Et si le légionnaire n’était pas responsable de l’incendie de Carpiagne ?
Une hypothèse pourtant évidente que La Provence laisse évoquer à l’Adjudant Philippe Fontaine, légionnaire de 43 ans. Directement soupçonné d’être responsable de la séance de tir à balles traçantes qui aurait été à l’origine de l’incendie du 22 juillet, il subit les foudres des politiques de tout bord et a été aussitôt mis à pied. Le quotidien local lui accorde un droit de réponse : et si les tirs n’avaient pas été à l’origine de l’incendie ?
Dans cette affaire, la présomption d’innocence a été rapidement oubliée. Les causes du drame semblaient en effet évidentes. Un groupe de Légionnaire qui s’entraînait au tir à proximité du camp de Carpiagne aurait déclenché un incendie suite à l’usage de balles traçantes. Les militaires n’ont pas cherché à négliger leur responsabilités et ont fait tout leur possible pour ralentir les flammes qui ont malgré tout détruit 1 300 hectares de végétation ainsi que plusieurs habitations de la ville de Marseille.
Le sous-officier a accepté de répondre à quelques questions de La Provence. Dans cette interview, il se déclare prêt à assumer la responsabilité de ses actes. Il souligne cependant qu’avec le recul, des détails balistiques laissent penser que les tirs des légionnaires ne peuvent pas être la source de l’incendie. Il souligne que les départs de feux originaires de derrière la butte de tir ne peuvent pas avoir été provoqués par les munitions inflammables qui auraient du être projetées beaucoup plus loin. Il remarque également que 5 départs de feux ont éclaté simultanément.
La justice devra statuer grâce à l’avis d’experts sur l’origine des feux et sur les responsabilités humaines qui peuvent être imputées aux soldats. Ce témoignage repose cependant la question de la violence verbale avec laquelle les politiques de la région ont fustigé ce militaire aux états de service impressionnants. Pour mémoire, Michel Sappin, le Préfet de la Région, avait dénoncé avec colère « l’imbécillité du geste » en même temps que le Sénateur et Maire de Marseille Jean-Claude Godin avait évoqué une « stupidité incroyable ». L’Adjudant Philippe Fontaine reste cependant responsable d’avoir laissé ses hommes tirer avec des munitions traçantes dans une situation où cela était interdit.
Cet incident a été un coup dur pour la Légion qui accumule ces derniers mois plusieurs événements regrettables, notamment des affaires de brimades au cours d’entraînements. Le Général de Brigade Alain Bouquin avait rédigé quelques jours après l’incendie un texte qui s’adressait aux « amis et anciens de la Légion » et dans lequel il appelait à ne pas entrer dans la polémique. La Légion Etrangère, selon lui, doit assumer ses erreurs et faire son possible pour les réparer.
Pour réparer, les Légionnaires ont accompagnés l’ONF (Office National des Forêts) pour nettoyer les terrains ravagés avant l’automne et avant l’arrivée des pluies. Après une courte formation, ils ont coupé les arbres morts et évacué les déchets pour que l’humidité ne transforme pas toute la région en un gigantesque marécage. Le Général Pichot de Champfleury avait alors remarqué que si ce n’était pas le travail des militaires de protéger les forêts, l’ONF pouvait certainement combler ses besoins en main d’œuvre en recourant aux anciens à la recherche d’une reconversion.