Hugo Chavez et le « socialisme du XXIème siècle »

La mort de Hugo Chavez laisse le Venezuela dans l’incertitude. La transition politique devra s’effectuer alors que l’ancien leader socialiste laisse le pays dans une situation économique et sociale particulièrement précaire.

Une partie de la population voue un véritable culte à Hugo Chavez.

Une partie de la population voue un véritable culte à Hugo Chavez.

Le Venezuela a basculé dans une période de transition incertaine au lendemain de la mort d’Hugo Chavez, vaincu par un cancer après 14 années d’une « révolution bolivarienne » et d’innombrables réélections, que ses partisans espèrent perpétuer malgré sa disparition. Pour l’heure un deuil national de sept jours a été décrété. Et à l’instar de Lénine, le Comandante sera embaumé !

Bouleversés, des dizaines de milliers de chavistas tout de rouge vêtus « rojo, rojito » ont accompagné le cortège funèbre mercredi 6 mars dernier dans les rues de Caracas, drapés dans des drapeaux bleu, rouge et jaune, couleurs du pays, en signe de deuil.

Aujourd’hui si les autorités vénézuéliennes ont annoncé qu’une élection présidentielle serait organisée dans un délai de 30 jours comme le prévoit la Constitution. Personne ne peut dire si le scrutin aura effectivement lieu d’ici un mois ou si sa date sera fixée d’ici 30 jours.

C’est le vice-président de la République Bolivarienne, Nicolas Maduro, un ancien chauffeur de bus de 50 ans, qui serait programmé pour prendre la succession du Comandante. Et par la même assurer l’avenir de la révolution socialiste du XXIème siècle, imaginée par ce dernier. Le Comandante ne fut-il pas autant adulé par les classes populaires pour ses politiques sociales qu’honni par ses opposants l’accusant de dérive autocratique et médiatique ?

Dans cette perspective, on se souviendra volontiers de l’émission cathodique : « Allo Presidente » aussi interminable (2 heures, voire 3 heures) que fantasque, dédiée à la gloire du Comandante, puisque présentée par Hugo Chavez himself… Et de mémoire d’homme, il n’est guère que le roi Juan Carlos 1er d’Espagne qui n’ait réussi à le faire taire en lui lançant le désormais célèbre « Que te callas ! »

« Il est certain que le candidat qui va se présenter va bénéficier de l’aura de Chavez et d’un contexte émotionnel qui va jouer en sa faveur. Il aura une personnalité différente, un profil différent mais sera dans la continuité », estime Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’IRIS.

Pour mémoire, le jeune avocat Henrique Capriles Radonski s’est porté à nouveau candidat contre l’héritier du caudillo « bolivarien » après quatorze ans de pouvoir ubuesque (Henri Capriles s’était présenté le 7 octobre 2012 contre Chavez et avait obtenu 44, 9 % des suffrages).

Jacobo Machover, écrivain cubain et universitaire, avait déclaré qu’à « l’élection du 7 octobre 2012, le jeune Henrique Capriles Radonski a représenté une voie de recours, pas du tout messianique. C’est un espoir ténu, mais nécessaire à l’élaboration prochaine d’une alternance démocratique. »

Il est à craindre que c’est le conservatisme le plus rance qui se maintienne au pouvoir, ce « socialisme du XXIe siècle » qui n’est, après tout, qu’une pâle copie du castrisme dans une république non pas bananière mais pétrolière, comme aime à le dire Jacobo Machover.

Chacun sait qu’Hugo Chavez a laissé le pays en proie au marasme économique. Qu’on y songe : une inflation de près de 30 % et un marché au noir en dollar qui traite jusqu’à quatre fois le taux officiel, indique Sophie Béric, cadre chez Edmond de Rothschild.

Dans ce contexte la population est assurément démunie. Les tensions sociales et les inégalités sont palpables, sans oublier l’insécurité qui atteint des records plus qu’inquiétants.

Du reste, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime indique que le taux d’assassinats en 2010 s’élèverait à 45 pour 100 000 habitants, soit 70 fois le niveau français ! Dès lors vouloir s’arrêter à un feu rouge en plein centre de Caracas, pourrait s’apparenter à du suicide.

Mais il y a plus, les denrées de première nécessité, telle que huile, sucre, café, sont désormais absentes des étals des épiceries. Les pénuries sont les plus importantes depuis 2008, note Sophie Béric . Dans ce contexte, le socialisme du XXIème siècle se caractérise par des accords étatiques de licences de production, de distribution, d’importation des denrées les plus usuelles comme le sucre ou la farine, ajoute-t-elle.

Le Venezuela dispose pourtant des premières réserves mondiales de pétrole, devant l’Arabie-Saoudite. Mais il est également excessivement dépendant de ces revenus. Faute d’investissements dans les infrastructures, la production de la compagnie nationale PDVSA (Petroleos de Venezuela) n’a cessé de baisser depuis 2000. En 2012, elle a produit à peine 3 millions de barils jour, contre près de 6 planifiés, fait remarquer Sophie Béric.

Sur le plan international, Caracas, maintiendra-t-elle d’excellents rapports avec les pays de l’OPEP, en particulier Moscou et Téhéran ?

Le Chavisme n’a rien d’un modèle à suivre puisqu’il est exclusivement tourné vers le pétrole. Et La dépendance du Venezuela vis-à-vis de l’or noir n’a-t-il pas augmenté sous la présidence d’Hugo Chávez ?

De fait, selon l’Opep, le Venezuela est le premier pays au monde en termes de réserves pétrolières, avec les réserves en Amazonie, dans le bassin de l’Orénoque. « Le Venezuela est clairement une économie mono productrice, étouffée par le poids des rentrées de devises, qui proviennent de la vente de pétrole » Souligne Jean-Jacques Kourliandsky.

Photo : Jean Marc

A propos de l'auteur

Olivier d'Auzon est juriste, consultant auprès de la Banque africaine pour le développement, de la Banque mondiale ou encore de l'Union européenne. Il a participé à la rédaction de "L'Afrique des nouvelles convoitises" (Ellipses / 2011) et est l'auteur de plusieurs ouvrages juridiques.

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