Les forces de sécurité afghanes espèrent repérer les loups solitaires

En 2012, 33 soldats dont 7 Français ont été tués en Afghanistan par des policiers et des soldats afghans. Une menace nouvelle qui augmente au fil du temps et qui accroît les dissensions entre les forces de sécurité locales et leurs homologues étrangers. Le ministère de l’Intérieur afghan tente de rassurer l’ISAF avec une série de mesures dont l’efficacité restera à démontrer.

Sur le terrain, impossible de mener des opérations sans les forces de sécurité afghanes.

Mardi, le gouvernement afghan a promis par la voix de son ministère de l’Intérieur, Abdul Rahim Wardak, une série de mesures pour réduire la menace d’attaques « green on blue ». Ces assauts de policiers ou de soldats afghans visant des hommes de la coalition sont devenues une véritable phobie qui, bien que minoritaire dans le total des pertes, reste en hausse depuis 2009. De 10 morts il y a 4 ans, cette cause est passée à 33 en 2011. En 2012, 16 soldats ont déjà été tués.

Parmi les propositions du ministre, l’augmentation de la vérification des passifs des recrues afghanes. Les candidats devront monter patte blanche et être parrainés par deux garants, chargés d’attester de leur transparence. En plus, des enquêtes ont été lancées sur quelques 150 000 des 352 000 membres des forces de sécurité pour vérifier les dossiers des personnels déjà engagés. De plus, des tests antidrogues seront systématiquement effectués. Sur les critères concrets qui seront appliqués sur ces différentes mesures … mystère.

La question est pourtant cruciale. Ces derniers mois, les violences perpétrées aussi bien côté américain que côté afghan ont entraîné de difficiles questionnement au sein des forces de l’ISAF. On parle de nouveau de « caporaux stratégiques », ces individus qui peuvent changer à eux seuls le court d’une bataille : des soldats qui commettent des tueries, urinent sur des cadavres ou brûlent des corans ont ainsi plus d’impact sur la situation opérationnelle que le gros des troupes, quelle que soit son application.

Côté afghan, la situation est la même : les caporaux stratégiques sont ici plutôt des « loups solitaires ». En effet, les liens avec l’insurrection sont loin d’être avérés lors de ces attaques qui, si elles sont majoritairement apparues dans Kaboul et ses alentours, ont eu lieu de manière isolée dans la totalité de l’Afghanistan. Les meurtriers semblent avoir agit dans certains cas en réponse à des faits d’actualité, comme la destruction des corans. Dans d’autres, il peut s’agir de pari sur un avenir où les talibans sortent victorieux : pour éviter les représailles, la famille incite le soldat ou le policier à rétablir l’équilibre en commettant un acte héroïque.

Reste que les Afghans semblent être les plus menacés par cette nouvelle menace. Si les Occidentaux peuvent gagner en sécurité en augmentant les distances entre eux et leurs homologues locaux, les policiers et soldats afghans ne peuvent échapper à leurs loups solitaires. Des Afghans témoignent ainsi de coreligionnaires écoutant des chants de guerre talibans sur leurs téléphones portables sans trop savoir comment réagir. Pour eux, entre corruption et insécurité, il semble difficile de résorber le risque d’avoir des meurtriers infiltrés dans les rangs.

Photo : ECPAD

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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