Embargo européen sur la Syrie : oui aux radios, non aux armes
L’embargo de l’Union européenne sur les livraisons d’armes vers la Syrie devrait évoluer à la fin du mois. Pas d’équipements offensifs mais des moyens de se défendre et surtout, de communiquer. Une solution qui laisse les Etats membres de l’UE partagés.
Lundi, les pays membres de l’Union européenne devait se prononcer sur la reconduction de l’embargo sur les armes vers la Syrie. L’enjeu de cette discussion entre les ministres des Affaires étrangères était de savoir s’il fallait, ou pas, livrer des armes aux rebelles. Le paquet de sanctions actuel arrivant à terme, il s’agissait de savoir ce qui viendra ensuite, à partir du 28 février.
Ce dialogue a conclut à un assouplissement de l’embargo. Du matériel pourra être livré à la rébellion … mais pas d’armes. Les 27 ont accepté l’envoi de matériel non offensif et d’une assistance pour la protection des civils. Des gilets pare-balles, des casques ou encore des moyens de communication cryptés, évoque Le Figaro dont une source estime que ces équipements peuvent « faire la différence dans un conflit« . Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères français, avait évoqué ce projet dès le mois de juin dernier.
Le Qatar, largement favorable à l’envoi de matériel militaire, a d’ores et déjà exprimé son désappointement. L’Etat du Golfe réclame un « soutien total à l’opposition », dénonçant une « décision erronée » de la part de l’Union européenne. Au sein même de l’UE, plusieurs membres continuent de pousser à une position plus concrète. En tête des partisans de livraisons d’armes, la Grande-Bretagne et l’Italie, mais aussi, depuis plus récemment, la France qui envisage cette hypothèse de plus en plus sérieusement.
La peur des djihadistes
L’Europe du nord se montre fermement opposée à l’idée d’envoyer des armes à la rébellion. L’Allemagne, les pays scandinaves, la Belgique ou le Luxembourg défendent cette ligne. Le ministre des Affaires étrangères luxembourgeois, Jean Asselborn, remarquait ainsi qu’il n’y « a pas de pénurie d’armes en Syrie ». Le Belge Didier Reynders pousse jusqu’à estimer que « le but n’est pas de combattre des djihadistes au Mali pour fournir des armes aux djihadistes en Syrie ».
Sur ce point, Moscou rejoint Luxembourg. Le vice-ministre aux Affaires étrangères Guennadi Gatilov s’inquiétait ce mardi de voir que « les livraisons d’armes à l’opposition syrienne se poursuivent et augmentent ». Les insurgés continuent de réclamer des armes, malgré les entrées qui semblent transiter tantôt par le Qatar, l’Arabie Saoudite ou le Koweït, tantôt par la Turquie ou le Liban. Le suivi de ces dernières reste complexe : officiellement, les Etats assurent ne pas livrer d’armes aux rebelles. Tout relève actuellement de la contrebande la plus opaque.
Pour les Occidentaux, le mot d’ordre reste la méfiance vis-à-vis des mouvements djihadistes qui ont émergé de manière progressive au sein de la rébellion syrienne. Pour les Américains comme pour les Européens, la peur de voir ces derniers arriver au pouvoir et faire émerger un nouveau sanctuaire terroriste reste préoccupante. D’autant plus si tout un tas d’armes se retrouve en libre circulation, certaines pouvant causer des dégâts particulièrement importants sur des structures civiles ou militaires si elles tombaient entre de mauvaises mains.
Illustration : Carlos Latuff
