Quand les industriels chinois rêvent de partenariats avec les Américains
Quand l’industrie chinoise rêve de travailler main dans la main avec l’industrie américaine, elle sait avancer des arguments : coût et bonne volonté. La proposition ne devrait pas encore séduire les grands groupes occidentaux, Pékin restant un partenaire risqué en matière de sécurité.
« Nous voulons travailler avec les firmes américaines », a déclaré ce week-end Bo Li, un chargé de projet chinois au journal américain Defense News. « Nous voulons discuter avec Raytheon et Lockheed Martin, mais eux refusent de discuter avec nous », ajoutait encore ce représentant du groupe CSOC (China Shipbuilding and Offshore International Co.). Et de donner, en marge du salon IDEX qui se tient à Abu Dhabi, le Bangladesh comme exemple : ce pays pourrait être intéressé par des armements navals américains montés sur des navires chinois.
Derrière cette surprenante proposition, le Chinois défend l’idée que les deux industries, chinoise et américaine, ont tout à perdre à entretenir une concurrence à tout prix. Pour lui, une multiplication des partenariats serait l’occasion de remporter de nouveaux marchés. Dans une situation économique globale qui tend à se précariser, les matériels américains peuvent passer pour trop coûteux, malgré de très bonnes qualités. L’apport d’éléments chinois permettrait de largement réduire ces coûts. C’est là que CSOC se propose d’intervenir : ce fabricant de navires civils et militaires pourrait largement fournir acier, coque, motorisation à des bâtiments dotés d’un armement et d’une électronique de conception américaine.
Les Chinois ont tout à y gagner : Pékin peine à s’imposer sur le marché mondial de l’armement. Son industrie nationale, dans ce secteur, est marquée par le mystère qui entoure la plupart des projets d’une part et de forts soupçons de contrefaçons d’autre part. Malgré une présence sur la totalité des salons d’armements mondiaux, la Chine ne parvient pas à trouver d’opportunités sérieuses dans le domaine de l’export. Il est cependant intéressant de noter que, dans le cas de CSOC, ce projet reste prioritaire : l’entreprise d’Etat a d’ores et déjà ouvert des bureaux à Athènes, Moscou, Islamabad et Hong Kong.
Le problème de la confiance
Les arguments chinois peuvent-ils faire mouche ? Dans son classement des industriels, publié ce week-end, l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) relevait une baisse de 5% des résultats des entreprises du top 100 entre 2010 et 2011. Principalement des groupes américains et ouest-européens, ils maintiennent tout de même une santé largement conséquente. Il reste plus probable de voir se manifester des rapprochements entre eux, notamment à l’échelle de l’Union européenne où certains rêvent encore de voir réduire les doublons entre pays membres.
Pékin ne parvient pas à susciter la confiance. Les nombreux abus dans le domaine de l’espionnage industriel laissent penser que toute alliance avec un groupe de ce pays serait la porte ouverte à tous les vols de connaissances. Comment, dans ce cadre, accepter de monter des systèmes électroniques militaires de dernière génération sur des navires de fabrication chinoise ? New Delhi semble être parvenu à capitaliser sur une meilleure relation avec les pays occidentaux. Les industriels indiens ont réussit à se hisser à de très hauts niveaux de résultat, surtout grâce au marché national. Mais à l’inverse des Chinois, ils s’appliquent à travailler à de meilleurs standards de transparence – dans la mesure où l’on puisse utiliser ce mot dans l’industrie militaire – pour rassurer leurs partenaires occidentaux.
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