Se moquer de Kim Jong-Il est passible de prison en Corée du Sud aussi

En Corée du Sud, mieux vaut ne pas soutenir les dirigeants nord-coréens. Même pour rire, toute évocation positive du régime de Pyongyang est considéré comme un crime grave, tombant sous la loi sur la sécurité nationale. Régulièrement, des individus, militants pro-réunification ou simples maladroits, sont inquiétés pour la justice qui les suspecte de propagande ou d’espionnage.

La peur d’être infiltré par le nord est omniprésente en Corée du Sud.

Risquer la prison pour un tweet. Une peine qui n’étonnerait plus personne en Corée du nord mais qui continue de choquer les ONG … en Corée du sud. Car c’est bien à Séoul qu’un jeune homme de 24 ans risque de passer jusque sept ans derrière les barreaux. En ayant relayé certains messages nord coréens rendant hommage à Kim Jong-Il lors de sa mort, l’internaute, qui plaide la satire, s’est rendu coupable d’une transgression de la loi sur la sécurité nationale sud coréenne.

Mise en place en 1948 pour lutter contre la propagande et les infiltrations communistes du nord de la péninsule, cette loi n’a pas été réformée. Le texte prévoit des peines particulièrement dures (la dernière exécution a eu lieu en 1998) contre les personnes accusées d’espionnage au profil de Pyongyang. Une dizaine de personnes ont ainsi été appréhendées au cours de l’année 2011, pour des motifs parfois aussi futiles que de souhaiter « longue vie à Kim Jong-Il ».

Les ONG dénoncent année après année cette loi qui sert à réprimer toute forme d’empathie envers le régime nord-coréen. En début de semaine, deux Sud-Coréens ont ainsi été condamnés à huit mois de prison pour possession de documents de propagande. Si l’un était membre d’une association réclamant le rapprochement entre les deux Corées et l’autre d’un groupe d’extrême-gauche, la question de la liberté d’expression reste posée.

La loi sur la sécurité nationale a en effet longtemps été considérée comme un outil de chasse aux sorcières. Certains Sud-Coréens s’inquiètent de voir le recours à ce texte utilisé de manière abusive pour réprimer certaines formes de contestation et d’expression politique. Selon Amnesty International, des citoyens auraient été arrêtés pour avoir évoquer la réunification, publier des écrits socialistes ou simplement pour être suspectés d’idéologies trop proches de Pyongyang.

Si des universitaires, professeurs ou étudiants, sont régulièrement inquiétés par la justice, la loi est également appliquée avec sévérité au sein des forces armées. En 2002, un simple soldat a ainsi été condamné à deux ans de prison pour avoir estimé que la séparation entre les deux moitiés de la péninsule « n’était pas la faute de la Corée du Nord mais celle des Etats-Unis ». Plus récemment, en 2011, un instructeur de la marine était poursuivi pour avoir effectué des recherches sur l’idéologie nord-communiste et pour avoir eu en sa possession les écrits de Marx et Lénine.

Photo : US Army

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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