Libye, terre de djihad
Alors que la coalition internationale qui protège les insurgés libyens s’inquiète de leur capacité à atteindre Tripoli, des djihadistes rallient le pays. Des combattants et des terroristes en provenance de tout le nord de l’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie mineure cherchent à jouer leur rôle dans le combat des rebelles de Benghazi pour faire tomber un Kadhafi longtemps utilisé par les occidentaux comme rempart contre les extrémistes.
Qui sont les insurgés libyens ? Une majorité de simples citoyens fatigués par un régime autoritaire négligeant le peuple. Des chefs politiques et des intellectuels soucieux de construire un pays nouveau. Mais aussi des combattants d’expérience désireux d’en découdre avec Mouammar Kadhafi. Parmi ces derniers, des éléments islamistes liés à Al-Qaida afflueraient de toute la région.
L’une des premières cellules de la nébuleuse terroriste à réagir serait Al Qaida au Maghreb islamique. Aqmi a affiché son soutien aux rebelles dés le début du mouvement et aurait dépêché plusieurs groupes de combattants. Une cinquantaine d’hommes en tout, évalue le chercheur Mathieu Guidère. L’amiral américain James Stavidris, commandant des troupes de l’Otan en Europe, a évoqué de son côté des soupçons d’infiltrations par des membres d’Al Qaida ainsi que par le Hezbollah libanais.
Les Libyens eux mêmes sont un peuple prolifique en matière de terrorisme. Que ce soit en Afghanistan ou en Irak, ces derniers ont pris part en nombre aux combats les plus sanglants. Des combattants reviendraient actuellement de ces pays où ils ont accumulé l’expérience. En 2007, les forces américaines mettaient la main sur des registres en Irak. Ces documents révélaient que 20% des combattants étrangers venaient de Libye et que 85% d’entre eux étaient prêts à pousser leur engagement jusqu’à l’attentat suicide.
Washington a envoyé des membres de la CIA auprès de la rébellion pour s’assurer de repérer les djihadistes. Ces derniers apportent aux insurgés les capacités et les compétences de soldats formés et préparés au combat. Leur aide ne devrait cependant pas leur permettre de jouer un vrai rôle politique dans l’après Kadhafi. La Libye est un pays construit sur le modèle clanique et les chefs locaux n’ont aucune envie de voir débarquer les fidèles de Ben Laden sur leurs terres.
Vivier djihadiste
Les documents récupérés par l’armée américaine en Irak apportent des détails intéressants sur l’origine des combattants étrangers impliqués dans les épisodes les plus violents de ce conflit. Si l’on évoque souvent les djihadistes yéménites ou algériens, les Libyens arrivent en réalité juste derrière l’Arabie Saoudite avec au moins 112 hommes sur place dont 85% prêts à se faire exploser. Riyad, la capitale saoudienne, reste en tout cas moins prolifique que Darnah, une ville de l’est libyen d’où sont originaires quelques 53 terroristes. Benghazi, capitale des insurgés, a également été le foyer de 21 d’entre eux.
Au sein de la direction d’Al Qaida, les Libyens ont également occupé des postes prestigieux. Le numéro 3 de l’organisation, Abu Yahya est originaire de ce pays. Idéologue emblématique évadé de Bagram, il a été soupçonné un temps de trouver refuge dans les territoires pachtounes afghano-pakistannais. Abu Laith est un autre exemple. Très actif en Libye, il est un chef de guerre important au sein d’Al-Qaida. Ces deux hommes ont été liés à un moment ou à un autre au groupe libyen Al-Jama’a al-Islamiyyah al-Muqatilah bi-Libya (Groupe combattant islamique libyen / LIFG) qui aurait tenté d’assassiner Mouammar Kadhafi en 1996. Cette structure longtemps indépendante revendiquait de ne pas organiser d’attaques à l’étranger ou contre des civils. Elle se serait à plusieurs reprises rapprochée de l’organisation de Ben Laden même si elle semble continuer de prôner un combat contre les dictateurs locaux plutôt qu’une guerre contre l’occident.
Photos : AP / Hussein Malla & DR










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