Le Dokdo, concurrent du Mistral sur le marché russe

En évoquant la mise en concurrence du Mistral, Moscou a ouvert notamment la porte à un navire Coréen, le LPX Dokdo. L’un des principaux arguments de ce porte-hélicoptères amphibie est son prix, moins élevé que le Français. Séoul a enfin l’avantage d’être moins impliqué dans les dossiers géostratégiques qui entourent ce contrat en France et en Europe.

Un LCAC (transport d'assaut amphibie) américain embarque sur le LPX Dokdo.

L’annonce d’une vente de navires français à la Russie a soulevé un certain nombre d’inquiétudes et de questions au sein de l’Union européenne et de l’OTAN. Moscou continue d’être considéré comme une menace sérieuse par Washington voir même comme le principal danger par les pays baltes, la Pologne et les voisins de l’Union européenne à l’est du continent. Le déroulement en coulisses et dans le plus grand secret de cette transaction laissait pourtant croire que Paris maîtrisait bien la situation et que le contrat avançait. Jusqu’à ce que la Russie annonce l’ouverture d’un marché public ouvert à la concurrence et notamment aux Coréens.

Séoul propose ainsi son LPX Dokdo, construit par Hanjin Heavy Industries, un porte-hélicoptères amphibie dont les capacités s’approchent de celles du Mistral. Les équipements électroniques et les capacités générales du classe Dokdo restent tout de même moins impressionnantes que celles du navire français mais elles sont à priori contrebalancées par un coût moins rédhibitoire. Encore que les prix restent difficiles à évaluer.

Le vrai avantage du Dokdo, c’est d’être coréen. Même si Séoul est un très proche allié des Etats-Unis, il n’est pas impliqué au sein de l’OTAN ou de l’Union européenne, deux groupes qui voient la vente de navires français à la Russie d’un mauvais oeil. Le seul dossier où ces deux pays sont réellement liés est celui des négociations à six avec la Corée du Nord, en stand by actuellement et où Moscou se contente en général de maintenir sa neutralité et de contrebalancer les positions du trio Washington/Séoul/Tokyo.

Outre les désaccords sur les partages industriels pour la construction des Mistral, la France est ennuyée par le transfert de certaines technologies à la Russie. Des systèmes électroniques sont ainsi protégés par un droit de regard de la part de Washington. Les industriels coréens, pour parvenir à développer le navire et en faire un bâtiment compétitif. Notons par exemple que des études ont été faites pour permettre au Dokdo et à ses trois successeurs de pouvoir accueillir des F-35.

Un Black Hawk américain atterrit sur le pont du Dokdo. Ce navire peut déployer une dizaine d'hélicoptères.

Un Black Hawk américain atterrit sur le pont du Dokdo. Ce navire peut déployer une dizaine d'hélicoptères.

Le Dokdo a été développé avec des objectifs stratégiques différents du Mistral. Si le Mistral a vocation à remplacer à moindre coût le rôle tactique et stratégique d’un porte-avion. Faute d’un petit frère pour le Charles de Gaulle, les bâtiments de projection et de commandement (BPC) de classe Mistral permettent des projections de moyens aéroportés polyvalents accompagnés d’une capacité commandement. Le Dokdo a été pensé pour permettre à la marine coréenne de pouvoir se lancer dans des opérations plus ambitieuses sur l’ensemble des eaux internationales. Au dela de la menace nord-coréenne, ce navire est capable de prendre la tête d’opérations humanitaires ou d’assauts amphibies.

Les capacités d’embarquement des deux bâtiments sont différentes. Le Mistral peut emporter plus d’hélicoptères que son rival : 16 contre 10. Même chose pour le nombre de véhicules embarqués : le Français peut en transporter 70 dont 13 chars (chiffres basés sur la gamme nationale, à savoir des Leclerc) alors que le Coréen se limite à dizaine de camions et une dizaine de tanks. Niveau personnels, les deux navires ont besoin d’environ 300 marins et peuvent abriter 450 à 900 hommes pour le Mistral et 700 pour le Dokdo.

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Photo : Christian Lemus & US Gov

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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