Olivier Voisin, quatrième journaliste français tué en Syrie
Le journaliste Olivier Voisin, blessé en Syrie, est décédé dimanche des suites de ses blessures. Il est le quatrième français à perdre la vie en couvrant ce conflit où les reporters sont des cibles privilégiées.
Après Gilles Jacquier, Rémy Ochlik et Yves Debay, c’est Olivier Voisin, un photo-reporter indépendant, qui a été tué en Syrie. Blessé par un tir d’obus jeudi dernier, il a pu être transféré en ambulance vers la Turquie. Touché à la tête et aux bras, il est tout de même mort des suites de ses blessures, reçues alors qu’il effectuait un reportage aux côtés des insurgés syriens, dans le secteur d’Idlib. Ces derniers préparaient une attaque contre la ville de Hama.
A 38 ans, il était un reporter expérimenté. Il s’était déjà rendu en Syrie à l’été 2012 pour suivre les insurgés à Alep dans le cadre d’une commande de reportage pour le quotidien Libération. Il avait continué depuis de se rendre sur place pour différents reportages. Indépendant, il devait convaincre par la qualité de ses photos les rédactions ou les agences susceptibles de publier ses reportages. Malgré les difficultés économiques importantes auxquelles sont exposés les photographes, il avait effectué des travaux dans de nombreux pays, dont certains en guerre comme la Libye ou la Somalie.
En Syrie, les journalistes sont devenus des cibles prioritaires pour l’armée gouvernementale. Leur présence est considérée par Damas comme le meilleur moyen pour les insurgés de diffuser leur combat dans les médias du monde entier. Depuis le début du conflit, 23 journalistes professionnels ont été tués. Les rédactions, en France, hésitent de plus en plus à envoyer des journalistes ou commander des reportages, estimant que la couverture de ce conflit devient trop dangereuse. Au risque que l’information ne soit plus récoltée de manière indépendante, laissant les protagonistes communiquer images et messages de leur choix.
Mercredi, la veille de sa blessure, Olivier Voisin envoyait une dernière lettre à une amie à lui. Elle a décidé de publier ce document, que vous pouvez lire ici :
Syrie, 20 février 2013
Enfin j’ai réussi par passer ! Après m’être fait refuser le passage à la frontière par les autorités turques, il a fallu passer la frontière illégalement de nouveau. Un passage pas très loin mais à travers le no man’s land avec quelques mines à gauche et droite et le paiement de 3 soldats. Me voilà tout seul à passer par le lit d’une rivière avec à peu prêt deux kilomètres à faire tout en se cachant pour ne pas se faire remarquer par les miradors. Putain, j’ai eu la trouille de me faire pincer et de faire le mauvais pas. Et puis d’un coup le copain syrien qui m’attend et que je retrouve comme une libération. Le sac et surtout les appareils photos faisaient à la fin 10 000kg sur les épaules.
La Voiture est là avec les mecs de la section de combat que je rejoins au nord de la ville de Hamah, deux heures de route nous attendent et on arrive tous feux éteints pour ne pas se faire voir. Les mecs m’accueillent formidablement bien ! et sont impressionnés par le passage tout seul de la frontière plus tôt.
Les premiers tirs d’artillerie se font entendre au loin. J’apprends que les forces loyalistes tiennent plus de 25 km au nord de Hamah et que la ligne de front est représentée plutôt par les démarcations entre alaouites et sunnites. Alors les forces d’Assad bombardent à l’aveugle et ils restent très puissants. Par chance les avions n’attaquent plus tant le temps est pourri !
Les conditions de vie ici sont plus que précaires. C’est un peu dur. La bonne nouvelle, je pense que je vais perdre un peu de ventre mais au retour je vais avoir besoin de 10 douches pour redevenir un peu présentable !
Aujourd’hui je suis tombé sur des familles qui viennent de Hamah et qui ont perdu leur maison. Ils vivent sous terre ou dans des grottes. Ils ont tout perdu. Du coup ça relativise de suite les conditions de vie que j’ai au sein de cette compagnie.
Je fais les photos et je suis même pas sûr que l’afp les prenne.
Il fait très froid la nuit. Heureusement que je me suis acheté un collant de femme en Turquie du coup c’est pour moi un peu plus supportable.
L’artillerie tire toutes les 20 minutes à peu prêt et le sol tremble souvent.
Le problème j’ai la sensation qu’ils tirent à l’aveugle et ont quand même des canons assez puissants pour couvrir une vingtaine de kilomètres.
Il y a peu de combats directs. Les mecs ont besoin d’à peu prêt 20000 us $ pour tenir en munitions entre 2 à 4 heures de baston. Du coup ils se battent peu. Ils font rien du coup la journée. Je me demande comment ils peuvent gagner cette guerre. Ca confirme ce que je sentais. La guerre va durer très longtemps. Alors le chef du chef vient parfois en rajouter une couche, apporte un mouton pour manger, les mecs vont alors couper du bois dans la forêt aux alentours. Il apporte aussi des cartouches entières de cigarettes et le soir fait prier tout son monde ! Certains sont très jeunes. Ils ont perdu déjà une vingtaines de leurs camarades, d’autres sont blessés mais sont quand même présents et je pense surtout à Abou Ziad, qui a perdu un oeil et c’est lui qui confectionne les roquettes maison pour les balancer durant les combats. Il est brave et courageux. Toujours devant, toujours le premier à tout, pour aider, pour couper le bois, donner des cigarettes, se lever. Avec quelques mots d’arabes on essaie de se parler. Évidemment les discussions tournent souvent sur la religion mais eux ne se considèrent pas salafistes. Entre nous si c’était le cas je serais plus vivant. J’aime être avec lui. Quand les autres me demandent des trucs – évidemment avec le matériel apporté – c’est toujours lui qui les « dispute » et de me foutre la paix !Par rapport à Alep j’ai la sensation sensible que c’est moins lourd que pendant l’été. Cet été c’était du très lourd même si les vieux collègues disent que c’est rien en comparaison de la Tchétchénie. Certainement parce que j’étais plus proche des combats et que la mêlée était journalière. Ici encore un fois ça coûte tellement cher pour eux qu’ils ne se battent que de temps en temps. On est loin aussi de la Libye où ils avaient des munitions en vois tu en voilà. Et là on est beaucoup plus sur des combats de campagne, rien à voir avec du combat de ville.
Alep vient d’être déclarée la semaine dernière la ville la plus détruite depuis la seconde guerre mondiale depuis Stalingrad.Le commandant me demande quand la France va leur fournir une aide militaire? J’en sais rien ! J’ai honte car ça fait depuis deux ans qu’on ne sait pas. On me dit que personne les aide et de quoi l’occident a peur. J’ai pas envie de lui répondre. On a peur de l’extrémisme qui se nourrit sans cesse du manque d’éducation intellectuelle de ces personnes qui considèrent que le coran sera le seul livre à lire… quoi faire? et puis merde je ne suis pas un homme de pouvoir ou politique. Je ne suis que le petit Olivier, qui crève la dalle avec eux et qui les emmerde car les combats directs se font attendre. Le problème, c’est ce que demande l’afp. Moins j’en fais, moins je gagne aussi et ce que je gagne c’est déjà pas fabuleux et plus les jours passent c’est autant de photos qu’on me demande de faire que je ne fais pas.
Et puis c’est vrai suis accro à cette cam’ de merde. Aucune autre drogue sera aussi puissante que l’adrénaline qui d’un coup fait jaillir en nous des sensations incroyables, notamment celle de vouloir vivre.Ce soir ça fera 3 jours que suis arrivé. Et comme à chaque fois j’oublie comme un idiot d’emporter un livre avec moi du coup, j’ai pas grand chose à faire le soir. Développer les photos prenant à peu prêt 2 h en moyenne et comme il n’y pas internet et que la conversion reste limitée je me retrouve comme un couillon.
La plupart des gars sont gentils avec moi et essaient de rendre mon séjour parmi eux le plus agréable possible. Ils posent 1000 questions sur Paris et la France et ne comprennent toujours pas comment je peux être français. Je dis alors que mon père est français et ma mère coréenne. Cela dit c’est pas la première fois que ça m’arrive ! Dans tous les pays du sud on me prend pour un « Chinois » même si dire que l’on est coréen est toujours mieux perçu ! Comme à chaque fois imaginent ils comment vivons nous chez nous ? et ce même avant la guerre ? J’ai toujours du mal quand on me demande des photos de moi à Paris car le décalage est tellement fort. C’est comme ce que disait un vieil ami sur l’un de ses voyages dans les pays de l’est dès le début de l’après mur, les gens en Lituanie avaient du mal à comprendre que l’on puisse avoir des pauvres chez nous qui meurent de froid l’hiver.
Ne pas montrer ces photos (faudrait il aussi en avoir dans le laptop !) me permet de vivre le moment présent et non celui d’avant ou celui d’après.
Ce qui manque c’est un peu d’alcool ! Si Dieu est sympa, ce serait bien que la prochaine guerre soit ailleurs qu’un pays arabe ou musulman !que l’on puisse parler aux femmes aussi. Les mecs me demandent si j’ai pas des photos pornos aussi. Ca c’est rigolo… et triste en même temps car ce sera certainement pas après la guerre qu’ils en auront plus, avec ces crétins de moralistes religieux.
La violence est forte. La haine est très forte. Comment peut on entretenir une telle haine ? une telle envie d’aller tuer ? J’ai vu des vidéos des habitants de Homs tabassés par les soldats loyalistes, j’ai jamais vu une telle violence et du sang de partout avec des hommes qui pleurent comme des enfants… et les coups qui continuent de tomber que ce soit les pieds, les mains, ou que ce soient les coups de canne qui fait jaillir le sang. Pourtant j’en ai déjà vu pas mal de ce monde de merde. Ces vidéos par leur violence si elles sont confirmées un jour par des témoignages, vu que l’on voit les visages des soldats, c’est le tribunal international. Nous Occidentaux croyons ou bien sommes nous éduqués dans cette idée du droit, qu’il est possible de juger des hommes par des hommes. Mais comment le faire avec des gens qui ne croient qu’en la justice divine. L’après sera sanglant aussi, si toutefois cet après arrive. La question de la réconciliation est importante aussi pour nous par notre culture chrétienne. Je me répète mais en Pologne ou en Tchécoslovaquie après la chute du mur, j’y découvre très jeune cette idée de réconciliation dans des pays chrétiens qui souffraient également de persécutions dans des pays communistes. Mais la comparaison s’arrête là. « Cette confiance du coeur » dont nous parlait le Frère Roger de Taizé qui aura tant marqué mes amis et moi, encore aujourd’hui.
Plus que jamais c’est bien la prière des paras qui me vient à l’esprit à chaque moment de doute : »Mon Dieu, donne moi ce que les autres ne veulent pas, donne moi la bagarre et la tourmente, je Te le demande ce soir car demain je n’en aurais plus le courage ».
Olivier
ps : désolé pour fautes d’orthographes et de grammaire mais pas le temps de relire !
Photo : DR

Neikster
« En Syrie, les journalistes sont devenus des cibles prioritaires pour l’armée gouvernementale »
Faut-il rappellé que Olivier Voisin est rentré clandestinement en Syrie et donc par conséquent sans que le régime en soit informé ?
Imaginons maintenant que le régime est été informé (des espions au service du régime il forcément y en avoir parmi les rebelles) de la présence de ce journalistes. Pensez-vous que l’armée syrienne est les moyens de faire des frappes de la précision d’un missille Hellfire sur une seule personne ? Le régime syrien n’a même pas de drone (quelque un par ci par là mais il tiennent plus du RC jet que d’un réel drone), n’utilise aucune bombe à guidage laser seulement de bête bombe largué simplement sur une cible,etc, etc…
Moi je ne pense pas. Ce que je pense par contre c’est que Olivier Voisin est mort dans l’exercice de son métier c’est à dire en couvrant une guerre. Et comme le titre d’un article précédent disponible sur votre site le dit si bien: « La guerre tue » et je rajouterais: « les obus ne font pas la
différence entre un journaliste armé de son Nikon et un pauvre rebelle armé de sa Kalachnikov » l’obus est là pour allé s’écraser là ou on lui a demandé, c’est tout.
Pour illustré mes propos je vais posté la vidéo qui montre le moment de la mort de Mohammed Hourani, ce journaliste syrien qui travaillé pour la chaine Al Jazeera. disponible sur ce lien: http://www.liveleak.com/view?i=bef_1358534980
Qu’est ce que l’on voit sur cette vidéo ? On voit un journaliste de guerre faire son boulot c’est à dire couvrir les combats et cela du côté des rebelles. On voit une première personne (un rebelle armé) passé une rue en courant sans problème. Puis vient au tour du journaliste Mohammed Hourani, il passe puis se fait touché par une pluie de balle. Pensez-vous que le tireur embusqué en face savait qu’un journaliste allait passé ? Non, le tireur embusqué à vue une premiére personne passé. Il a été surpris, a préparé son arme au cas ou une autre personne passe et là il a arrosé le pauvre gars qui suivait. Le tireur n’a même pas cherché à comprendre sur quoi il a tiré,
pour lui il fallait tiré et il l’a fait. Je parie même qu’il n’est toujours pas au courant qu’il a tué un pauvre journaliste, à moins qu’il est vue cette vidéo qui tourne sur le net et là aussi je parierai sur le fait qu’il a eu un grand sourire lorsque qu’il a remarqué qu’il a tué un journaliste.
Une autre vidéo disponible ici: http://www.liveleak.com/view?i=ec2_1358364876 vidéo qui présente un journaliste de la chaine ANNA (Abkhazie) au côté de l’armée syrienne (ou alors des milicien pro-régime, je ne sais pas) se faire tiré dessus (sur la vidéo il est juste tombé, il n’a pas été touché). Pensez-vous là aussi que le rebelle qui tire en face savait qu’il était entrain d’arrosé un groupe de journaliste qui accompagnait des forces pro-régime ?
En tout cas R.I.P pour ce journaliste qui m’avait l’air d’être un bon gars. J’ai adoré lire sa lettre, merci de l’avoir posté dans son intégralité.
Romain Mielcarek
Bonjour,
J’ai pris du temps à vous répondre car je souhaitais ne pas me précipiter.
Loin de moi l’idée de pleurer sur le sort de mes collègues. J’ai eu l’occasion de croiser certains d’entre eux. Je fréquente d’autres reporters qui se sont rendus en Syrie et ont eu la chance de revenir. Tous sont pleinement conscients des risques encourus. Tous comme les militaires n’aiment pas se voir victimiser, les journalistes qui couvrent ce genre de sujet le font en connaissance de cause.
J’insiste pourtant bien sur la précision que j’ai faite dans mon billet : les forces syriennes prennent les journalistes pour cible. Il ne s’agit pas de savoir si au moment d’ouvrir le feu, un tireur de précision ou un sniper sont conscients de tuer un journaliste. D’autant plus que dans le cas syrien, de nombreux militants insurgés tournent eux-mêmes des images. Il s’agit de savoir quel climat sécuritaire, vis-à-vis de la presse, est entretenu par le régime.
Pour mémoires, les journalistes sont protégés par le droit international. Ils bénéficient d’un statut spécifique qui assure normalement qu’on attente pas à leurs jours. Ces dernières années, la profession s’est inquiétée de voir cette protection – qui reste maigre – s’effriter en devenant la cible, notamment des insurrections djihadistes dans un certain nombre de pays.
Des journalistes tués dans ce genre de situations, dans le feu de l’action, il y en a toujours eu comme vous le soulignez. Le fait est que Damas fait tout pour nier leur sécurité. La clandestinité des reporters n’est ici pas un choix mais une obligation : le régime ne délivre qu’une poignée de visas à des journalistes bloqués dans la capitale. Il n’est même pas possible de suivre les troupes gouvernementales.
Je passerai sur la mort de Mika Yamamoto, journaliste japonaise particulièrement expérimentée, abattue presque à bout portant par ce qui semblait être des chabihas. Mais quid du bombardement qui a coûté la vie à Rémy Ochlik et Marie Colvin dans ce qui était un centre de presse plus ou moins improvisé ? Les services de renseignement militaire syriens sont suffisamment efficaces pour savoir sur quoi ils ont tiré ce jour-là.
Damas fait son possible pour dissuader les journalistes de se rendre sur le terrain. Ne soyons pas dupe, il ne s’agit pas de les protéger mais bien d’éviter d’avoir des témoins pour sortir photographies, vidéos et informations.
nicolas
Bonjour,
Il semblerait que Mika Yamamoto ai ete abattue par des rebelles au contraire.
Je ne vois pas comment vous pouvez dire que le regime veut tuer des journalistes et cacher ses crimes ??
Comment pouvez vous faire une telle affirmation ??
Plusieurs rebelles eux-meme ont denonce les crimes en masse gratuits que le FSA commet pour ensuite accuser le regime ou encore des soi-disant videos d’atrocite.
Vous etes journalistes, vous devriez moderer vos propos, et pas repeter ce que vous entendez a CNN ou Al-jezeera