Bras de fer entre Israël et la Turquie sur fond de bavure militaire
L’intervention lundi dernier des autorités israéliennes pour stopper la flotte d’aide humanitaire en direction de la bande de Gaza continue d’entraîner des conséquences diplomatiques. Ankara exige des enquêtes internationales tandis que l’Union européenne et les Etats-Unis hésitent sur la position à adopter. La manière dont l’opération a été menée soulève tout de même des questions.
Sur les photos diffusées par les militants d’IHH, ils se montrent en train de soigner les soldats blessés.
La Turquie a rompu ses relations avec Israël. Pas question de les relancer tant que des enquêtes internationales ne seront pas entreprises, a estimé le chef de la diplomatie Ahmet Davutoglu. Ankara s’interroge sur la légalité d’une intervention qu’elle situe dans les eaux internationales et qui a couté la vie à sept de ses ressortissants. Elle réclame aussi une enquête des Nations Unies sur le blocus lui même.
Devant le tollé qu’entraîne la gestion brutale des militaires israéliens de cette flottille internationale, le gouvernement s’est vu forcé de reculer. Benyamin Netanyahou et son ministre de la Défense, Ehud Barak rejettent toute idée d’une enquête des Nations Unies. Ils ont cependant envisagé la création d’un comité chargé d’un examen interne de la gestion du blocus et de la légalité de ce dernier. Il serait composé de juristes internationaux sélectionnés par Israël.
Joe Biden, le vice-président américain, a annoncé que son pays cherche « de nouveaux moyens pour répondre aux aspects humanitaire, économique, sécuritaire et politique de la situation de Gaza ». L’Union européenne a également déclaré chercher « une proposition pour une levée du blocus ». Ni l’un ni l’autre ne pourront cependant empêcher la Turquie de prendre les devants avec le Conseil de Sécurité. La France n’a pas voulu prendre position concernant les exigences turques. Paris s’est contenté d’exiger la libération de ses huit ressortissants capturés par l’armée israélienne lundi dernier.
Une opération catastrophique
« Nous avons été attaqué à coups de barres métalliques et de couteaux. A un moment, nous avons essuyé des tirs à balles réelles. » Les commandos de marine déployés par Israël ont raconté la violence avec laquelle ils ont été accueillis sur le Mavi Marmara avant d’ouvrir le feu. Tsahal a effectivement publié une vidéo sur laquelle on voit ses soldats sévèrement attaqués par plusieurs militants au milieu d’un groupe important. Ils semblent frapper un homme au sol et en basculer au moins un par dessus bord sur le pont inférieur.
Les militants pro-palestiniens ont diffusé via la presse turque des images sur lesquelles ils montrent effectivement les commandos israéliens blessés dans des positions délicates. Ils déclarent dans ces mêmes journaux que les soldats interceptés au cours de l’assaut ont aussi été soignés par l’équipage. Une version démentie par Israël.
Dans tous les cas, la manœuvre a été particulièrement maladroite. Les commandos de marine de l’unité Shayetet 13, membres des forces spéciales donc, ont été héliportés sur le pont du Mavi Marmara sur lequel ils étaient attendus par un nombre important de militants visiblement hostiles. Les hommes ont été descendus et exposés sur le bateau de manière particulièrement risquée, offrant des cibles faciles aux membres de l’équipage. La flotille était pourtant largement équipée par une organisation non gouvernementale islamiste turque, IHH, classée comme terroriste par Israël et donc évidemment hostile.
Au cours de l’opération, 682 militants ont été arrêtés à bord de cinq navires et sont actuellement expulsés progressivement. Neufs sont morts et une cinquantaine ont été blessés. Les membres de cette flotille étaient principalement turcs mais aussi grecs, britanniques, jordaniens, algériens, australiens, français, irlandais et italiens.
Pression turque
Ankara a pris la tête des contestataires aux Nations Unies. Les manifestations qui ont éclaté partout dans le monde pour protester contre le blocus de Gaza mais aussi cette fois contre la brutalité de l’intervention israélienne contre la flottille ont été particulièrement importantes dans la capitale turque où plus de 10 000 personnes sont descendues dans les rues.
Les relations entre la Turquie et Israël étaient pourtant déjà en train de se dégrader avant cet incident. La Turquie a entamé une série de mouvements diplomatiques contre l’État hébreu suite à l’opération Plomb Durci en 2009. Ces positions se sont manifestées sous la forme de blocages sur des collaborations militaires ou sur des contrats énergétiques entre les deux pays.
Ban Ki Moon va dans le sens de la Turquie et a proposé la création d’un comité d’enquête composé d’un représentant israélien , d’un Américain, d’un Turc et d’un ancien premier ministre néo-zélandais. Cette commission qui serait un précédent et qui poserait des problèmes conséquents pour Israël dans sa gestion des Territoires risque de s’imposer : les alliés d’Israël peuvent difficilement s’y opposer et pourraient finalement ne pas en avoir la volonté.
Ankara bénéficie là d’un avantage géopolitique conséquent. En prenant position contre Israël de cette manière, la Turquie s’assure de ne plus être une cible pour les groupuscules islamistes. Un moyen de désamorcer les relations avec les pays musulmans sans pour autant prendre de distance avec le reste du monde. Une position de pivot que la Turquie souhaite acquérir pour se rendre indispensable, tant pour les uns que pour les autres.
Photo : IHH
jbmtintin
Analyse très intéressante ! Merci bien…
liberta
merci tres bien eclairci