WikiLeaks dévoile les coulisses de la diplomatie américaine

La presse en parle depuis quelques jours, Washington s’en inquiète depuis mai dernier. WikiLeaks sort une nouvelle bombe. Après l’Afghanistan et l’Irak, ce sont les secrets de la diplomatie américaine qui sont exposés au public. Ces informations concernent de nombreux sujets : Iran, terrorisme, Israël, Guantanamo … Le vrai regard des Etats-Unis est en partie dévoilé.

Les révélations de WikiLeaks créent le chaos dans la diplomatie américaine. Les diplomates ont réalisé qu'ils n'exerceraient plus jamais leur métier de la même manière.

WikiLeaks a mis la main sur 250 000 télégrammes du réseau diplomatique américain. Ces communications issues principalement des ambassades et des consulats répartis dans le monde entier regorgent d’informations sur la vraie perception de certaines crises par Washington. Dans ces documents, se sont aussi les positions des alliés des Etats-Unis qui gagnent en clarté.

Les cinq journaux contactés par WikiLeaks pour éplucher les dossiers ont obtenu la publication d’un nombre réduit de messages. Après que les noms de personnes potentiellement menacées soient effacés, seuls les télégrammes en lien avec les articles publiés par les grands quotidiens seront mis en ligne. Les journalistes évitent ainsi les dérives qui ont pu avoir lieu précédemment avec les révélations sur l’Irak et l’Afghanistan et qui ont mis des témoins en danger.

Israël pousse à la fermeté contre l’Iran

Selon des mémos envoyés par l’ambassadeur américain en Israël en décembre 2009, Jérusalem estime que Téhéran aura les capacités technologiques pour fabriquer une arme nucléaire en 2010. Les efforts pour rallier la Russie sont une priorité et doivent permettre de ralentir l’Iran même si Israël ne sait quelle sera la position de Moscou. Le  Mossad travaille à convaincre la présidence et le parlement américains de l’inutilité des négociations. L’Iran jouerait la montre. Mobiliser les Nations Unies serait inutile car trop lent. Robert Gates, le secrétaire d’Etat à la Défense, a estimé de son côté que des frappes contre l’Iran ne feraient que ralentir la fabrication d’une bombe.

Les soutiens saoudiens à Al Qaida

De riches donateurs saoudiens continuent de financer le terrorisme islamiste, via Al Qaida ou d’autres groupes assimilés. Plusieurs pays de la région, notamment le Qatar, ne fourniraient que de maigres efforts pour lutter contre le terrorisme.

Le Pakistan et le nucléaire illégal

Les Etats-Unis tentent depuis 2007 de vérifier des productions illégales de combustible nucléaire au Pakistan. Les efforts pour vérifier l’activité de plusieurs réacteurs n’ont pas obtenu de résultats. Les officiels pakistanais rejettent les visites d’experts américains en plaidant la peur d’une réaction négative de l’opinion publique qui craindrait un contrôle de Washington sur les capacités nucléaires nationales.

La Syrie arme le Hezbollah

Malgré les promesses de Bachar el-Assad, la Syrie continue de soutenir le Hezbollah au Liban. Ce dernier aurait amassé depuis 2006 une quantité considérable d’armes toujours plus sophistiquées de la part de son généreux donateur.

Attaques virtuelles de la Chine

Le gouvernement et l’armée chinois ont organisé des attaques numériques, en ayant recours à des spécialistes militaires et indépendants ainsi qu’à des pirates. C’est un responsable du bureau politique qui a organisé l’opération.

Refourguer les prisonniers de Guantanamo

Vider Guantanamo n’a pas été évident. Washington aurait exercé plusieurs fois des pressions sur de petits Etats pour leur imposer de récupérer quelques uns des prisonniers libérés. La Slovénie aurait ainsi vue la visite du Président Obama conditionnée par l’accueil d’un ancien détenu. Les îles Kiribati auraient reçu de l’argent pour héberger plusieurs musulmans chinois.

Corée(s) ?

Séoul s’interroge avec les Etats-Unis sur les conséquences économiques d’une réunification des deux Corées. La situation du Nord pourrait mener le pays à l’implosion. Le Sud évalue la possibilité de renforcer les échanges avec la Chine pour préserver l’ensemble du territoire d’une banqueroute générale.

Corruption afghane

Ahmed Zia Massoud a été surpris lors d’un voyage aux Emirats Arabes Unis en possession de 52 millions de dollars en liquide. Une somme que le vice-président afghan était autorisé à transporter mais qu’il a toujours nié sortir de son pays. L’homme politique fait partie des proches de Hamid Karzaï soupçonnés d’avoir été mêlés à des trafics divers.

Un autre document critique sévèrement les résultats de l’armée britannique dans le district de Sanguin.

Erythrée et Shabaabs

L’Erythrée soutiendrait le groupe terroriste somalien des Shabaabs. Selon l’ambassadeur américain dans ce pays, les dirigeants sont « soit ignorants soit menteurs ».

La Russie et la mafia

Un télégramme révèle l’omniprésence de la mafia russe dans les décisions politiques de Moscou. Vladimir Poutine se serait par ailleurs rapproché de Silvio Berlusconi, le chef d’Etat italien, faisant de ce pays un allié au sein de l’Union européenne.

Les révélations de WikiLeaks sur :
Le Monde.
The New York Times.
The Guardian.
El Pais.
Der Spiegel.

Voir aussi :
WikiLeaks, les dangereux héros de la vérité.
WikiLeaks, le cyber-ennemi intérieur.

Photo : Cpl. John McCall

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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Commentaires (5)

  • Thibault Lamidel

    C’est surprenant Wikileaks. Il n’y a rien de bien dérangeant pour les Etats-Unis. Par contre, pour prendre en défaut le discours officiel des « alliés » ou les rendre ridicule, c’est efficace ! Je commence à douter de la sincérité de la manoeuvre.

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    • Romain Mielcarek

      Oui, Israël a lâché un communiqué ce matin pour dire « ouf ».

      Je ne pense pas que les informations publiées soient si superficielles. C’est vrai, dans les milieux plus avertis, on se doutait de la plupart des « révélations ». On en a maintenant la preuve. Surtout, on a la preuve que les diplomates américains savent beaucoup de choses et anticipent déjà par rapport à ce que sait la population dans son ensemble.

      Comme l’ont dit plusieurs diplomates, cette publication impose surtout un changement dans les méthodes de travail. L’opacité et la discrétion des activités internationales de Washington ne sont plus garanties.

      Je suis le premier à m’interroger sur les motivations de WikiLeaks. Il est difficile de se positionner sur ce nouvel acteur de la politique et du monde médiatique. Ce qui est sur, c’est que son poids est réel. Quid d’un nouvel Irak avec un tel empêcheur de tourner en rond ?

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  • Francois

    Personnellement je trouve qu’il n’y a rien de bien nouveau sur les présumées « révélations » de wikileaks…

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  • Thibault Lamidel

    Je me demande humblement s’il ne faut pas replacer Wikileaks dans une problématique beaucoup plus large. Après la « vie privé » des citoyens, c’est celle des Etats qui disparaît. Tout se sait. Ou plutôt, tout doit se savoir. Une partie de l’opinion publique mondiale tend à développer tout les moyens de « transparence ». Wikileaks en fait partie.

    Fut un temps où gouverner se faisait presque en secret. N’était publié que le strict nécessaire. Aujourd’hui, le secret peut il encore exister ?

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