La France s’accroche à l’exportation d’armement

La France fait partie des producteurs et exportateurs historiques d’armement dans le monde. Alors que le Parlement vient de publier un rapport concernant ce secteur, force est de constater que si elle reste le quatrième vendeur d’armes sur la planète, cette place devient difficile à préserver. Les matériels français s’adressent en général à des marchés sur lesquels la concurrence est féroce.

Le Tigre fait partie des équipements les plus sophistiqués de l'Armée française. Avec l'accord des autres partenaires européens, la France pourrait l'exporter.

L’industrie de l’armement est un secteur stratégique pour la France. C’est d’abord une manne économique grâce aux 6,58 milliards d’euros de ventes en 2008 et donc autant de capitaux qui permettent à de nombreuses entreprises et PME de faire vivre des régions entières. Mais c’est aussi le seul moyen qu’a la France d’amortir les coûts de développement de ses matériels. Pour continuer d’inventer, de produire et d’utiliser ses propres équipements, la France doit parvenir à exporter le plus possible afin de partager les coûts fixes avec des pays partenaires.

Actuellement, la France détient 7,2% de parts de marché derrière les Etats-Unis avec 49%, la Grande Bretagne avec 15% et la Russie avec 8%. L’industrie russe de l’armement traverse une période difficile, le Ministère de la Défense considérant de plus en plus souvent des produits étrangers, actuellement des drones de reconnaissance et des porte-hélicoptères, au plus grand désarroi des syndicats qui ont réclamé plus de soutien de la part de l’Etat pour les équipements nationaux.

Pour la France le principal danger vient d’Israël. Cinquième exportateur dans le monde avec 6% de part de marchés, ce pays se rapproche de plus en plus de son prédécesseur et bénéficie pleinement d’une industrie de l’armement en pleine explosion. Israël a développé des systèmes modernes particulièrement compétitifs et attractifs pour les autres pays. Les systèmes de protection de chars tels que le « Trophy », ensemble de contre-mesures qui doit équiper les chars de Tsahal et pour lequel l’US Army a manifesté son intérêt en font partie. Directement inspirés des conflits dans lesquels Israël a été impliqué, plusieurs systèmes de protection anti-missiles (Hetz) ou anti-roquettes (Iron Dome) connaissent également des résultats satisfaisants.

Israël réussit à se développer grâce à de fortes innovations dans les secteurs de la protection de l’homme et du matériel ainsi que dans l’électronique de pointe avec des radars très efficaces. Ce pays arrive ainsi à se placer sur des marchés moins concurrentiels tout en étant indispensables au bon fonctionnement des armées modernes. A l’opposé, la France continue de travailler sur des secteurs particulièrement durs en terme de concurrence comme l’aéronautique. 57% des ventes françaises sont affiliées à ce secteur et affrontent directement de nombreux appareils tels que les F-16 et F/A-18 américains, le Grippen suédois ou l’Eurofighter.

Les Caesars, les VBCI et bien d'autres matériels commencent à arriver dans nos armées. Ils pourraient également être exportés.

Les ventes françaises se partagent entre ces 57% d’équipements air/espace, 22% d’équipements terrestres et 20,6% d’équipements maritimes. Au cours des dernières années, les principaux clients ont été l’Arabie Saoudite (3633 millions d’euros en 4 ans) et les Emirats Arabes Unis (2169 millions d’euros en 4 ans) auxquels se sont ajoutés en 2008 le Brésil (1404 millions d’euros en 2008), le Maroc (874 millions d’euros en 2008 ) et le Royaume-Uni (719millions d’euros en 2008).

Le Parlement souligne dans son rapport le fort potentiel de l’industrie française avec la nouvelle génération de matériels qui arrivent. Les canons Caesar, les Véhicules Blindé de Combat d’Infanterie (VBCI), les hélicoptères Tigres et NH-90, les missiles Aster ou les sous-marins Scorpene pourraient s’imposer sur le marché. Les dépenses en armements sont plus élevés que jamais du fait des conflits importants dans lesquels les armées modernes sont impliqués mais aussi à cause des coûts élevés des matériels de plus en plus sophistiqués qui sont utilisés. Les derniers équipements de l’Armée française étant à la pointe de la modernité, ils ont une bonne place à défendre au cours des prochaines années.

Photos : Romain Mielcarek

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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