Face au traumatisme de guerre, la solitude et la psychiatrie

Traumatisé après une mission en Afghanistan, le mari de Nina Chapelle sombre dans l’isolement, l’alcool et la violence. Elle le récupère aux urgences psychiatriques après une terrible crise. Face à cette situation extrême, elle se retrouve totalement seule.

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Face aux syndromes post-traumatiques, soldats et familles ont tendance à s'isoler, ne sachant ou n'osant pas chercher de l'aide. ©ECPAD

Face aux syndromes post-traumatiques, soldats et familles ont tendance à s’isoler, ne sachant ou n’osant pas chercher de l’aide. ©ECPAD

Après une nuit sans sommeil et les yeux enfin secs, j’appelle l’hôpital. Un médecin me parle d’une hospitalisation en psychiatrie, nécessaire parce que mon mari a dû être attaché au cours de la nuit. Je me doutais qu’il y serait contraint, mais je n’avais jamais imaginé que cette notion intégrerait mon vocabulaire familial.

Je ne veux surtout pas qu’il soit tenté de recommencer, j’accepte donc cette perspective, mais j’émets le souhait qu’il soit transféré à l’hôpital militaire où il est suivi. L’établissement se trouve loin de chez nous, à plus de deux heures en voiture, mais il faut le protéger contre lui même. Je téléphone à mon beau-père qui a pris connaissance des messages laissés sur le répondeur. Il arrive.

En fin de matinée, je me rends à l’hôpital pour rencontrer le médecin urgentiste. Préoccupée par d’autres entrées au cours de la nuit, elle me demande simplement de remplir un formulaire pour le transfert de mon époux. « Notre cas est-il exceptionnel ? » « Non », déclare-t-elle en me pressant de signer. À l’avenir, cette signature sera source de regrets et de moments de solitude violente, car je l’appose au bas du formulaire sans connaître les conséquences qu’elle aura. Je n’ai pas le temps d’y réfléchir, je ne peux pas en discuter en famille : en cet instant, ma signature est nécessaire parce qu’elle déclenche la commande d’une ambulance pour le transfert. En cet instant, je me sens démunie et seule. Personne ne se trouve à mes côtés pour m’expliquer, me parler, me comprendre. La solitude, comme une ombre, ne me quittera plus.

Durant de longues minutes, je tente de démêler l’écheveau de mes pensées pour repérer la personne qui pourrait me donner des explications acceptables au geste de mon mari ; seule réponse : le formulaire d’hospitalisation. Face à la violence de son acte s’impose l’enfermement. Je dois repartir et vivre avec cette évidence.

Assise seule dans le couloir, je suis accablée. L’urgentiste en psychiatrie vient me voir. Elle lit le désespoir dans mon regard et me dit que je ne dois pas culpabiliser ; mais prononcer de telles paroles, c’est déjà reconnaître que ça existe. Je me dissimule dans le corridor sombre, pour ne pas être vue. J’ai honte. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai honte.

enfer du retour chapelleExtrait de : L’enfer du retour, témoignages et vérités sur le syndrome post-guerre
Nina Chapelle
Editions Jean-Claude Gawsewitch
Mars 2013
234 pages
19,90 euros

Avec la participation du général Elrick Irastorza (ancien CEMAT), de Patrick Clervoy (psychiatre aux armées), d’Axel Augé (sociologue) et de Jasna Stark (avocate).
Les bénéfices de cet ouvrage seront versés à l’association Terre & Paix.

A propos de l'auteur

Nina Chapelle est la femme d'un officier français. Elle écrit ici sous pseudonyme. Elle est l'auteure de "L'enfer du retour" (Editions Jean-Claude Gawsewitch / 2013) où elle témoigne du traumatisme psychologique de son époux après une mission en Afghanistan.

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