L’armée afghane devra se débrouiller sans les Français

Nicolas Sarkozy a décidé de suspendre les opérations de soutien à l’armée afghane. Après le meurtre de quatre militaires français ce matin par un soldat de l’ANA, Paris pourrait accélérer son retrait d’Afghanistan. L’infiltration des forces afghanes est devenue un point clef de la stratégie des talibans qui semblent multiplier ce genre d’actions.

Nicolas Sarkozy décide la fin des opérations de formation et d’aide au combat à l’ANA.

« Toutes les opérations de formation et d’aide au combat de l’armée française » sont suspendues, a déclaré ce matin le président de la République en réponse à l’assassinat de quatre soldats français en Afghanistan. « Nous ne pouvons pas accepté qu’un seul de nos soldats soit tué ou blessé par nos alliés », a-t-il continué, lors de ses voeux au corps diplomatique, avant d’envisager un retrait anticipé des troupes tricolores de ce théâtre d’opération.

Maintenir les Afghans à distance paraît une décision difficilement applicable. Le dispositif de mentoring est une part importante de l’action française dans ce pays, que ce soit sous la forme d’une aide militaire ou policière. Le camp de Gwan, où les Français ont été tués ce matin, est d’ailleurs principalement occupé par les Afghans. La phase de transition en Surobi repose sur un transfert progressif des responsabilités sécuritaires depuis les troupes françaises vers les troupes afghanes.

Le ministre de la Défense, Gérard Longuet, rappelait au début du mois de janvier à la commission de la Défense de l’Assemblée nationale de l’importance du soutien aux forces afghanes. Il expliquait alors qu’en plus du meurtre des deux légionnaires fin décembre, dix attentats perpétrés par des hommes vêtus d’uniformes afghans avaient pris les Français pour cible. Gérard Longuet y voyait alors l’action des talibans qui, « s’ils ne peuvent développer de contrôle massif du territoire, n’en sont pas moins imaginatifs, réactifs et pourvus d’un réel sens de la communication ». « Ils utilisent ces actions d’éclat comme supports de leur action politique et se mettent en devoir d’instiller le doute sur la coopération entre les forces de la coalition et l’ANA », concluait-il.

Les soldats de l’ANA représenteraient-ils un danger pour les Français ?

Les insurgés marquent effectivement un point en poussant l’armée française dans ses derniers retranchements. Nicolas Sarkozy, en évoquant une accélération du retrait, devient le premier chef d’Etat de la coalition à formuler de telles menaces, potentiellement catastrophiques pour la stratégie de l’ISAF en Afghanistan. Le ministre de la Défense et le Chef d’Etat-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, ont pris la route du théâtre d’opération afin de faire un état des lieux de la situation et de préparer la suite.

Au cours d’une conférence de presse, le ministre des Affaires étrangères a expliqué attendre les « mesures que les autorités afghanes s’engagent à prendre pour clarifier les modalités de recrutement de l’armée afghane et assurer au contingent français la sécurité dans ses relations avec celle-ci ». Selon ce que rapporteront les deux envoyés français, le gouvernement pourrait en tirer les conséquences, « y compris l’accélération du retrait complet de notre contingent », a déclaré Alain Juppé.

La présence d’insurgés au sein des rangs afghans est un problème global qui ne concerne pas uniquement la France. Des soldats américains et britanniques notamment, avaient déjà été pris pour cible par le passé, parfois dans le cadre de simples querelles personnelles avec des Afghans. Les Français n’ont pas été les seuls à subir ces traîtrises : le journaliste afghan Sharifullah Sahak rapportait aujourd’hui sur Twitter l’empoisonnement d’une centaine de soldats de l’ANA par l’un de leur camarade hier soir.

Photos : Présidence de la République / L. Blevennec & ISAF

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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Commentaires (2)

  • jack22

    Les » soldats de l’ANA » savent très bien ce qui les attend quand les troupes de la coalition vont se retirer!Les talibans vont envahir le pays entier et la « purge » de type guerre d’Algérie va commencer.Certains;s’ils ne sont pas déjà « talibans infiltrés »,sont plus ou moins sympathisants et vont essayer de se « racheter une conduite »auprès des talibans quand le moment sera venu et tous les moyens sont bons pour y arriver. On ne crée pas du jour au lendemain « une armée de civils »Afghans,sur le modèle de soldats professionnels Européens et Américains;balayant d’un seul coup des traditions ancestrales.L’afghanistan n’est ni l’Amérique;ni l’Europe.On ne refait pas l’histoire;on ne peut que la subir.C’était une guerre perdue d’avance pour la coalition;d’ailleurs l’histoire nous prouve qu’une « armée d’occupation »n’a jamais gagné une guerre…

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  • Antonov3638

    Un lecteur éclairé ou bien le créateur de ce blog pourront-ils répondre à mes questions ?

    Au delà de la question de la date du retrait (qui finira bien par arriver), je me demandais ce qu’il adviendra de tout ce matériel militaire une fois le retrait effectif.

    Faudra-t-il le vendre à l’international ? Et à qui ? Et dans quelles conditions ? Avec un risque de devoir le brader car les autres pays vont probablement faire de même avec leurs matériels d’Afghanistan. Et y aurait-il un risque que ça impacte les exportations de matériels neufs ? De plus, les Américains vont probablement faire de même avec leurs matériels devenus surnuméraires depuis le retrait d’Irak, ce qui risquerait de saturer encore plus le marché ? … ou allons-nous les garder au risque qu’ils prennent la poussière dans les casernes ?

    Merci d’avance !

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