a-t-il ajouté.

Pour l’instant, seules l’Europe et la Turquie ont commencé à appliquer des mesures d’ordre économique. La Ligue arabe a réclamé l’arrêt de la répression et l’ouverture du pays à des observateurs internationaux. Sur le terrain, ces décisions ont eu pour conséquence l’attaque des ambassades des Emirats arabes unis et du Maroc. La France, qui a décidé de rappeler son ambassadeur, a également vu son consul honoraire de Lattaquié et sa représentation à Alep pris à parti.

Bachar al-Assad a condamné ces violences, organisées en coulisses par ses fidèles. Si Paris aimerait bien parvenir à convaincre le Conseil de sécurité, Moscou a d’ores et déjà appelé à de « la retenue ». La Chine, frileuse pour soutenir les résolutions contre la Libye, ne devrait pas non plus être des plus enthousiastes. La diplomatie tricolore cherche en même temps à influer sur l’Assemblée des nations afin de continuer d’isoler le régime syrien.

Intervention militaire

Agents et militaires fidèles au régime menacent et exécutent fuyards et désobéissants.

Si Américains, Européens et membres de la Ligue arabe sont d’accords sur la nécessité de pousser le régime syrien à stopper les massacres, aucun ne semble vouloir s’engager militairement. Tous continuent de militer en faveur de la raison et de la position critique du chef d’Etat. Les opposants syriens devront encore affronter de nombreuses semaines de manifestation avant d’en voir la fin.

Les nombreuses désertions de l’armée continuent d’alimenter l’Armée libre syrienne dont les effectifs s’élèveraient à quelques milliers d’hommes. Les soldats seraient de plus en plus nombreux à quitter les rangs. Dans un point presse aujourd’hui, le porte-parole du Quai d’Orsay remarquait une « érosion de l’appareil de répression syrien » impliquant que « l’étau se resserre autour du régime ».

Ces forces armées commencent à s’entasser le long de la frontière, côté turc. Ils appellent la communauté internationale à les soutenir. Ils aimeraient bien que la Turquie puisse leur servir de sanctuaire pour lancer leurs opérations et que l’OTAN applique les même mesures d’interdiction de l’espace aérien que pour la Libye. Cette structure militaire organisée fait pourtant craindre une possible guerre civile. Les rebelles sont pourtant conscients de la supériorité stratégique des fidèles du régime qui ont d’importants moyens matériels, ne serait-ce que dans les airs.

Alors que le nombre de morts baissait régulièrement les premiers mois, la répression s’est fait beaucoup plus forte depuis le mois d’août. Novembre est parti pour être le plus meurtrier depuis le début de la crise. En tout, plus de 4000 personnes auraient été tués par les forces de l’ordre qui ont reçu pour ordre de ne pas faire de quartier. C’est cette violence qui aurait alimenté le flux des désertions, les hommes refusant d’appliquer des consignes aussi inhumaines.

Photos : United nations / Paulo Filgueiras & DR

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

Nombre d'entrées : 941

Commentaires (2)

  • jack22

    Encore un pays arabe qui va certainement se débarrasser de son président dans un proche avenir;d’ailleurs celui-ci pourra prendre un billet d’entrée au T.P.I. il remplit les conditions d’admission! Quant à intervenir militairement ;on comprend très bien que personne ne veuilles prendre ce risque!On ne va quand meme pas intervenir partout où des conflits internes naissent;il y a d’abord un risque d’embrasement total du pays;et surtout un cout financier astronomique que tous les pays surendettés ne peuvent assumer!Faire la guerre actuellement est « un privilège » de riche!
    Et chasser un dictateur c’est bien;mais le remplacer par qui?
    Il ne faut pas oublier que les « barbus » sont à l’affut et attendent leur
    heure…

    Répondre
  • CEPS

    Osez la liberté!
    25Novembre 2011
    Auteurs : Loïc Tribot La Spière, Hélène DuquinThème : Asie – Moyen Orient

    Combien faudra-t-il qu’il y ait de morts pour qu’on décide enfin de réagir ?

    Y aurait-il une singularité syrienne qui ferait qu’une femme ou qu’un homme issu de ce pays aurait moins de valeur qu’un autre individu issu d’une autre nation ?

    Le régime syrien a démontré s’il le fallait que la barbarie pouvait être un mode de gestion des crises. On dénombre au jour d’aujourd’hui plus de 3500 morts sans compter le nombre de blessés et de personnes torturées, jusqu’où faudra-t-il subir pour enfin réagir ?

    La position géographique singulière de la Syrie et les conséquences d’une déstabilisation de ce régime font craindre des débordements et des conséquences de déstabilisation pour la région.

    Si on peut comprendre certains arguments, peut-on tolérer de telles voies de fait et de surcroît d’une telle ampleur ?

    Le régime syrien a dépassé les limites de l’intolérable il est désormais temps de demander le départ du Président non-élu syrien Bachar Al-Assad. Une telle décision grandirait si c’était encore possible, ce décideur arqué sur des positions et des comportements d’un autre âge.

    Nous appelons solennellement la Communauté Internationale, les hommes et les femmes de bonne volonté à se mobiliser en intervenant auprès de leurs dirigeants respectifs en diffusant fortement cette déclaration et en la signant.

    Consultez la liste des signataires sur notre site.

    Loïc TRIBOT LA SPIERE, Délégué Général du CEPS
    Hélène DUQUIN, Directeur des relations avec les Institutions du CEPS

    Répondre

Laisser un commentaire

© 2009-2013 Romain Mielcarek

Retour en haut de la page