« Face au traumatisme de guerre de mon mari, je n’ai rien le droit de dire … »

A son retour d’Afghanistan, l’époux de Nina Chapelle n’était plus le même. Comme beaucoup de militaires, il a été marqué par la guerre à laquelle il a participé. Pour sa femme, affronter l’inconnu de ce traumatisme est une vraie épreuve. Témoignage.

Une question que se posent souvent les familles : "Que s'est-il passé là-bas ?" ©ECPAD

Une question que se posent souvent les familles : « Que s’est-il passé là-bas ? » ©ECPAD

Qu’a-t-il bien pu se passer en Afghanistan ? Lorsque je parviens à parler un peu avec mon mari, je tente de lui poser des questions. Chaque fois, la réponse est la même : « Je ne peux rien te dire ». Cette phrase sonne pour moi comme la reconnaissance de la loyauté sans faille qu’il voue à ce corps d’armée dans lequel il est entré à vingt et un ans.

S’il est parti en mission, c’est certes en raison de son attachement à l’armée et parce qu’il voulait vivre de nouvelles expériences, mais aussi, je le sais bien, pour améliorer nos fins de mois.

Un samedi matin, alors qu’il est encore endormi, je reçois un appel de l’un de ses frères d’armes. Pour la première fois, j’entends parler du traumatisme postguerre. Le mot trauma m’évoque un choc psychologique, un ressenti violent. Enfin les pièces du puzzle commencent à se mettre en place, et le lien avec l’expérience de guerre devient une évidence plusieurs mois après son retour.

En quelques minutes, la situation s’éclaire d’un jour nouveau. L’Afghanistan est loin, mais là-bas, c’est la guerre. Nos soldats engagés partent sur des zones de combat et, comme les autres, mon mari s’y est trouvé exposé à la mort et aux blessures. Je n’ai pas été préparée à cela. C’est en parlant avec cet ami que je découvre toute la violence des blessures invisibles.

Chaque nuit, mon époux se réveille en sueur ; il allume toutes les lumières puis se recouche en grelottant. Et moi, je m’enferme de plus en plus dans son silence. Je ne vis pas. Je ne parle pas. Je ne dors pas. Mon existence est désormais entre parenthèses et je ne sais pas si le mot « vie » a encore un sens.

La semaine suivante, il se rend à plusieurs reprises à l’hôpital pour consulter ; à son retour, il semble fort silencieux.

Malgré mon angoisse, je me sens rassurée de le savoir suivi dans un hôpital militaire et je me raccroche à la certitude qu’il n’a reçu aucune blessure corporelle. Il est pris en charge. Je pense que ce sera long et je m’y prépare.

Lorsque des amis passent nous voir, je ne laisse rien paraître. J’éprouverais de la honte à parler de ce qui vient de pénétrer chez nous. Et les mots pour exprimer ce que  je ressens n’existent pas encore dans mon vocabulaire. J’apprends à faire comme si tout allait bien, ayant découvert que je peux sourire et ne rien dire. Dorénavant, j’apporte une réponse de façade lorsqu’on me demande comment je vais… Qui pourrait comprendre ce qui nous arrive ? Comment en parler autour de nous ? Je ne suis pas prête, je n’ai pas grandi avec l’idée qu’un jour, je me trouverais dans une telle situation. Je suis seule malgré tous les amis qui nous entourent.

enfer du retour chapelleExtrait de : L’enfer du retour, témoignages et vérités sur le syndrome post-guerre
Nina Chapelle
Editions Jean-Claude Gawsewitch
Mars 2013
234 pages
19,90 euros

Avec la participation du général Elrick Irastorza (ancien CEMAT), de Patrick Clervoy (psychiatre aux armées), d’Axel Augé (sociologue) et de Jasna Stark (avocate).
Les bénéfices de cet ouvrage seront versés à l’association Terre & Paix.

A propos de l'auteur

Nina Chapelle est la femme d'un officier français. Elle écrit ici sous pseudonyme. Elle est l'auteure de "L'enfer du retour" (Editions Jean-Claude Gawsewitch / 2013) où elle témoigne du traumatisme psychologique de son époux après une mission en Afghanistan.

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Commentaires (1)

  • Guzel

    Bonjour,

    J’aimerai me procurer ce livre…mais je vis en Chine.
    Je suis dans la meme situation que l’auteur Nina Chapelle et je me sens desemparee. Mon compagnon est turc, et n’est meme pas militaire professionnel : il a ete envoye en Afghanistan 11 mois, dans le cadre de son service militaire obligatoire, a l’age de 23 ans!!!! Nous vivons en Chine, donc aucune possibiliter d’etre suivi pour lui. Je suis inquiete. Cela fait un peu plus de 2 ans qu’il est revenu, mais il n’arrive toujours pas a reprendre sa vie en main. J’aimerai pouvoir en parler avec l’auteur du livre…et me le procurer.
    Merci
    Guzel

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