Paris et Londres confirment l’utilisation de gaz sarin par le régime syrien

Paris et Londres confirment avoir des preuves : le régime de Damas a eu recourt à du gaz sarin. En pleine préparation de la conférence pour la paix de Genève, les Européens imposent une nouvelle pression aux Russes : ces nouveaux crimes de guerre démontrés, Bachar al-Assad doit quitter la Syrie.

Pour Paris et Londres aucuns doutes : ce sont les forces du président Bachar al-Assad qui ont fait usage de sarin. ©Voice of America/Elizabeth Arrott

Pour Paris et Londres aucuns doutes : ce sont les forces du président Bachar al-Assad qui ont fait usage de sarin. ©Voice of America/Elizabeth Arrott

«Ces analyses démontrent la présence de sarin dans les échantillons en notre possession.» C’est ce qu’annonce ce mardi un communiqué du ministère des Affaires étrangères. Un laboratoire gouvernemental a pu analyser les urines et le sang rapporté par deux journalistes du Monde qui ont été témoins d’attaques chimiques en Syrie. Laurent Fabius a confirmé que tous ces échantillons contenaient du sarin, parfois en grande quantité. Les reporters confirment que ces relevés proviennent d’une attaque menée par le régime fin avril sur la ville de Saraqeb où un hélicoptère a largué une bombe chimique.

Dans la foulée, c’est la Grande-Bretagne qui a affirmé avoir des preuves. Les Britanniques ont déclaré tôt ce mercredi détenir des preuves «physiologiques». D’après leurs propres échantillons, ils ont annoncé via un porte-parole du gouvernement que des «substances obtenues en Syrie ont révélé la présence de gaz sarin». Comme Paris, Londres désigne directement le régime de Bachar al-Assad comme responsable de l’utilisation de ces armes.

Plus tôt mardi, ce sont les Nations unies qui présentaient leurs conclusions sur le sujet. La commission indépendante, chargée d’enquêter sur ce conflit, a évoqué des «motifs raisonnables de penser que des quantités limitées de produits chimiques ont été utilisées», sans pouvoir en définir la nature et la quantité. Leurs experts devraient désormais disposer de preuves concrètes puisque le ministère des Affaires étrangères français a fait suivre ses échantillons.

Il est urgent d’attendre

L’utilisation des armes chimiques avait été présentée par les Etats-Unis comme la ligne rouge à ne pas franchir. Depuis plusieurs mois, les accumulations de forts soupçons avaient réduit l’impact de cette déclaration tant l’utilisation de gaz semblait évidente. Certains doutes concernaient de plus l’utilisation de ces armes par des rebelles, compliquant la justification d’une intervention du fait de tels crimes de guerre dès lors que les deux camps y recouraient. Début mai, l’une des représentantes de la commission onusienne en charge des armes chimiques faisait part de ces éléments. Déjà, elle évoquait des preuves concrètes détenues par les services français et américains, les Britanniques ayant même déjà pu récupérer des échantillons.

Pourquoi attendre, dès lors, pour prendre des mesures ? Les pays occidentaux restent dans la crainte d’une intervention militaire. Complexe et coûteuse, elle confronterait la force à une armée syrienne dotée de moyens conséquents. Si les forces de Bachar al-Assad ont perdu la moitié de leurs matériels et de leurs personnels selon une estimation de l’Institut international pour les études stratégiques (IISS), elles disposent toujours de capacités réelles. Le blocage diplomatique toujours maintenu par la Russie et la Chine ne simplifie pas non plus la situation. D’autant plus que l’Iran continue d’assurer son aide dans l’ombre de la Syrie.

Les Occidentaux espèrent pouvoir privilégier une solution diplomatique. Beaucoup d’espoirs reposent sur la prochaine conférence de Genève, prévue initialement pour ce mois-ci. Ce mercredi, Américains, Russes et représentants des Nations unies doivent discuter des modalités de cette rencontre. Les déclarations franco-britanniques devraient imposer une pression à Moscou en apportant les preuves longtemps exigées d’attaques chimiques par le régime de Bachar al-Assad. Laurent Fabius, interviewé par France 2 ce mardi, a annoncé que toutes les hypothèses étaient sur la table et que nous restions dans le temps de la négociation.

L’hypothèse de l’intervention reste pourtant envisagée. C’est en tous les cas ce qu’a voulu laisser entendre le ministre des Affaires étrangères. Plusieurs journalistes ont laissé entendre ces derniers mois que les militaires français étudiaient les modalités et les opportunités d’une telle opération. Les équipes chargées de la planification étudient en effet en permanence et en temps réel les terrains qui pourraient faire l’objet de déploiements : cela a été le cas pour le Mali pendant de longs mois avant le lancement de l’opération Serval.

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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