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L’Europe, boulet de l’OTAN

Ecrit par Romain Mielcarek le 25 fév 2010 à 1:21 Aucun commentaire

L’Europe réduit-elle les capacités réelles de l’Alliance Atlantique ? Ce n’est pas tout à fait ce que sous-entend le secrétaire à la Défense américain Robert Gates mais il met sérieusement en doute l’attitude du vieux continent dans son discours lors d’un séminaire à Washington sur la définition du nouveau concept stratégique de l’OTAN hier. Pour lui, l’Europe ne met ne met plus les moyens nécessaires pour assurer la sécurité des alliés.

Des soldats américains dans le Helmand. En Europe, l'Afghanistan est perçu comme une guerre américaine.

L’OTAN est en « crise » estime Robert Gates. L’Europe s’est installée dans la paix que lui a assuré l’Alliance Atlantique au cours des longues années de la Guerre Froide. Maintenant que les derniers conflits dans la région des Balkans sont en passe d’être réglés, les alliés des Etats-Unis oublient de se tourner vers les nouvelles menaces. Le secrétaire à la Défense américain pointe du doigt « l’opinion et la classe politique réfractaires aux forces armées et aux risques ».

L’OTAN a évolué. Robert Gates définit ce changement comme un passage d’une « posture défensive et immobile à une force expéditionnaire ». Les menaces de la confrontation entre les deux blocs ont cédé la place à celles de l’après 11 septembre. Pour lutter contrer ces menaces, l’alliance doit apparaître comme forte et ne pas se relâcher.

Il y a pourtant un véritable ralentissement dans l’effort militaire fournit par les alliés. Sur 28 pays membres de l’OTAN, seuls cinq dépensent les 2% de leur PIB prévus par les traités. Des investissements insuffisants pour fournir aux armées les avions de transport stratégiques et tactiques ainsi que les hélicoptères nécessaires sur les théâtres d’opération. Robert Gates rappelle que « l’OTAN est une alliance militaire et que 120 000 soldats servent en Afghanistan dans des conditions austères ».

L’Europe à la traîne

L’Afghanistan cristallise toutes les craintes des Etats-Unis. Washington a l’impression de devoir assumer le poids de cette guerre sans que l’Europe ne consente à s’engager à niveau égal. Les alliés comptent chaque soldat et craignent la réaction de l’opinion. Robert Gates demande aux alliés de changer leur « façon de préparer les conflits non-traditionnels ».

Il s’agit évidemment de mettre les moyens financiers pour déployer, équiper et soutenir des soldats en nombre suffisant pour mener à bien les opérations. Mais il s’agit aussi de fournir un effort politique destiné à assumer ces interventions et à les défendre devant des populations aussi hostiles que non averties sur les raisons du déploiement de leurs militaires.

La difficulté à envoyer des renforts en Afghanistan depuis le mois de décembre malgré les appels du Président américain est symptomatique. Le retrait des Pays-Bas qui avait déployé des soldats en Oruzgan, près du Helmand et la lourde dépendance matérielle vis à vis des Etats-Unis montrent bien le rapport entre Washington et ses alliés sur ce théâtre d’opération.

Il parait cependant difficile pour les Européens d’envoyer leurs armées sans le soutien des populations. Or les citoyens se sont habitués au climat de paix et ne veulent pas envoyer leurs soldats à l’autre bout du monde combattre dans des conflits particulièrement exigeants. A partir de là, il est crucial de se demander si la vision du rôle de l’OTAN est la même chez les Américains et chez les Européens. La redéfinition du concept stratégique de l’alliance a cet objectif mais même si Washington obtient gain de cause, il est peut être déjà trop tard pour que les alliés rattrapent le retard accumulé depuis plusieurs années.

Photo : US Air Force / Sergeant Efren Lopez

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