Les points de rupture du Japon moderne

Le ton monte entre Pékin et Tokyo depuis le début du mois. L’arrestation d’un navire de pêche chinois par le Japon a mis le feu aux poudres. Le bâtiment croisait près d’îles contestées entre les deux pays. D’autres points de ruptures existent entre le Japon et ses voisins proches. La Russie veille sur les iles Kouriles et la Corée du Sud à réclamer la suprématie sur les îlots de Tokto.

Les trois principales zones de rupture du Japon

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le Japon est au coeur de trois conflits diplomatiques non réglés avec trois de ses voisins. En jeu dans chacun des cas, des couloirs stratégiques vers l’archipel et des ressources économiques importantes. Des questions qui ont jusqu’à présent été maîtrisées par les besoins réciproques de commercer ensemble de ces pays. Mais depuis début septembre, le contentieux Pékin/Tokyo est revenu sur la table : en cause, un simple accrochage entre navires.

Senkaku et la Chine

Senkaku, c’est un petit groupe d’îles dont la plus grande fait à peine 3,5 kilomètres carrés. Situées à 90 miles d’Okinawa, ces îles sont réclamées par Pékin qui les appelle Diaoyu ainsi que par Taïwan. L’enjeu peut paraître maigre mais repose en réalité sur les zones de contrôle maritime qui sont liées à ce terrain. Des eaux qui pourraient bien sur servir à la pêche mais qui abriteraient surtout des gisements d’hydrocarbure. C’est en réalité l’ensemble de la frontière maritime entre le Japon et la Chine qui n’a jamais fait l’objet d’un accord définitif.

La Chine a recommencé à clamer sa légitimité sur ce territoire en 1971, lorsque l’autorité des Etats-Unis sur Okinawa a pris fin. En 1997, un accord modeste a été conclu pour délimiter des zones de pêche. Des forages pétroliers intempestifs de la part de Pékin dans la partie orientale de la mer de Chine attisent la colère de Tokyo. Le géant asiatique est perçu comme une menace directe pour la défense du Japon.

Les Kouriles et la Russie

Sur le papier, la Russie et le Japon sont toujours en guerre. Aucun traité de paix n’a été signé depuis la fin de la seconde guerre mondiale. A ce moment là, une piste avait été étudiée pour céder la moitié de ces îles au Japon en échange d’un accord. Mais Moscou tient aux Kouriles du sud autant que Tokyo veut récupérer les territoires du nord. Les ministres des Affaires étrangères de ces deux pays ont été chargés par leurs chefs d’Etats respectifs de trouver une solution à ce conflit gelé qui s’éternise.

Toutes proches d’Hokkaido, ces îles ont été une phobie pour le Japon pendant toute la guerre froide. Tokyo craignait de voir débarquer les armées soviétiques sans avoir le temps de réagir. Aujourd’hui encore, Moscou est perçue comme un adversaire sérieux et le Japon craint d’avoir cet ennemi à ses portes. Sans compter que ces terres ouvrent des portes maritimes importantes et réduisent la zone de suprématie de l’archipel.

Tokto et la Corée du Sud

Avec la fin de la seconde guerre mondiale, la Corée a récupéré son indépendance après une occupation japonaise qui durait depuis 1910. En 1952, Séoul a profité du soutien que lui apportait Washington et de la pression maintenue sur le Japon pour s’installer durablement dans la mer du Japon. Une garnison coréenne s’installe alors au coeur des îlots de Tokto, appelés par Takeshima par Tokyo.

Le Japon conteste l’initiative coréenne et réclame une intervention de la justice internationale, sans succès pour l’instant. Là, l’intérêt économique est primordial, Séoul n’étant pas considérée comme un ennemi potentiel. Reste que ce tout petit morceau de terre donne l’accès à d’importantes zones d’exploitation marine dont aucun des deux pays ne souhaite céder le contrôle.

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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