Les nanotechnologies au service de la défense du futur

Huit ministères dont celui de la Défense ont lancé une grande étude sous la forme d’un débat public sur les nanotechnologies. A partir de jeudi soir à Strasbourg et chaque semaine jusqu’au 23 février à Paris, des spécialistes de différents domaines vont échanger dans plusieurs villes de France et rencontrer le public. L’objectif est de mieux comprendre les intérêts et les risques que représente cette science du futur.

Les nanotechnologies sont des usages de matériaux à l’échelle du nanomètre. A cette taille, certaines matières offrent de nouvelles propriétés. Dans le secteur de la défense, de nombreux usages se révèlent intéressants. Quelques pays comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou la France poursuivent activement des recherches dans ce domaine depuis le début des années 2000 et commencent à proposer quelques applications. Les nanotechnologies interviennent déjà dans les composants électroniques de plusieurs systèmes de communication mais également dans la pneumatique ou dans le revêtement de certaines pièces aéronautiques. L’équipement pour fantassin FELIN commence à intégrer ce type de technologies.

Les opportunités et les priorités de la recherche en nanotechnologies pour améliorer le combattant.

Dans un futur plus ou moins lointain, les intervenants du débat ne sachant pas le fixer précisément, des applications particulièrement intéressantes pour une armée moderne pourraient voir le jour. Dans une étude publiée en 2004, le ministère de la Défense fixe six axes de développement à privilégier : la détection de la menace extérieure, la neutralisation de la menace, la dissimulation du soldat, l’amélioration des performances humaines, le traitement médical automatisé et la réduction des équipements logistiques.

Certains matériaux permettraient de mieux détecter les substances chimiques, biologiques ou radioactives. Ces performances pourraient donner une nouvelle dimension à la défense contre le risque NRBC (Nucléaire, Radioactif, Biologique, Chimique) en optimisant son identification. Les Etats-Unis s’intéressent particulièrement à ce domaine dans l’hypothèse de combattre le bio-terrorisme.

De nouveaux dispositifs de neutralisation de dangers sont envisagés. La protection contre les attaques lasers, la détection d’explosifs, la sécurisation des armements en font partie. Des systèmes cumulant nanotechnologies et ondes électromagnétiques pourraient apporter de nouvelles solutions pour désamorcer des IED (engins explosifs improvisés), menace de premier rang pour les combattants opérant dans des pays comme l’Afghanistan, l’Irak ou le Pakistan.

Le même type de projets offre une ouverture sur une nouvelle génération de camouflages. Elle se compose d’un volet dédié aux appareils avec la possibilité de rendre invisibles aux radars des véhicules terrestres ou volants. Elle comporte aussi une dimension destinée au fantassin avec de nouveaux textiles intelligents qui s’adapteraient à leur environnement.

Ces même tenues permettraient également d’améliorer le soldat. Il serait isolé de l’environnement extérieur : froid, humidité, saleté, parasites. Les chercheurs parlent également de développer de véritables armures souples toujours plus légères, résistantes et mobiles. Cette combinaison du futur aiderait le combattant en augmentant ses capacités physiques et le protégerait en durcissant lors d’un choc.

Les soins bénéficient de possibilités cruciales. Chaque fantassin serait suivi médicalement en temps réel et à distance. Son équipement réagirait de lui même à l’hostilité de l’environnement ou à certains types de blessures qui pourraient être soignées par réflexe.

L’équipement dans son ensemble profiterait des apports énergétiques des nanotechnologies avec des batteries plus efficaces et plus endurantes. Les véhicules, appareils électroniques divers et les systèmes de communication pourront être allégés tout en étant plus endurant et plus efficaces qu’ils ne le sont actuellement.

Toutes ces recherches font penser à de la science-fiction mais devraient malgré tout commencer à voir le jour d’ici une vingtaine d’années. La recherche française travail avec la DGA (Direction Générale de l’Armement) pour mettre en place au plus vite ces technologies. Le Ministère de la Défense souhaite profiter des avancées de l’industrie civile tout en développant les domaines plus faibles, dans les télécommunications ou la surveillance radar par exemples.

Les nanotechnologies posent cependant encore un certain nombre de questions en terme de sécurité. Les chercheurs ne savent pas réellement quels sont les risques pour l’homme et pour l’environnement, plusieurs conséquences négatives ayant déjà été identifiées sur la faune et la flore. Si leur usage se vulgarise progressivement, les scientifiques souhaitent repérer au plus vite les éventuels danger pour la santé.

Tableau : Nanotechnologies : prospective sur la menace et les opportunités au service du combattant – ALCIMED / CEA

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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