Hervé Morin et Bernard Kouchner hésitent sur l’utilité de renforts en Afghanistan

Les ministres ont évoqué l’envoi de renforts en Afghanistan aujourd’hui devant l’Assemblée Nationale. En réponse à la demande d’aide supplémentaire du Président américain, députés et gouvernement ont débattu sur la question sans ouvrir de vote. Si le ministre des Affaires étrangères n’est pas convaincu, celui de la Défense a évoqué des pistes d’effort à fournir. Aucune décision ne sera prise avant la réunion de Londres en janvier 2010.

« Différentes options sont sur la table. » C’est ce qu’à déclaré aujourd’hui Hervé Morin, le ministre de la Défense au cours de la discussion avec les parlementaires sur l’Afghanistan. La France pourrait donc bien envoyer des renforts en Afghanistan et augmenter ses effectifs sur place. Il ne s’agirait dans tous les cas pas de combattants supplémentaires mais de troupes de soutien.

Ce soutien pourrait prendre plusieurs formes : des unités du génie pour des missions de déminage, du personnel de santé ou de nouvelles OMLT ou POMLT (formateurs pour l’armée et la police afghanes). D’autres, députés et journalistes ont déjà évoqué l’envoi de Forces Spéciales. Aucune décision ne sera prise avant le 28 janvier et la conférence sur l’Afghanistan à Londres.

Bernard Kouchner s’est montré plutôt sceptique sur le sujet. Pour lui, il ne faut pas stratégie de la France en Afghanistan. Envoyer des soldats supplémentaires ne serait pas efficace. Il suggère au contraire de continuer dans la même direction et de focaliser l’effort français sur des actions diplomatiques pour « régionaliser, afghaniser puis réconcilier ». Pour le ministre, l’envoi de renforts dépend d’une éventuelle redéfinition des objectifs militaires. M. Kouchner avait cependant évoqué il y a quelques jours d’envoyer des équipes civiles pour aider à la reconstruction.

Tous, députés comme ministres s’accordent quand à la situation critique du conflit. Les désaccords apparaissent malgré tout dans la manière de l’aborder et d’y contribuer. L’opposition dénonce un double discours du gouvernement vis à vis des clandestins afghans expulsés du pays. Pour eux, le soutien à ce peuple ne peut pas se limiter à l’envoi de soldats.

Hervé Morin a manifesté une certaine distance à l’égard de la stratégie américaine. Il appelle notamment à plus d’unité de la part de l’Union Européenne et espère que les décisions pourront être prises de concert entre les différents alliés du continent. Ce serait un moyen pour le ministre de ne pas dépendre des décisions et des réclamations de Washington.

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

Nombre d'entrées : 942

Laisser un commentaire

© 2009-2013 Romain Mielcarek

Retour en haut de la page