Propaganda Kompanien : de la propagande à l’Histoire
La Seconde guerre mondiale fût aussi une guerre de propagande. L’information y faisait l’objet d’un véritable combat. Les plus hautes autorités du IIIème Reich surveillaient en direct la diffusion d’images par leurs compagnies de propagande. Des images qui sont utilisées encore aujourd’hui pour expliquer ce conflit … à partir du témoignage pensé et fabriqué de l’Allemagne nazie.
« Sommes-nous encore les victimes de la propagande du IIIème reich ? » C’est la question que soulève Véronique Lhorme dans un très bon documentaire baptisé sobrement Propaganda Kompanien, diffusé en avant-première à l’Ecole militaire ce jeudi. Les Propaganda Kompanien, ce sont quelques 15 000 soldats allemands, plus ou moins formés dans le civil aux métiers de l’édition, de la presse et de l’audiovisuel, utilisés par l’Allemagne nazie pour faire de l’information une arme au service de la conquête de l’Europe.
Plus de soixante ans après la Deuxième guerre mondiale, les images tournées par les cameramen de ces compagnies sont l’un des témoignages que nous continuons d’utiliser pour raconter ce conflit. Pourtant, ces films n’étaient pas réalisés pour servir la mémoire mais pour donner une certaine image d’Adolf Hitler, de ses proches et de l’avancée de l’armée allemande. Ces documents, orientés dans leur contenu, ont peut-être participé à la perception de certaines idées aujourd’hui contestées par les historiens. Ces images ont ainsi largement influé sur le sentiment de toute puissance que nous avons encore aujourd’hui de l’armée allemande de l’époque : le rapport largement enjolivé de l’avancée des troupes, communiqué à grande échelle en Allemagne et dans les pays occupés, a donné l’impression à tous que Berlin remportait beaucoup plus de victoires et beaucoup plus facilement que dans les faits.
Toutes ces images modifient la vision que l’on a de l’histoire. Si le travail des historiens a permis de remettre à plat un certain nombre de choses, le poids de la vidéo et de la photo reste considérable sur la perception commune de cette mémoire. Les Allemands ne sont pas les seuls à en avoir usé et abusé. Les Soviétiques mettaient en oeuvre les mêmes outils. Les Américains ont été parmi les premiers à théoriser et développer la communication au moment de la Deuxième guerre mondiale, une multitude de spécialistes d’une communication naissance, de psychologues et d’experts de la dialectique se mettant au service des grandes agences gouvernementales et de l’armée.
CRIMINELS DE GUERRE ?
Hitler et Goebbels étaient d’accords sur une chose : il ne fallait pas montrer les violences contre les populations civiles.
Les petites mains de la propagande allemande travaillaient sous le commandement direct de Joseph Goebbels. Le bras droit d’Hitler voyait dans l’information un moyen particulièrement efficace d’influer sur le moral de l’armée allemande, du peuple et de leurs ennemis, civils ou militaires. Il est d’ailleurs intéressant de noter déjà à l’époque l’opposition entre deux registres de ce qui est l’ancêtre de la communication opérationnelle : lorsque l’Allemagne commence à reculer, Hitler veut continuer de cacher la vérité tandis que Goebbels défend l’idée qu’une propagande trop éloignée de la réalité n’aurait aucun effet.
Les journalistes et les professionnels de l’édition ou de l’audiovisuel mobilisés par le IIIème Reich développeront techniques et canons du cinéma, de la télévision et de la presse modernes. Les travaux mis en exergue par le documentaire de Véronique Lhorme se retrouvent aujourd’hui : donner un côté humain au chef politique et militaire en le filmant, mangeant avec ses hommes, en légère plongée, est une technique récurrente de la communication dans nos sociétés.
Mais si l’information et l’image sont employés comme de véritables armes de guerre, les propagandistes étaient-ils des criminels de guerre, participant aux activités les plus sombres du Reich allemand ? Beaucoup, jeunes, semblent avoir été eux-mêmes les victimes de la propagande qu’ils alimentaient. Nourris de l’enthousiasme d’une génération ignorante de nombreuses réalités de la guerre, ils avaient l’impression de servir une cause juste. Parmi ceux qui iront au bout de leur engagement et assisteront aux pires scènes de ce conflit, depuis le ghetto de Varsovie jusqu’aux premières lignes du front russe, beaucoup craqueront ou tomberont au combat. D’autres sont convaincus par l’idéologie nazie. Simples soldats d’une grosse machine qu’ils sont, ceux qui survivront à la guerre seront réintégrés à la société : ils deviendront les dirigeants et les principaux cadres de la presse et de l’industrie du cinéma d’après guerre.
Le documentaire sera diffusé sur Planète + le 31 janvier prochain. Il sera également diffusé sur la RTBF, en Belgique. Une version DVD sera disponible à partir du mois de février 2013.
Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur les Propaganda Kompanien, l’ECPAD dispose d’archives considérables de leur travail au Fort d’Ivry. Ces documents sont consultables sur rendez-vous.
Photos : ECPAD & Deutschen Bundesarchiv
