Refonte du format de l’armée américaine : une pilule à faire passer

Moins de sous. Moins d’hommes. Mais pas forcément moins de guerres. Si les Etats-Unis transforment leur armée, c’est bien entendu pour une question de moyens financiers mais aussi pour préserver une opinion publique traumatisée par dix longues années de guerre en Afghanistan et en Irak. Les dirigeants américains l’ont bien compris et souhaitent changer le format de leurs forces pour gérer autrement des crises différentes.

Le départ d’Irak et d’Afghanistan marque le début d’une nouvelle époque pour l’armée américaine.

Tout le monde s’y colle, Barack Obama en tête. Il faut faire passer la pilule sur la réduction du format militaire américain. « La force du futur sera plus petite, plus agile, plus réactive », défend le Président. Une baisse des budgets et des effectifs qui devenait inévitable. C’est la crise, entend t-on répéter depuis plusieurs mois. C’est en réalité un changement de doctrine et de positionnement politique pour la super puissance.

Plus qu’une question de moyens financiers, c’est une question de volonté morale. Les Américains ont été profondément marqués par dix ans de guerre en Afghanistan et huit ans de guerre en Irak. Presque 4500 soldats tués pour neutraliser les armes de destruction massive de Saddam Hussein. Bientôt 2000 hommes abattus pour chasser Al Qaida de son sanctuaire pré-11 septembre. Un bilan humain qui reste difficile à calculer si l’on ajoute les blessés, les traumatisés et les nombreuses familles détruites par ces longues années de combat.

« Nous ne pourrons plus mener deux guerres en même temps », avait commencé à prévenir Leon Panetta, secrétaire à la Défense. Mais qu’est ce qu’une guerre ? Les Etats-Unis ne semblent plus prêts à mettre en place les moyens financiers et humains pour mener de front deux opérations de la taille de celles menées en Afghanistan et en Irak. Barack Obama assure pourtant que Washington continuera de jouer un rôle d’envergure sur l’échiquier stratégique global : « le monde doit savoir que nous maintiendrons notre supériorité militaire ».

Avec un nouveau budget de 470 milliards de dollars (hors opérations extérieures), l’armée américaine reste largement devant la Chine, présentée comme le principal concurrent. Ce budget ainsi que la compression des effectifs amèneront les forces à un format qui restera supérieur à celui de l’année 2000. Avec d’importants moyens consacrés aux forces spéciales et aux moyens de frappe à distance, les Américains devraient dorénavant garder leurs distances et agir de loin. L’expérience libyenne pourrait servir d’exemple : les Européens devant, les Américains derrière pour apporter soutien et logistique en masse.

Les préoccupations américaines se redirigent vers le Pacifique. De l’Asie au Moyen-Orient, Washington sait que les foyers de tension sont en train de bouger. « L’Europe n’est clairement plus au coeur des préoccupations stratégiques », analyse Etienne de Durand pour une interview à Atlantico. Avec un retour au coeur de l’actualité des enjeux liés au détroit d’Ormuz et plus de 60% des moyens navals réorientés sur cette partie du monde, la géopolitique mondiale semble entrer dans une nouvelle décennie.

Photo : Us Air Force / SSgt. Jason Robertson

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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