Les ambitions de l’industrie de Défense turque

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, se rend ce vendredi en Turquie où il doit rencontrer son homologue ainsi que l’adjoint du chef d’Etat-major des armées. Si les livraisons d’armes aux rebelles syriens sera certainement le principal sujet de discussion, nous profitons ici de cette occasion pour évoquer le cas bien particulier de l’industrie de Défense turque.

Une usine de TAI (Turkish Aerospace Industries) à Ankara.

Une usine de TAI (Turkish Aerospace Industries) à Ankara. ©DR

L’industrie de guerre turque a souffert d’une situation particulièrement précaire entre le XIIIème et le milieu du XXème siècle. Elle reprendra vie avec la guerre d’Indépendance, au cours de laquelle Atatürk prendra un gros avantage en déménageant les rares usines produisant armes et munitions d’Istanbul vers la région d’Ankara. A partir des années 1920, les Turcs tâcheront de développer cette industrie en produisant des matériels étrangers, sortant notamment tout au long des années 1930 une centaine d’avions de combat allemands et américains.

Profitant de joint ventures avec de grands groupes étrangers, les Turcs vont se doter des dernières technologies militaires. Cette internationalisation de leur propre industrie pose problème en 1974. L’invasion turque de Chypre condamne Ankara aux foudres internationales et à un embargo sur les armes qui ralenti les livraisons de matériel à ses troupes. La Turquie décide dès lors de renationaliser sa production afin de garantir son autonomie de décision.

Les entreprises turques sont les mêmes que celles impliquées dans les partenariats avec les étrangers. Elles vont cependant beaucoup plus investir dans la recherche et développer leurs propres matériels. En 1985, un sous-secrétariat pour les industries de Défense (SSM) est fondé pour soutenir cet effort et garantir des moyens à l’industrie.

Du Made in Turkey pas très turc

Un Cobra, un blindé léger d'Otokar, en pleine traversée amphibie.

Un Cobra, un blindé léger d’Otokar, en pleine traversée amphibie. ©Otokar

Les industriels qui réussiront à émerger se sont largement inspirés des technologies de leurs partenaires occidentaux. Ils continuent d’ailleurs de produire aujourd’hui de nombreux matériels sous licence : chasseurs F-16 américains, fusils d’assaut allemands Hk33, véhicules tout-terrain britanniques, canons suisses et même de l’électronique israélienne. Tous ces équipements iront directement armer les forces turques, qui profitent toujours en 2011 du 15ème budget de Défense au monde (le 6ème en Europe).

Grâce à toute cette expérience, les Turcs ont appris à fabriquer leurs propres matériels. Ils sont aujourd’hui capables de produire des chars, des armes et des obus de tous les calibres, accompagnés de leurs munitions, une large gamme de véhicules blindés et même des drones. Seuls 10% des besoins nationaux sont pris en charge par des entreprises étrangères, estime le SSM en janvier 2012… même s’il a tendance à simplifier les choses en considérant les joint ventures internationales comme des sociétés turques.

Le pari de l’industrie de Défense

Reste qu’aujourd’hui, la Turquie perçoit son industrie de Défense comme un secteur à fort potentiel économique. Elle soutien aujourd’hui un concept d’industrie « low cost de qualité ». Des matériels directement inspirés des technologies occidentales, d’une qualité plus fiable que celle des matériels chinois, mais qui bénéficie de prix défiant la concurrence des principaux géants américains et européens. Objectif annoncé pour 2016 : atteindre 2 milliards de dollars de ventes à l’export, contre 1,2 en 2012.

Un extrait de catalogue des produits de l'industrie de Défense turque. ©SSM

Un extrait de catalogue des produits de l’industrie de Défense turque. ©SSM

Les exportations turques, l’année passée, ont été largement soutenues par les commandes de trois pays : les Etats-Unis (490 millions), l’Arabie Saoudite (101 millions) et les Emirats arabes unies (99 millions). Ces deux derniers pays montrent l’intérêt de la Turquie pour les pays musulmans : ils peuvent acheter des armes d’inspiration occidentale sans risquer de polémiques sur des tractations avec ceux qui oppressent l’islam. Une solution idéale, notamment pour éviter d’acheter aux Israéliens, qui restent la principale industrie de Défense dans la région.

Les Turcs eux-mêmes ont profité de cette carte. Après le drame du Mavi Marmara, les polémiques populaires ont réclamé d’Ankara de renoncer aux contrats avec Israël, fournisseur de drones. Un incident qui a certainement soutenu la démarche nationale du développement de l’Anka, un drone aérien longue endurance dont une version armée est à l’étude. Ce drone a déjà convaincu les Egyptiens et pourrait intéresser les Jordaniens, qui ont eu le droit à une visite d’Etat pour leur vendre le dernier-né turc.

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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Commentaires (2)

  • barbarosa

    Salu les amis/amies,

    je voudrais juste profiter de ce poste pour vanter les mérites du futur chasseur de 5ème génération turc, dont les designs et conceptions viennent d’être achevé et présenté à l’IDEF 2013, voici le lien :
    http://globalmilitaryreview.blogspot.fr/2013/05/turkish-tfx-fifth-generation-stealth.html

    reste maintenant, si tous ce passe bien le dévellopement des systèmes et la conceptions de prototypes final pour la décennie à venir !

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  • Camarade

    Cet article est très laaargement ‘Ironique ‘ ..il oublie de préciser que les pays du Golf persique achètent des armes aux USA au prix de 100 ne de MILLIARDS de Dollars et non pas à quelques centaine de millions de dollars…
    Je penses que ces payes d’après toi ,risquent ainsi des polémiques sur des tractations avec ceux qui oppressent l’islam (pour ne pas dire ‘qui oppressent les musulmans plutôt’..
    On ne peux pas cacher le Soleil avec une main..mais on peux être plus futé quand on cache ses intentions sous un air ironique …L’ironie ici n’a aucune valeur face à la réalité, si ce n’est pour la cacher justement.
    Salut

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