Un Belge en Syrie pour récupérer son fils parti faire le djihad

 

Les filières pour le djihad syrien cartonnent en Belgique. Un fléau qui a motivé le départ d’au moins cinquante jeunes. Le père de l’un d’entre eux, faute d’une solution proposée par les services officiels, a décidé de se rendre lui-même sur place pour récupérer son fils.

Dmitri Bontinck a reconnu son fils sur des vidéos djihadistes, sur Internet. ©DR

Dmitri Bontinck a reconnu son fils sur des vidéos djihadistes, sur Internet. ©DR

L’histoire est incroyable. Elle commence il y a quelques mois, lorsqu’un jeune Belge, Jejoen Bontinck, se converti à l’islam. L’adolescent, amateur de danse et aimant se prendre en photo sur Facebook, se serait tourné vers la religion après une peine de coeur, explique son père. Encouragé par un ami, il se rapproche du groupuscule radical Sharia4Belgium. Il se laisse pousser la barbe, s’éloigne progressivement de sa famille et s »imprègne des interprétations rigoristes et violentes du groupe. En février dernier, il annonce à ses parents qu’il part aux Pays-Bas. En réalité, le jeune homme de 18 ans se rend en Syrie pour rejoindre un camp d’entraînement djihadiste.

Cette histoire, c’est le père de Jejoen qui l’a racontée à la presse belge, ces dernières semaines. Dimitri Bontinck aurait reçu un coup de fil de son fils, en pleurs. Les djihadistes qu’il a rejoint lui ont confisqué argent, passeport et téléphone. Il a du supplier pour joindre sa famille, appelant à l’aide et regrettant son aventure. Désespéré, le père anversois a joint les autorités pour demander de l’aide … sans succès.

Il décide donc d’aller chercher son fils, seul. Soutenu par quelques journalistes, il rejoint la Syrie et passe la frontière. Après avoir épluché la toile, il espère pouvoir localiser le groupe auquel appartient Jejoen. Depuis, les nouvelles sont rares. Le mois dernier, son avocat annonçait à la presse que Dimitri Bontinck avait été intercepté par des djihadistes qui l’avaient violemment interrogé, afin de vérifier son histoire, avant de le relâcher. Depuis, pas de nouvelles des deux Belges.

Les autorités belges peinent à stopper l’hémorragie

Les autorités belges évaluent entre 50 et 80 le nombre de Belges ayant rejoint la Syrie pour combattre du côté des rebelles. Le groupe Sharia4Belgium fait l’objet de tous les soupçons : mi-avril, six personnes ont été arrêtées, en marge de 48 perquisitions. Objectif : prouver l’implication des membres de l’organisation, officiellement dissoute, et mettre fin aux filières djihadistes.

Difficile d’endiguer le flux. Officiellement, le ministère de l’Intérieur a annoncé déployer tous les moyens pour empêcher de nouveaux départs et rapatriés les jeunes Belges déjà partis en Syrie. Un groupe de travail interministériel, intégrant des militaires, des policiers et des spécialistes du djihadisme a été mis en place. Reste à savoir comment aller récupérer les apprentis djihadistes déçus …

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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