Mali : premiers départs français, direction le sas de décompression
Une centaine d’hommes du GTIA parachutistes a quitté le Mali. Ce premier départ, particulièrement symbolique, illustre la volonté politique de se désengager de l’opération Serval au plus tôt.
Lundi 9 avril, une première centaine de soldats français ont quitté le Mali, a annoncé ce mardi matin l’Etat-major des armées à l’AFP. Ces soldats n’ont pas rejoint la France mais Chypre, à Paphos, où ils suivent le processus de « décompression » initié avec les départs d’Afghanistan en 2009. Objectif : faciliter la transition d’un théâtre opérationnel violent, exigeant sur le plan physique et moral, à un milieu civil moins menaçant. Ils doivent rester sur place pendant trois jours, avant de rejoindre leurs familles.
Ce retrait revêt une forte symbolique : il valide la promesse de François Hollande d’amorcer le départ des troupes françaises de l’opération Serval dès la fin du mois d’avril. Une promesse d’autant mieux engagée qu’elle est même anticipée alors que le mois d’avril ne fait que commencer. Le chef de l’Etat a annoncé que les effectifs français seraient réduits de moitié d’ici le mois de juillet, pour atteindre environ 2000 hommes. Il espère que ces troupes pourront être réaffectées à un dispositif dépendant des Nations unies, comme casques bleus.
Ces promesses sont perçues avec inquiétude par la population malienne. C’est en tout cas le ressenti d’Arnaud Danjean, eurodéputé français (PPE – droite), après une visite sur place. Le parlementaire témoigne de ce constat au cours d’une conférence de presse à Bruxelles : « L’annonce du retrait français est vécue très difficilement au Mali. Elle provoque beaucoup de craintes chez les partenaires africains et chez les Maliens, qui semblent tétanisés par cette perspective. »
Arnaud Danjean a rencontré les hommes d’EUTM Mali au cours de sa visite comme eurodéputé. ©Arnaud Danjean
Arnaud Danjean fait également part de son scepticisme, quand aux capacités des autorités maliennes à assumer une forme de responsabilité à court terme. Les politiques et les personnalités de la société civile seraient toujours très largement soumises au pouvoir du capitaine Amadou Haya Sanogo, qui avait renversé le président Amadou Toumani Touré en mars 2012. Le parlementaire décrit des forces de sécurité soumises au chaos et incapables d’assurer la sécurité dans le cadre d’élections espérées pour juillet prochain.
Les militaires français qui ont quitté le Mali sont passés par Abidjan, avant leur départ définitif. Ils avaient rejoint la Côte d’Ivoire pour y remettre leurs matériels en condition après une mission particulièrement éprouvante, pour les hommes et les équipements. Ils appartenaient au groupement tactique inter-armes (GTIA) armé par le 2ème régiment étranger parachutiste, qui avait sauté sur Tombouctou, le 1er régiment de chasseurs parachutistes, le 35ème régiment d’artillerie parachutiste et le 17ème régiment du génie parachutiste. D’autres personnels de ces unités devraient commencer à rejoindre progressivement la France au cours des semaines à venir. Ils ont participé à des opérations de ratissage et de combat contre les djihadistes intenses dans la région de Tessalit.
