Côte d’Ivoire : l’impunité des pro-Ouattara souligne la partialité de la Cour pénale internationale

Près de deux ans après la fin de la crise en Côte d’Ivoire qui a fait 3000 morts, les ONG questionnent l’impartialité de la justice internationale. Des partisans de l’ancien président Laurent Gbagbo sont détenus sans que leurs droits fondamentaux soient respectés tandis que les pros Ouattara responsables d’exactions ne sont pas inquiétés.

« Il n’y aura aucune discrimination, aucun favoritisme, pas d’acharnement non plus à l’égard de qui que ce soit. Le drame de ce pays a été l’impunité. Je veux y mettre fin. C’est par une justice équitable que nous y parviendrons. »

- Alassane Ouattara dans Le Monde, 25 janvier 2012

La Cour pénale internationale s'occupera des exactions perpétrées par les pro-Ouattara ... plus tard. ©Vincent van Zeijst

La Cour pénale internationale s’occupera des exactions perpétrées par les pro-Ouattara … plus tard. ©Vincent van Zeijst

La Cour Pénale Internationale (CPI) serait t-elle partiale ? C’est la question posée par le rapport de Human Right Watch (HRW) du 4 avril 2013 sur la Côte d’Ivoire. « En dépit des nombreuses preuves de crimes commis par les forces pro-Ouattara et relevant de la compétence de la CPI, la Cour a uniquement rendu publics les mandats d’arrêt visant l’ex-président, (Laurent Gbagbo) et son épouse, Simone », peut-on y lire.

Selon l’ONG, « ceci reflète la décision du Bureau du Procureur de suivre une approche « séquentielle » – à savoir qu’il mènera à terme son enquête sur Gbagbo avant d’engager une procédure visant les forces pro-Ouattara. » 

Les forces d’élites de sécurité étroitement liées à Laurent Gbagbo ont enlevé des membres de la coalition de son opposant Alassane Ouattara dans les deux semaines qui suivirent les élections contestées du 28 novembre 2010. Les femmes pro-Ouattara ont été pourchassées et souvent violées par les membres des forces armées et milices de Laurent Gbagbo. Les milices de l’ancien président ont arrêté des centaines de partisans de Ouattara. Certains ont été battus à mort avec des briques, exécutés à bout portant ou brûlés vifs.

Les exactions des forces pro-Ouattara, baptisée Forces républicaine de Côte d’Ivoire (FRCI) le 17 mars, n’ont atteint une telle intensité de violence que début mars, suite à l’offensive lancée pour prendre le pays. Des centaines de personnes ont été massacrées à Duékoué par les pro-Ouattara. Des membres présumés des milices pro-Gbagbo ont été sortis de leurs domiciles et exécutés alors qu’ils étaient sans défense selon un rapport d’HRW du 4 octobre 2011.

Alors que la CPI a indiqué à plusieurs reprises que son enquête était impartiale et toujours en cours, beaucoup d’Ivoiriens ont le sentiment que la Cour rentre dans le « jeu politique ». Son « approche séquentielle » décrédibilise la CPI aux yeux des Ivoiriens mais influe également sur la justice nationale qui tend à suivre cette voie.

Le rapport d’Amnesty International intitulé « Côté d’Ivoire : la loi des vainqueurs » du 25 février dernier fait état des exactions commises par les FRCI et la police militaire à l’encontre des partisans avérés ou supposés de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo. Ces derniers n’ont pas accès à un avocat, les procès-verbaux sont falsifiés et dictés par les militaires responsables des interrogatoires et surtout leurs « aveux » sont souvent extorqués sous la torture. Des détenus soupçonnés d’atteinte à la sécurité sont  retenus en secret dans des conditions inhumaines et dégradantes. Rien qui n’aille dans le sens de l’ « équité» espérée par Alassane Ouattara.

A propos de l'auteur

Photographe et journaliste reporter d'image, Nastasia Tepeneag est en formation chez BFM TV. Diplômée de sciences politiques, elle s'intéresse aux relations internationales et au grand reportage.

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