Faute d’un accord européen, Paris et Londres veulent livrer directement des armes aux rebelles syriens

Deux ans et 70 000 morts après le début du conflit syrien, Paris et Londres s’engagent à fournir des armes à l’insurrection syrienne si aucun accord n’est trouvé sur la fin de l’embargo au sein de l’UE.

Pour les Allemands, les rebelles syriens ont déjà de l'armement.

Pour les Allemands, les rebelles syriens ont déjà de l’armement.

La France et la Grande-Bretagne demanderont d’avancer la prochaine réunion de l’Union européenne sur l’embargo sur les armes pour la Syrie. Si aucun accord n’est trouvé, les deux pays en livreront aux rebelles « à titre national », indique Laurent Fabius. Cette décision est « un pas dans la bonne direction », applaudi l’opposition syrienne via son porte-parole Walid Al-Bounni.

C’est « aux Européens, maintenant, de lever l’embargo pour que les résistants aient la possibilité de se défendre », a déclaré le ministre des affaires étrangères sur France Info ce jeudi. Le président, François Hollande, a soutenu cette position en se déclarant favorable : « Nous souhaitons que les Européens lèvent l’embargo », « nous sommes prêts à soutenir la rébellion ».  David Cameron, le premier ministre britannique, avait déjà indiqué mardi que la Grande-Bretagne pourrait se dissocier de l’embargo actuel en procurant des armes à l’opposition syrienne pour résister face au président Bachar Al-Assad.

« On ne peut pas accepter qu’il y ait ce déséquilibre actuel avec d’un côté l’Iran et la Russie qui livrent des armes à Bachar et de l’autre des résistants qui ne peuvent pas se défendre », déplore Laurent Fabius. « Lever l’embargo, c’est un des seuls moyens qui restent pour faire bouger politiquement la situation. » Le ministre légitime ce choix dans une tribune de Libération :

« Le processus politique risque de rester bloqué si la situation sur le terrain n’évolue pas. Or, à ce stade, le combat du peuple syrien pour la liberté est terriblement inégal. Le régime de Bachar al-Assad – qui dispose en outre d’armes chimiques – est ravitaillé en armes puissantes et en munitions par Téhéran et Moscou. L’opposition, elle, ne dispose pas des moyens suffisants pour protéger la population. L’offre de négociation de la Coalition nationale ne sera prise au sérieux par Bachar al-Assad que s’il n’a pas d’autre choix. Pour qu’une solution politique prenne réellement corps, la Coalition ne peut pas continuer à se battre à armes inégales. »

Damas et Moscou estiment qu’une telle démarche est « une violation de la loi internationale ». La loi « n’autorise pas, ne permet pas de fournir des armes à des acteurs non-gouvernementaux et, selon nous, il s’agit d’une violation de la loi internationale », selon Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe. Sergueï Choïgou, le ministre russe de la Défense, « n’envisage pas d’élargir son aide militaire et technique à la Syrie. Nous réalisons les ententes déjà passées, il ne s’agit pas de nouveaux projets ou contrats. Il faut respecter les contrats existants […]. Nous devons avant tout livrer des pièces détachées et réparer les matériels de guerre déjà livrés».

Tous les membres de l’UE ne sont en accord avec Paris et Londres. L’Allemagne notamment, est très réticente à l’envoi d’armes en Syrie, estimant qu’il y en a suffisamment. Mais la principale crainte reste les destinataires de ces armes. Résistants ou djihadistes ? Les doutes subsistent au sein de la communauté internationale. Laurent Fabius a assuré ce mardi que la France, les États-Unis et la Russie travaillaient actuellement à établir « une liste de responsables syriens qui serait acceptable » pour dialoguer avec les insurgés.

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) rapporte que des habitants de la localité de Mayadine, dans l’est de la Syrie, manifestent contre les djihadistes du Front al-Nosra. Ils protestent contre la loi islamique, imposée par ces alliés des rebelles syriens, après la mise en place d’une police et d’un Conseil religieux pour gérer les affaires à Mayadine. « La vérité est que le fanatisme a peu de place en Syrie, même si le régime a cherché à faire croire au monde qu’un succès de la révolte conduirait à mettre des islamistes radicaux au pouvoir » selon l’ONG.

En deux ans, le conflit syrien a fait plus de 70 000 morts, un million de réfugiés et des millions de déplacés d’après l’ONU.

Photo : VOA / Scott Bobb

A propos de l'auteur

Photographe et journaliste reporter d'image, Nastasia Tepeneag est en formation chez BFM TV. Diplômée de sciences politiques, elle s'intéresse aux relations internationales et au grand reportage.

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Commentaires (4)

  • Corto Maltese

    armes qui seront réutilisées contre nous un jours ou l’autre…

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  • G.

    Bonjour,

    Alors, armons les rebelles. Oui mais, logique, les gentils seulement, hein. Pas les méchants djihadistes qui pourront un jour nous causer du tort. Comme cela, nous (re- ?)deviendrons les amis des peuples qui n’aspirent qu’à la liberté sous le joug de tyrans, et tout le monde nous aime très fort dans le pays des Bisounours (qui sait, on pourrait leur vendre notre PA-CDG et le reste de nos bardas inutiles, voir donner en « leasing » une trentaine de régiments qui ne servent à rien).

    J’ai quand même quelques interrogations.
    Admettons qu’on fournisse des MANPADS’ et missiles anti-char performants à cette « gentille » partie d’opposants.
    Primo, on a déjà du mal à distinguer les « gentils civils paysans » des méchants insurgés en Afgha, Irak, et tout guérilla (après tout c’est sa base). Alors, au longue fil de l’acheminement et distribution des pétards, distinguer les « gentils insurgés » des « méchants insurgés »… bonne chance.
    Secundo, si par miracle on arrive à mettre ces armes entre les bonnes mains, ne pensez-vous pas que les « méchants djihadistes » auront une très grande envie de les récupérer, que ce soit par l’argent, le sympathie, l’intimidation ou la force brute ?

    Bon, d’accord, admettons qu’une ou deux de ces armes tombent dans les mauvais mains. Et alors, c’est la vie et puis de toute façon c’est pour la bonne cause.

    Ben p’t-être que ça risque de devenir plus intéressant.
    Quel est la base (sans je de mots) des organisations terroristes, islamistes ou pas ? La publique. Agir sur la perception des masses, « terroriser » les uns et faire adhérer les autres. Les Twin Towers, attentats et décapitations divers et très médiatisés, si on fait bien le calcul, n’ont pas fait une énorme dommage matérielle/humaine (ben oui, tout est relative – si on les compare aux guéguerres qui ont suivi ou même au chiffre banal des décès sur les routes).
    Alors, posons-nous la question : auront-ils intérêt à utiliser ces missiles SA pour descendre six hélicos et deux avions d’Al-Assad, un aéronef français au Mali ou bien toucher un seul avion de ligne en occident ?

    Je pense sincèrement qu’en tout cas on arrive au conclusion de « Corto Maltese » qui a pu résumer en une phrase ce que j’écris en ouatte mille lignes.

    A propos, un article du « Monde » qui vient d’apparaitre : « La CIA pourrait utiliser des drones contre des islamistes radicaux en Syrie » (http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/03/16/la-cia-pourrait-utiliser-des-drones-contre-des-islamistes-radicaux-en-syrie_1849378_3218.html#ens_id=1848987&xtor=RSS-3208)
    {le lien est longue mais je n’ai pas utilisé bitly ou autre par soucis de lisibilité/sécurité informatique}

    Alors, certes, il s’agit d’un « média grand publique » avec des sources douteuses, mais le contenu me semble cohérent. Avec quelques points d’interrogation :

    - le régime Al-Assad laisserai-t-il planer les gentils drones US tranquillos au-dessus son territoire, vu ses capacités parait-il crédible de défense SA (à propos, si un connaisseur pourrait nous éclairer sur l’efficacité théorique des ces missiles SA contre drones vu leur petite signature), ou bien nos amis les US seront forcés d’utiliser une combinaison moins pratique et bien plus couteuse d’observateur-missile de croisière,
    - verrai-t-on la mise en place d’un procédure à la « Paki », c’est-à-dire « tu tue aussi mes ennemies, merci et continue comme ça mais je proteste vigoureusement, quand même ».
    - ou bien ce n’est qu’une autre manip’ pour diviser les protagonistes et tourner ces méchants djihadistes contre les résistants pro-occidentaux (ou au moins non contre- ) pour saigner un peu plus les « fous d’Allah ».

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    • G.

      P.S.: une petite vidéo intéressante sur ce sujet ailleurs :  » Syrie : la résolution politique du conflit est-elle dans l’impasse ? » sur la chaine d’IRIS : http://www.dailymotion.com/video/xy83ys_syrie-la-resolution-politique-du-conflit-est-elle-dans-l-impasse_news

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    • Romain Mielcarek

      Intéressante comme toujours ton analyse G.

      Je suis d’accord sur toute la ligne. Je rajouterais deux réflexions :

      - On ne sait pas de quels types d’armes il peut s’agir. Des MANPADs ce serait risqué. Je me demande si Paris ou Londres prendrait ce risque. Quid de quelques tonnes de fusils, munitions, missiles, radios en tous genre qui, sans changer radicalement la donne, nous ferait passer pour un précieux soutien de l’insurrection ? « Nous, on a eu le courage de soutenir les rebelles contre Damas », pourrait-on s’entendre dire dans quelques mois / années.

      Contrairement aux Russes.

      Les chefs politiques français pourraient-ils préférer des djihadistes revanchards aller commettre quelques attentats à Moscou ou Petersbourg plutôt qu’à Paris ou Londres ? Je n’ose l’envisager…

      - Toute cette approche rappelle les débuts de Ben Laden : faute de trouver des interlocuteurs dignes de confiance au sein de l’insurrection afghane, la Maison Blanche et la CIA ont opté pour les plus organisés. Les mudjahidines qui deviendront par la suite Al Qaida.

      Y avait-il une meilleure solution ? On peut spéculer, difficilement l’affirmer : on ne refait pas l’histoire.

      Romain

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