Fusée nord-coréenne : de l’essai technique au succès stratégique

La Corée du Nord a attiré toutes les attentions cette nuit. Le tir de sa fusée Unha-3, attendu depuis plusieurs semaines, aura finalement bien eu lieu. Il aura terminé dans la mer Jaune, en morceaux. Si la situation a pu sembler risible, elle démontre malgré tout encore une fois de la capacité du régime nord-coréen de mener ses essais stratégiques quelles que soient les positions de la communauté internationale.

« Le régime a perdu la face », analyse Brian Myers, un spécialiste enseignant à Busan en Corée du Sud. C’est en effet le termes qui ont resurgit dans la presse un peu partout. La fusée Unha-3, qui a explosé en plein vol, a été qualifiée ici de « pétard mouillé« , là d’un énième « échec« . Pourtant, loin de se réjouir de ce ratage, la communauté internationale s’inquiète déjà de la suite des évènements. A Séoul, au ministère de la Défense, on craint déjà que les Coréens du Nord ne procèdent à d’autres essais militaires par dépit.

En attendant, pendant que quatre pays différents (Chine, Russie, Etats-Unis et Corée du Sud) sont partis à la pêche aux débris, Pyongyang a montré sa capacité à mener ses essais balistiques quelles que soient les réactions internationales. Car si officiellement, il s’agissait d’un lancement de satellite météorologique, la quasi totalité des membres des Nations unies ont condamné et réclamé l’abandon de ce qu’ils voyaient comme un tir de missile longue portée. Les Coréens du Nord, s’ils n’ont pas abouti sur le plan technique, ont en tous les cas l’assurance que l’essai aurait pu être effectué sans intervention étrangère.

A Washington, on confirme déjà que l’essai était bien militaire. La fusée Unha-3 ne serait ni plus ni moins qu’un missile Taepodong-2 d’une portée de 6000 à 9000 kilomètres, comme l’explique le Département de la Défense. Les principes mis en application pour le lancement d’une fusée ou d’un missile balistique intercontinental sont en réalité très similaires.

L’engin, tiré cette nuit à 00h39 (7h39 heure locale), a atteint 120 kilomètres d’altitude en une minute avant d’exploser. Les autorités nord-coréennes ont reconnu l’échec de cet essai. A Séoul, les militaires estimaient que la fusée-missile s’était brisée en deux suite à une explosion. Les morceaux ont pour certains atteint les 150 kilomètres d’altitude, au dessus de la mer Jaune. La Corée du Nord continue de clamer son droit de disposer comme n’importe quel autre Etat de satellites en orbite, se riant jusqu’ici des résolutions adoptées par les Nations unies pour l’en empêcher.

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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Commentaires (2)

  • hamady

    bonjour, j aimerais savoir .mertles raisons techniques de l’echec du projet(Fusée nord-coréenne).si vous avez des docs n’hesites a me les passer.merci

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    • Romain Mielcarek

      Le régime nord-coréen communique malheureusement assez peu sur son matériel :)

      Tout ce que nous avons, ce sont des supputations de spécialistes qui évaluent les raisons possibles de l’échec. Pas de documentation complète en vue !

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