Ruée vers le pétrole en Afghanistan
Les géologues continuent de découvrir des ressources dans le sous-sol afghan. Le pétrole pourrait devenir l’une des principales recettes de Kaboul. Un potentiel qui attire d’ores et déjà les principales multinationales de l’industrie énergétique.
C’est en réalité une surprise à laquelle on ne s’attendait pas. Lorsque de premières réserves de pétrole ont commencées à être repérées et explorées, il y a quelques années, les spécialistes s’attendaient à des ressources intéressantes mais raisonnables. Aujourd’hui, les géologues découvrent un petit eldorado : le United States Geological Survey (USGS) évalue à présent à 1,9 milliards de barils les réserves potentielles de l’Afghanistan.
Une manne pétrolière sur laquelle le géant pétrolier Exxon Mobil porte son attention. Au cours du mois passé, le poids lourd de l’énergie américain a officialisé auprès du gouvernement afghan son intérêt pour l’exploration des sous-sols du pays. Sept autres multinationales du secteur ont réclamé de pouvoir participé aux enchères. L’objectif : trouver de nouvelles réserves et réfléchir aux moyens d’en optimiser l’exploitation.
Le pétrole afghan connu se concentre pour l’instant dans le nord du pays, dans le bassin afghano-tajik. Reste que la situation sécuritaire, notamment alors que l’OTAN planifie son départ, pose de vraies questions quand à la faisabilité. Chakib Khelib, ancien ministre algérien du Pétrole reconvertit en consultant à Paris, estimait récemment auprès de Reuters que « Exxon n’irait pas dans une zone à moins qu’elle ne soit prometteuse« . Pour lui, exploiter le pétrole afghan n’est finalement pas plus complexe que d’exploiter celui de l’Arctique.
Les spécialistes estiment dans leurs évaluations que le pétrole afghan pourrait rapporter quelques 9 milliards de dollars par an. Un changement colossal pour ce petit pays qui subsiste pour l’instant avec un PIB d’à peine 20 milliards, dépendant intégralement des aides internationales. Une recette qui dépasserait même les besoins en soutien financier exprimés par la Banque centrale afghane, qui évalue entre 6 et 7 milliards les besoins d’aides au cours de l’année à venir.
En attendant que les géants de l’industrie énergétique ne puisse commencer leurs explorations, Kaboul se prépare à extraire pour la première fois de son existence son propre pétrole. D’ici environ trois mois, les premiers barils devraient sortir des sous-sols. C’est la Société pétrolière nationale chinoise qui avait décroché ce premier contrat. Il devrait permettre la production, dans un premier temps, de quelques 5000 barils par jour pour monter rapidement à 45 000.
Photo : Dear Harry

Johan
- USGS = United States Geological Survey.
- Pour mémoire, les réserves estimées par les soviétiques dans les années 70 étaient de 95 millions de barils.
- Pour le moment, Exxon Mobil n’a fait qu’exprimer son intérêt pour avoir accès à l’ensemble des documents. « Esso Exploration International Ltd’s expression of interest in the Afghan-Tajik Basin tender is part of our ongoing evaluation of oil and gas resources around the world, » Alan Jeffers, a spokesman for Exxon, said. (Reuters Houston, July 2)
- Les autres concurrents ne sont pas des « géants de l’industrie énergétique » : Dragon Oil (Dubai), Kuwait Energy, ONGC Videsh (Inde), Petra Energia (Brazil), Pakistan Petroleum, PTT (Thailand), et TPAO (Turquie).
- Lors du « First Afghan Hydrocarbon Bidding Round » de 2009-2010, Total Exploration & Production était short-listée et partait favorite. Comme Exxon Mobil aujourd’hui, c’était la seule major face à des sociétés de moindre importance (Suisse, Turquie, Chine, EAU, Canada et Pakistan). Total n’a pas remis d’offre, une seule société a répondu, l’appel d’offres a été annulé.
- En 2011, l’ »Amu Darya Basin Oil Tender » a été remporté par la China National Petroleum Corp (CNPC) associée au Watan Group du clan Karzai. La zone d’exploration est majoritairement peuplée par des Afghans de l’ethnie ouzbèke dont Dostum défend les intérêts. Les débuts sont difficiles pour les Chinois…
- Dans cet « Afghan-Tajik Basin tender » les offres ne sont pas attendues avant le 31 octobre 2012. Le vainqueur sera connu le 15 décembre et le contrat signé le 31 mars 2013… insha’Allah !
« Ruée » n’est peut-être pas le mot qui correspond le mieux à ce qui se passe pour le pétrole en Afghanistan.
Romain Mielcarek
Merci pour la correction de la coquille pour l’USGS.
Merci surtout pour ces précisions des plus intéressantes.
Cdt,
RM