La marine japonaise va arrêter de ravitailler la coalition en Afghanistan

Toshimi Kitazawa, ministre de la Défense japonais, a annoncé que son pays allait mettre fin à la mission de ravitaillement dans l’océan Indien en janvier. La force navale d’autodéfense japonaise fournit de l’eau et du pétrole aux troupes de la coalition qui opèrent en Afghanistan. Cette déclaration survient dans un contexte stratégique en pleine transformation entre le Japon et les Etats-Unis.

Un destroyer de classe Murasame. Un navire de ce type escorte le ravitailleur déployé par le Japon.

L’impact sur la logistique des troupes de l’ISAF sera minime. Les Japonais n’ont sur place qu’un destroyer et un navire ravitailleur, participation somme toute assez modeste à ces opérations. L’opinion publique s’oppose à cette aide qui est perçue comme un soutien direct à une guerre américaine. Le nouveau Premier Ministre, Yukio Hatoyama, élu à la fin du mois d’août, avait annoncé son souhait de revoir les relations stratégiques du Japon avec les Etats-Unis.

Tokyo apporte un soutien conséquent en Afghanistan où il distribue près de deux milliards de dollars. L’archipel souhaite participer avec des opérations civilo-militaires parfaitement contrôlées et avec un important effort humanitaire. Il n’est pas question pour les Japonais de se retrouver impliqués dans des combats ou dans des opérations de sécurité pure. Le gouvernement en place a offert d’organiser des plans de formation professionnelle pour les insurgés qui accepteraient de rendre les armes.

La collaboration militaire avec Washington est de plus en plus nuancée. Le territoire japonais accueille 47000 soldats américains projetables dans tout l’ouest de l’Asie dans le cadre d’un partenariat de sécurité avec le Japon. Les rapports entre la population et ces troupes restent tendues et les civils sont de moins en moins tolérants à l’égard des incidents voir des crimes commis par des militaires étrangers.

Face à l’augmentation de cette grogne populaire, la nouvelle administration souhaite remettre l’ensemble des partenariats sur la table. La mission de ravitaillement dans l’océan Indien en est un exemple : alors qu’elle arrive à son terme, elle est totalement remise en cause et va finalement être totalement abandonnée. En parallèle, l’ensemble de la présence américaine est discutée sur le territoire japonais. Le déménagement de la base de marines de Futenma est mal accueillie par les habitants de la rive du nord d’Okinawa où elle doit être déplacée.

Cette annonce et le retour de ces sujets dans les médias japonais anticipent la visite de Robert Gates, le ministre de la Défense américain, la semaine prochaine. Barack Obama devrait également passer au Japon au cours d’une tournée en Asie début novembre. Tokyo prend son indépendance vis à vis de son allié et cherche à affirmer sa légitimité sur les questions de sécurité et de défense face à ses voisins asiatiques.

Photo : Force navale d’autodefense du Japon

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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