Mais que faire d’Abou Qatada ?

Soupçonné de terrorisme, Abou Qatada est poursuivi dans pas moins de sept pays. Sans compter la Jordanie où il a d’ores et déjà été condamné à la prison à vie. C’est pourtant à Londres qu’il est retenu, la justice empêchant son extradition. Motif : il risquerait d’être torturé. La Grande-Bretagne se retrouve bien embêtée avec ce lourd prisonnier sans pouvoir s’en débarrasser. Retenu chez lui, il n’a plus le droit de bouger. Sacré rébus juridique pour un ennemi numéro 1 presque plus encombrant maintenant qu’il est arrêté.

Abou Qatada, un ennemi public dont personne ne sait quoi faire.

Abou Qatada est l’une des légendes du terrorisme de la décennie 2000. Ce prêcheur islamiste radical, véritable porte-voix d’Al Qaïda, est soupçonné d’avoir été l’un des proches conseillers de Zacarias Moussaoui, condamné à vie suite au 11 septembre 2001 ou de Richard Reid, le fameux terroriste à la chaussure du vol Paris-Miami. Réfugié depuis 1993 en Grande-Bretagne, au motif de potentielles persécutions religieuses, il joue de subtilités judiciaires pour échapper à la justice.

De nationalité jordanienne, il a en effet été condamné à la prison à vie par contumace dans son pays. Jugé pour activités terroristes, il parvient à échapper à l’extradition. Ses avocats défendent en effet l’idée selon laquelle, s’il devait être expulsé vers Amman, il ne pourrait bénéficier d’un procès équitable et risquerait d’être torturé par les autorités. Une position confirmée par la Cour européenne des droits de l’homme.

Les Britanniques, pourtant, ne peuvent pour l’instant pas le maintenir plus longtemps en prison. Abou Qatada, considéré comme l’un des terroristes islamistes majeurs de ce siècle, a donc pu quitter son quartier haute sécurité après six ans de réclusion. Il se retrouve sous surveillance, à Londres, dans des conditions les plus drastiques possibles. Affublé d’un bracelet électronique, il ne peut quitter sa résidence plus de deux heures par jour, ne doit utiliser ni téléphone portable ni internet et ne peut se rendre dans aucune mosquée ni école. Le voilà donc en prison… mais dehors.

Le fiasco est à la fois politique et médiatique. Impliqué dans les attentats de Londres en 2005, « l’ambassadeur de Ben Laden » comme l’a baptisé la presse anglo-saxonne semble échapper à la justice britannique. Le grand public et les responsables politiques aimeraient le voir puni. Force est pourtant de constater que les recours légaux dont il se sert lui permettent pour l’instant d’utiliser les failles du système qui souhaiterait le faire condamner. Le ministère de l’Intérieur a avoué son impuissance, désavouant la justice britannique en s’opposant à sa libération.

Sacré casse-tête : comment faire juger un terroriste présumé dans un pays où le respect du droit de la défense n’est pas assuré ? D’autant plus qu’en matière de terrorisme, les dérives policières et judiciaires se sont multipliées depuis dix ans dans les pays les plus véhéments en matière de droits de l’homme. Le gouvernement britannique se retrouve obligé de négocier directement avec Amman pour obtenir des garanties sur le déroulement du procès Qatada : ni torture, ni aveux forcés. Ou comment refiler la patate chaude au voisin.

Une situation d’autant plus paradoxale qu’Abou Qatada est directement visé par les Nations unies pour terrorisme. Il est également poursuivi par, en plus de la Jordanie, des pays aussi variés que les Etats-Unis, la France, la Belgique, l’Italie, l’Espagne et l’Algérie. Avant d’être un prêcheur éminent des rangs d’Al Qaïda, Abou Qatada a été l’un des collaborateurs du périodique al-Ansar, revue du GIA algérian dans les années 1990.

Photo : DR

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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