Zardari : du 11 septembre au Katrina pakistanais

Le président pakistanais Asif Ali Zardai défend sa gestion des inondations qui ravagent son pays depuis fin juillet dans une tribune du Monde d’aujourd’hui (daté mercredi). Critiqué pour l’impuissance de son gouvernement, il justifie ses choix et rappelle que l’Occident ne peut pas se passer d’Islamabad dans sa lutte contre le terrorisme.

Le bilan des inondations atteint 1500 morts et 14 millions de déplacés.

Pas question pour le président pakistanais d’accepter les critiques générales qui l’accablent depuis le début du mois. Parmi ses détracteurs, on trouve par exemple Fatima Bhutto, nièce de sa défunte épouse, qui évoque le « Katrina de Zardari », faisant ainsi référence à l’ouragan qui avait ravagé la Nouvelle-Orléans en 2004. Pire que ça, explique le journaliste Michael Hugues dans le Huffington Post : si Bush avait commis une énorme erreur politique, Zardari met toute la région en danger par son incompétence.

S’il n’a pas reporté son voyage diplomatique, c’était parce que le Pakistan avait besoin de l’aide de la communauté internationale, explique le président Zardari dans sa tribune. « J’aurais peut-être pu profiter [...] d’être présent dans le pays au moment de la catastrophe naturelle mais un peuple ne se nourrit pas de symboles. » Concrètement, la tournée du chef d’État lui aurait permis d’obtenir le soutien des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France.

Il rappelle également le rôle clef que joue le Pakistan dans la lutte contre le terrorisme. C’est aussi pour cette raison que les différents acteurs impliqués dans la région, notamment en Afghanistan, sont bien obligés d’aider Islamabad. Cette crise humanitaire jamais vue dans le pays avec 1500 morts et près de 14 millions de déplacés a des conséquences dramatiques sur l’équilibre sécuritaire déjà précaire. Déjà largement déstabilisé par la menace terroriste, le Pakistan risque de voir ses efforts monopolisés par cette nouvelle priorité.

Le Pakistan plus touché par le djihad que les États-Unis

Pour Asif Ali Zardari, le Pakistan est le fer de lance de la lutte contre le terrorisme. Le 11 septembre 2001 n’est pas comparable avec les souffrances du peuple pakistanais explique le président. Le djihad a coûté la vie de 2000 policiers et 6000 civils, beaucoup plus qu’en Occident.

Les dérives de ses services de renseignement remises sur le tapis avec les révélations de Wikileaks ? Le chef d’État renvoie les pays occidentaux à leurs propres erreurs stratégiques en rappelant le soutien apporté par la CIA aux moudjahidines afghans contre l’Union soviétique.

Faut-il lire un marché de dupes entre les lignes ? L’aide de l’Occident contre le soutien d’Islamabad face aux terroristes ? Le Pakistan continue de jouer un jeu diplomatique délicat. Un jeu dont les règles continuent d’être imposées à l’OTAN qui pourrait bien déployer des moyens militaires pour venir en aide au Pakistan.

A lire :
Asif Ali Zardari : « catastrophe naturelle, lutte antiterroriste, j’agis pour le renouveau du Pakistan ».

Photo : Nations Unies / Amjad Jamal

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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Commentaires (2)

  • Frédéric

    Ce n’est parce que le Pakistan subit un lourd tribut face a l’extrémisme que la politique de ses service ont laissé prospérer durant ces décennies que cela l’excuse de mal géré une immense catastrophe naturelle.

    L’armée pakistanaise est l’une des importantes de la région, et pourtant, on voit peu ses moyens du génie à l’oeuvre dans les divers reportages.

    La Chine elle, maîtrise au moins beaucoup mieux sa  »communication » et son image de marque n’est touché par les inondations qui la touche elle aussi.

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    • Romain Mielcarek

      J’ai le sentiment qu’il ne s’agit pas de justifier mais de rappeler que l’Occident n’a pas le choix. La question d’aider ou pas le Pakistan ne se pose pas dans la mesure où la communauté internationale se mobilise presque systématiquement. Mais ici, son efficacité est indispensable puisque quelque part, nos pays sont également menacés par l’instabilité qui peut s’accroître au Pakistan.

      Quand à la Chine, si elle contrôle la communication et les images, elle ne contrôle pas les catastrophes. Elle réussit par contre à les rendre presque invisibles c’est vrai.

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