L’attente pour le Rafale brésilien

Le 15 juillet, Hervé Morin déclarait à la presse qu’il attendait « tranquillement et sereinement » des nouvelles du contrat brésilien d’ici la fin du mois. L’avenir de cette vente reste cependant délicat, les avis au Brésil restant partagés entre les trois appareils mis en concurrence.

Un Rafale de l'Armée de l'air française au cours de l'exercice Red Flag 2008.

C’est l’avis final de Nelson Jobim, le ministre de la Défense brésilien, qui continue de se faire attendre depuis plusieurs mois. Il doit en effet remettre son rapport d’évaluation technique, largement basé sur l’étude réalisée par la Force aérienne brésilienne. Pourtant, depuis plusieurs mois, ces conclusions se font attendre.

Le ministre de la Défense français, Hervé Morin, explique lui que la réponse devrait tomber d’ici la fin du mois. Il se montre « tranquille et serein ». C’est effectivement le discours officiel puisque les présidents Sarkozy et Lula s’étaient largement rapprochés en 2009. Le chef d’État brésilien avait été jusqu’à annoncé sa propre préférence pour le chasseur français.

Le vrai problème, c’est que le Rafale est un avion de bonne qualité mais plus cher que ses concurrents, le F/A-18 américain du groupe Boeing et le Grippen suédois de Saab. Or le contrat, qui porte sur 36 appareils dont une trentaine construits sur le sol brésilien, est un gros engagement que le président Lula ne peut pas prendre à la légère à quelques mois des élections le 3 octobre. Cet investissement sera en effet assumé par son successeur, qu’il soit un opposant ou un héritier.

Le prix, c’est ce qui avait fait pencher la Force aérienne brésilienne en faveur du Grippen dont l’heure de vol est beaucoup moins chère que celle du Rafale. Reste que la balance avait finalement penché aussi dans leur rapport en faveur de l’avion français pour des raisons d’alignement stratégique avec la politique gouvernementale.

Les intérêts d’un marché franco-brésilien vont en effet au-delà de ce contrat. Les deux pays travaillent ensemble sur d’autres contrats d’armement, notamment la construction de sous-marins Barracuda. Mais l’alliance politique pourrait également faciliter l’avancée du Brésil sur le marché européen, avec le soutien de Paris.

La priorité donnée par l’armée et le pouvoir politique aux transfert de technologie est dans tous les cas en faveur des deux européens. L’avion américain, même si des annonces ont été faites en ce sens, pourrait à terme être condamné par l’habituel protectionnisme des parlementaires.

Photo : Gary Emery

Voir aussi : Les militaires brésiliens ne veulent pas du Rafale.

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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