Syrie: l’Europe lève l’embargo sur les armes destinées aux rebelles, mais ne livrera rien avant l’été

Les ministres des Affaires étrangères européens sont parvenus lundi à se mettre d’accord pour lever l’embargo sur les armes destinées aux rebelles syriens. Une décision de principe, victoire diplomatique pour la France, qui devra encore attendre l’été pour voir mises en oeuvres des mesures concrètes.

Une priorité pour l'Iran : empêcher les insurgés syriens d'obtenir des armes.

Les rebelles syriens vont devoir attendre l’été pour espérer recevoir des armes en provenance de l’Union européenne. ©Freedom House

Après quatorze heures de pourparlers, les négociations ont finalement pris fin lundi soir. Les Etats de l’Union européenne n’ont pas réussi à se mettre d’accord. L’embargo sur les livraisons d’armement des troupes rebelles en Syrie prend fin mais les sanctions contre le régime de Bachar el-Assad sont préservées.

Les divisions étaient profondes, d’un côté le clan des « pour l’armement » dominé par la Grande-Bretagne et la France, de l’autre  les contres, dominés par les pays scandinaves et l’Autriche. Il faut dire que le manque de cohésion au sein de la rébellion syrienne et le développement des mouvances djihadistes ont de quoi faire peur… mais que dire des 94 000 morts que compte déjà le conflit selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) ?

Faute d’accord, c’est un geste symbolique envers la rébellion qu’envoie l’Europe et une victoire pour la France et la Grande-Bretagne en pointe sur le dossier. Dorénavant, le matériel et les armes envoyés à la coalition syrienne et les forces révolutionnaires auront pour but essentiel de protéger la population civile (du moins dans les faits).

A partir de samedi à minuit, les Etats membres pourront envoyer des armes aux rebelles s’ils le souhaitent, même s’il faudra certainement attendre plus longtemps.  En effet, les ministres des Affaires étrangères ont prévu de ne pas livrer d’armes d’ici le 1er août date à laquelle, date à laquelle les positions de chacun seront réexaminées.

Genève 2,  une dernière conférence avec un non retour ?

La levée théorique de l’embargo est aussi un moyen de faire pression sur le gouvernement syrien et le clan el-Assad face à son refus de négocier une sortie de crise. A l’heure où le journal le Monde annonce avoir les preuves de l’utilisation par le régime d’armes chimiques, que la caisse de résonance libanaise se dirige tout droit vers une extension de la guerre syrienne sur ses propres frontières, la situation presse.

La région est de plus en plus sensible, le clivage communautaire s’accentue au Liban et le Hezbollah semble s’en délecter d’avance comme le démontrent les propos du chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, lors du discours pour le 13ème anniversaire du retrait israélien au Liban :

« Je dis aux gens honorables, aux moujahidines, aux héros: comme je vous ai toujours promis la victoire, je vous en promets une nouvelle… »

« Le Hezbollah ne peut pas être sur le même front que les Etats-Unis, Israël, les takfirine (sunnites extrémistes) qui pratiquent l’éviscération, décapitent et profanent les tombes… »

La réunion « Genève 2 » prévue  d’ici le mois de juin s’annonce déjà essentielle. Née sous l’impulsion de la diplomatie américaine et de la diplomatie russe, cette conférence pour la paix verra probablement la venue du gouvernement de Damas qui a donné un accord de principe. En parallèle, l’opposition syrienne divisée sur le dossier n’a pas encore communiqué sa réponse et le gouvernement russe souhaite la venue d’acteurs clés comme l’Iran ce que les occidentaux refusent.

A propos de l'auteur

Charles Rassaert est journaliste indépendant et photographe. Grand voyageur, il s'intéresse à différents enjeux géopolitiques. Il termine actuellement une thèse sur l'émergence du Brésil et l'utilisation politique de l'éthanol comme atout diplomatique au Centre d'étude de l'Atlantique sud et du Brésil (Paris IV).

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