Accueil » Formation et recrutement, France

Engagez vous qu’ils disaient !

Ecrit par Romain Mielcarek le 6 avr 2010 à 16:00 Aucun commentaire

L’Adjudant-chef Emmanuel Laurensou est recruteur-orientateur au CIRFA (Centre d’Information et de Recrutement des Armées) depuis un an. Appelé en 1992, engagé dans la foulé, il sert au 3ème régiment d’Infanterie de Nîmes puis au 54ème régiment de Transmission à Roberhoffen. Il est amené à former les jeunes soldats, c’est là qu’il prend au goût au contact avec la jeunesse.

L'Adjudant-chef Laurensou dans son bureau.

Romain Mielcarek – Pouvez-vous expliquer en quoi consiste votre spécialité ?

Adjudant-chef Emmanuel Laurensou – Nous sommes là pour conseiller en même temps que nous recrutons. Les questions de conseil et d’orientation sont vraiment importantes dans notre métier. C’est ce qui justifie une présence humaine à ce poste de conseiller en recrutement plutôt que des candidatures via internet et une observation des dossiers. Il y a un vrai dialogue.

Au sein de armées, nous avons besoin d’avoir en permanence un flot de jeunes pour accomplir notre travail. C’est là qu’intervient la direction des ressources humaines, en charge du recrutement. Elle se divise en plusieurs parties. Le conseil, c’est ce que nous faisons ici au CIRFA et qui est souvent un premier contact. Nous faisons la présentation initiale et nous informons. Nous nous rendons également sur des forums et nous avons des partenariats avec l’Education nationale.

La deuxième étape est celle de la sélection : une fois que candidat est renseigné, il part dans une structure de sélection. On ne va pas recruter comme une entreprise uniquement en fonction du niveau scolaire et du CV mais aussi en fonction de critères propres aux forces armées (visites médicales, aptitudes sportives etc.). On va parler aussi de la personnalité car les militaires ont besoin de vivre en collectivité et tout le monde n’a pas forcément le caractère qui se prête cette manière de vivre ou à la gestion d’une certaine forme de stress. Enfin, il y a un entretien de motivation.

Romain Mielcarek – Lorsque l’on vient vous voir, on sait déjà ce que l’on veut faire ?

ACH Laurensou - Le conseiller en recrutement est là pour présenter l’armée. On est là pour expliquer le rôle des militaires à des gens qui parfois, n’ont aucune idée de ce pourquoi ils viennent se présenter. Deux choses peuvent les amener chez nous :

Pour avoir des renseignements. Ceux-là n’ont pas forcément la culture militaire qui permet de savoir ce que l’on veut faire. A part regarder les informations à la télévision et savoir que la France a des forces armées engagées à l’étranger ils ne savent pas grand chose de cette institution. J’ai un devoir d’information envers eux. Pour leur expliquer comment ça fonctionne et ce que l’on est amenés à faire, car il n’y a pas que les interventions extérieures, il y en a aussi à l’intérieur (vigipirate, pollution maritime, ORSEC …) Dans le cadre des grands plans nationaux l’armée à aussi un rôle à jouer. Quand il y a grève des éboueurs à Marseille et que l’amoncellement des détritus constitue une menace sanitaire, on envoie les militaires pour nettoyer. En théorie ce n’est pas le travail du militaire de ramasser les ordures, mais de fait il peut être amené à le faire.

C’est une force d’utilité publique en plus d’être une force de défense du territoire. Tout ça doit être présenté au candidat de façon à ce qu’il soit mieux informé sur ce que fait l’armée de terre. C’est un seul et même métier mais il y a 400 spécialités, on ne peut pas tout présenter en une heure d’entretien. Alors on le fait sous forme de micros expériences sur les formations les plus redondantes parmi ce qui nous est demandé en essayant de varier d’opérateur en radiologie pour les hôpitaux militaires à maître chien en passant par acheteur négociant des contrats avec l’armée).

Nous avons ensuite des gens qui viennent avec un petit projet professionnel. Ils sont au fait de ce qu’on fait dans l’armée. Ils ont des connaissances ou des membres de leurs familles qui sont déjà militaires. Ils peuvent aussi être réservistes ce qui leur permet d’avoir déjà un petit vernis militaire et de savoir ce qu’ils voudraient faire en terme de spécialité, d’avoir déjà quelques prétentions. Pour ceux là on va pouvoir justifier d’une certaine orientation en fonction de leur formation initiale. Quelqu’un qui veut être maître chien et qui a un BEP élevage canin a déjà des pré-requis dans ce monde, peut nous intéresser et s’épanouir au sein de notre institution.

Romain Mielcarek – Comment se déroule le regroupement entre les différentes armées au sein d’un même centre de recrutement ? N’y a-t-il pas une forme de concurrence ?

Pas du tout. Les jeunes n’attendent pas la même chose d’un engagement dans l’armée de terre, dans la marine ou dans l’armée de l’air. On les invite à prendre des informations sur les trois et à faire leur choix ensuite. Il est possible d’engager au même moment des candidatures auprès des trois armées.

Romain Mielcarek – Quel est le profil de candidat idéal pour un recruteur ?

Administrativement on accepte les dossiers de candidature de gens qui ont entre 17,5 ans et moins de 29 ans, voir 30 ans pour les profils officiers. La cible c’est toute la population des moins de 30 ans. On est le premier partenaire emploi des jeunes.

Romain Mielcarek – Faites-vous du recrutement virtuel ?

ACH Laurensou - Le matériel n’est pas à Strasbourg. Nous nous déplaçons à Nancy. Ici, il n’y a que moi qui l’ait fait pour l’instant. Il s’agit d’animer des dialogues sur MSN soit par discussion soit sous forme de vidéo-conférence. Les gens s’inscrivent sur forum via msn puis sont mis en relation avec un interlocuteur.

Il s’agit surtout de donner une première information. Nous les dirigeons ensuite vers les centres de conseil en recrutement. C’est un premier contact avec des gens qui n’ont pas encore fait la démarche de franchir les portes pour aller se renseigner à la source. C’est un support qui est assez prisé chez les jeunes.

Romain Mielcarek – De plus en plus d’engagés quittent l’armée en cours de carrière et de plus en plus tôt : quelle responsabilité pour le recrutement?

ACH Laurensou – En termes de recrutement, nous sommes responsables à toutes les étapes. Si quelqu’un n’arrive pas à s’épanouir au sein de l’institution, la faute incombe en partie à l’embauche qui n’a pas trouvé les bonnes réponses aux aspirations de la recrue. Souvent, on essaie de mettre « the right personn to the right place » de manière à ce que chacun puisse trouver sa place.

Après il y a plusieurs paramètres qui rentrent en compte. Peut-être qu’il y a des désillusions au niveau du travail, qui ne correspond pas forcément aux attentes de certaines recrues. Par exemple, un travail de sécurité civile va être épanouissant, enrichissant, valorisant mais il n’y a pas des tremblements de terre tous les jours. Pendant les périodes d’attente au cours desquelles on va va s’entraîner, on peut trouver le temps long par rapport à ce pourquoi on s’est engagé. Mais je ne pense pas que faute incombe à un acteur un particulier. Chacun joue son rôle.

Il y a aussi chez les jeunes un effet effet un peu « zapping » : s’ils n’obtiennent pas immédiatement ce qu’ils veulent, ils vont voir ailleurs. Mais il ne faut pas généraliser cela. Les parcours de vie se transforment aussi de plus en plus : les couples se font et se défont, on change souvent de carrière, de métier ou de zone de résidence.

Romain Mielcarek – Quelles sont les spécialités qui manquent de postulants ou celles qui en ont trop ?

ACH Laurensou – Certaines sont victimes de leur image. On connait tous les métiers de fantassin ou conducteur de char grâce aux films. Il y a des spécialités plus techniques comme la radiologie par exemple, auxquelles on ne pense pas forcément tout de suite en rapport avec l’armée. Il y en a d’autres : expert comptable, acheteur… Des postes plus pointus qui nécessitent de la part du conseiller en recrutement de bien les décrire pour que le candidat susceptible d’être intéressé ne rate pas ces opportunités.

Propos recueillis par Marie Slavicek et Romain Mielcarek dans le cadre d’une interview pour le magazine Viva Cités à Strasbourg.

Photo : Marie Slavicek

Laissez un commentaire

Ajoutez un commentaire ci-dessous, ou bien un trackback depuis votre propre site. Vous pouvez aussi vous abonnez à ces réponses via RSS.

Vous pouvez utiliser ces codes:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>